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Pourquoi l'île de Mayotte est-elle autant touchée par le coronavirus?

Mayotte fait partie avec l'Île-de-France et la Guyane des seules zones encore en "orange" avant la phase 2 du déconfinement. Département le plus pauvre de France, cette île de l'océan Indien est également le plus grand désert médical français.

Mayotte fait partie avec l'Île-de-France et la Guyane des seuls départements classés en orange sur la carte du déconfinement présentée le 28 mai. L'île de l’océan Indien est même le seul département où le début du déconfinement avait été décalé. En cause, l’augmentation constante du nombre de cas et des règles de confinement pas toujours bien respectées.

Mayotte comptait vendredi près de 1400 cas de coronavirus détectés. Soit une personne malade sur 200 habitants. En France métropolitaine, ce chiffre est d’environ un malade pour 500 habitants. Ce constat peut tout d’abord s’expliquer par le contexte économique et social qui règne là-bas.

Département le plus pauvre de France

Mayotte est le département le plus pauvre de France. Selon les chiffres de l’Insee, 84 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Un habitant sur trois vit dans un logement sans accès à l’eau courante. Et 60% des logements sont dépourvus du confort sanitaire de base, comme une douche ou des toilettes.

Difficile d’imaginer dans ces conditions, le respect des mesures de sécurité sanitaire, comme le lavage des mains. Difficile aussi d’imaginer le respect strict des mesures de confinement dans des logements dont la moitié, en tôle, en terre ou en bois, sont considérés comme fragiles.

"Il y a beaucoup de misère à Mayotte. Les gens sont entassés les uns sur les autres. On n’a jamais réussi à imposer dans un bidonville des mesures d’hygiène", explique Daniel Dalin, le président du Crefom, le Conseil représentatif des Français d'Outre-mer.

Mais malgré ce bien difficile respect des règles du confinement, Mayotte est le seul département où il a été prolongé. "C’est assez paradoxal de se dire que le confinement a été difficile pour une certaine partie mais qu’on le maintient", confie le docteur Christophe Caralp, responsable de la réanimation au centre hospitalier de Mayotte.

"Ça fait 8 ans que je travaille dans les outre-mer. Je pense qu’il est important de ne pas y appliquer ce qui se fait en métropole parce ce n’est pas forcément pertinent et ça ne l’a pas été ici probablement".

D’autant plus que l’île a été confrontée, en plus de l’épidémie de coronavirus, à la dengue, qui a tué à ce jour 16 personnes, contre 22 pour le Covid-19. "Deux épidémies ensemble, ça a été extrêmement dur à gérer. Les équipes sont lassées et on aura besoin de renfort dans les semaines à venir", précise le médecin.

Plus grand désert médical français 

Car, et comme si ça ne suffisait pas, Mayotte est aussi le plus grand désert médical français. L’île ne compte que 18 médecins de ville pour près de 280.000 habitants officiellement recensés.

Le centre hospitalier de Mamoudzou est le seul du département et il dispose d’une capacité en lits très limitée en réanimation. "Les indicateurs qui permettent de classer selon les couleurs les départements, c’est aussi la tension dans les centres hospitaliers. Quand on a 16 lits de réanimation, même si ça a été un peu amélioré, c’est forcément compliqué", précise Mansour Kamardine.

Cette tension hospitalière est également à mettre en parallèle avec le regain de malades ces derniers jours. Quelques spécificités locales pourraient l’expliquer. Comme la fin du ramadan et la fête de l’Aïd el fitr dans ce département à 90 % musulman ou les "mourengué", ces rassemblements de boxe traditionnelle mahoraise qui ont continué à être organisés malgré les différentes interdictions. Mais pour Mansour Kamardine, ces agissements seraient surtout le fait des étrangers en provenance des Comores.

"En réalité, nous avons une frange importante, au moins la moitié de la population, qui est issue de l’immigration et qui est consciente du fait qu’elle ne peut pas se faire verbaliser. Donc elle a un comportement irresponsable parce que quand on demande aux uns et autres de rester confinés, eux ne le font pas". 

À Mayotte et malgré cette phase épidémique encore ascendante, le déconfinement a eu lieu de fait sans aucune annonce officielle. Les écoles commencent à rouvrir, les lieux de cultes aussi. Quant à la préfecture, elle continue d’appeler la population à l’application des gestes barrière.

Boris Courret