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Pourquoi il ne faut plus installer de ruches en ville

Une ruche à Pont-de-Montvert, en Lozère, en juin 2018

Une ruche à Pont-de-Montvert, en Lozère, en juin 2018 - Sylvain Thomas-AFP

Alors qu'elle était apparue comme une réponse à la disparition des abeilles, l'installation de ruches en ville est de plus en plus contestée.

Elles pullulent sur les toits des immeubles. Depuis plusieurs années, les ruches prospèrent en ville. À l'exemple de Paris - qui en compterait 700 dont 143 municipales, assure la mairie sur son site - et incite professionnels, particuliers et associations à en installer de nouvelles. La capitale a même simplifié les démarches et a mis en place un plan "ruches et pollinisateurs".

Comme le justifie la municipalité, "la plupart des végétaux ne peuvent se féconder sans le butinage des abeilles". Et ajoute: "Leur rôle est indispensable dans la nature. La présence des abeilles est un signe de bonne santé de notre environnement, leur préservation participe à la sauvegarde de notre planète." 

Faible exposition aux pesticides, diversité florale: un peu partout en France comme à l'étranger, l'installation de ruches en villes a été vue comme une solution face à l'inquiétant déclin des pollinisateurs.

Apis mellifera contre un millier d'espèces d'abeilles

Pourtant, certains font marche arrière. Depuis 2015, Lyon n'autorise plus aucune installation de ruche sur son domaine public. Besançon et Metz ont fait de même. La raison est simple: la multiplication des ruches et donc la prolifération des abeilles domestiques concurrence les autres pollinisateurs, notamment les abeilles sauvages.

Il existe près d'un millier d'espèces différentes d'abeilles en France. Or, "apis mellifera" - l'abeille domestique occidentale productrice de miel la plus connue - met en péril la survie de ses semblables sauvages. Elle dévore tout sur son passage.

Ces dernières, parfois solitaires, ont un rythme de vie bien différent d'apis mellifera. Certaines ne butinent qu'une seule variété de fleurs, d'autres vivent cachées dans le sol ou le bois et la plupart se déplacent beaucoup moins pour trouver sa nourriture.

20 ruches au km2 à Paris

Selon les conclusions d'une étude durant trois ans à Paris, publiée en septembre dernier dans la revue Plos One, plus les fleurs sont fréquentées par les abeilles domestiques, moins elles sont visitées par leurs congénères sauvages. D'autant que selon son auteure, Isabelle Dajoz, professeure et chercheuse en écologie à l'université Paris-Diderot, Paris compterait bien plus de ruches qu'annoncé. Elle avance le nombre de 2500.

"Cela donne une densité de 20 ruches au km2 alors que la moyenne nationale est de 3 ruches au km2 dans des milieux naturels, assure-t-elle à BFMTV.com. Malgré la présence de fleurs ornementales, les ressources sont limitées en ville." 

La scientifique préconise ainsi de ne plus en installer de nouvelles. "On est allé trop loin en voulant bien faire." Et formule des recommandations encore plus radicales.

"Sachant qu'une ruche peut compter plusieurs dizaines de milliers d'individus, il faut en retirer. Car à partir de 3 ruches au km2, cela provoque des interférences avec les pollinisateurs sauvages."

Un enjeu pour le monde de demain

Pire: son rôle dans la pollinisation des végétaux non gérés, c'est-à-dire sauvages, serait limité, contrairement aux autres pollinisateurs qui ne montrent pas de préférence entre fleurs d'ornement et plantes non cultivées. "L'abeille domestique n'est pas le pollinisateur le plus efficace, qu'il s'agisse de fleurs sauvages ou des cultures agricoles", ajoute Isabelle Dajoz.

"À l'heure de l'agriculture urbaine et alors que les villes souhaitent augmenter leur indépendance alimentaire, si l'on veut un tant soi peu de rendement, il faut maintenir la diversité des pollinisateurs. L'enjeu est de taille alors que le monde de demain sera de plus en plus urbain."
Céline Hussonnois-Alaya