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Pour eux, conduire une voiture est un calvaire: ces Français souffrent d'amaxophobie

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- - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

De nombreuses personnes sont atteintes d’amaxophobie, la peur de conduire, qui les empêche de passer le permis ou d’en profiter correctement une fois qu’elles l’ont en poche.

La rentrée, c’est aussi l’heure des bonnes résolutions. Certains vont tenter d’arrêter de fumer. D’autres se remettre au sport. Certains se décident aussi à passer leur permis de conduire. Mais pour beaucoup de gens, cela n’a rien d’une formalité. Parce qu’ils souffrent de la phobie de la conduite depuis des années, passer derrière un volant leur est quasiment impossible.

Un phénomène qui touche même certains titulaires du petit carton rose et qui les force à adapter leur organisation quotidienne. Si ceux qui vivent dans les grandes métropoles arrivent à se passer du permis, l’amaxophobie (c’est comme ça qu’on dit) finit toujours par rattraper ceux qui ont réussi à décrocher un jour le précieux sésame.

Frédéric, 35 ans (Angres), entrepreneur: "Je suis obligé de prendre des cachets"

"A la fin de l’année 2003, j’étais dans une de mes dernières leçons de conduite avant de passer le permis. Et je me suis fait exploser par un camion. Depuis, la route est une catastrophe pour moi. Aujourd’hui, j’ai 35 ans. Même monter dans une voiture sur le siège passager, c’est laborieux. Pour les courts trajets ça va encore, mais quand je dois partir en vacances, c’est terrible. Cette année, une semaine avant, je n’étais pas bien. Je suis obligé de prendre des cachets. Quand je vivais à Lille, ce n’était pas un handicap. Aujourd’hui, je suis à mon compte, je travaille de chez moi, donc ça aide.
Au début, il y avait des jugements dans mon entourage. Maintenant, ce ne sont que des petites piques. On en rigole, mais au bout d’un moment c’est un peu agaçant. Ma compagne conduit, donc c’est elle qui gère tout ce qui touche aux enfants. Mais au bout d’un moment, le fait de ne pas avoir le permis, surtout maintenant que je n’habite plus Lille, c’est compliqué. Je fais tous les déplacements que je peux en train, mais pour le quotidien c’est un peu la galère. Quand il y a des soirées chez les potes c’est compliqué. Ma concubine est obligée de se restreindre, elle préférerait que de temps en temps ce soit moi qui prenne le volant. Je me dis qu’il faudra qu’à un moment donné, notamment pour l’organisation avec les enfants, il faudra que je m’y mette. Donc on se met un petit coup de pied au cul et on essaie. J’essaie de passer le code depuis juin, mais j’ai une appréhension quand la conduite va arriver. Je fais de la méditation, je fais du sport pour essayer d’évacuer tout ça. Pour l’instant, je ne sais pas si je serai capable de le faire. J’attends le premier jour de conduite et c’est l’incertitude totale. Dès que je me retrouve sur autoroute, que je vois des camions débouler, c’est tachycardie, je suis limite tétanisé. Je ne pense pas être malade, même si certains considèrent les blocages mentaux comme une maladie. Mais je ne suis pas dépressif à cause de ça".

Ophélie, 31 ans (Paris), journaliste: "Depuis, je n'ai jamais retouché un volant"

"Je devais avoir 17 ans, je conduisais avec ma mère dans le cadre de ma conduite accompagnée. Je m'étais rendue compte que finalement, je n'étais pas du tout à l'aise au volant et je vivais ça comme une contrainte. Bref. On prend un rond-point, un camion qui avait mis son clignotant pour tourner ne tourne pas et j'ai failli me le prendre. Une fois sortie du rond-point, j'ai fait une crise de panique, je ne parlais pas, ma mère a repris le volant et on est rentrées à la maison.
Depuis, je n'ai jamais retouché un volant, ça me tétanise. Littéralement. Je me bloque quand je monte côté conducteur "pour voir". Du coup je n'ai pas passé mon permis. Comme je suis arrivée à Paris quelques mois plus tard, on ne peut pas dire que la voiture m'ait manquée. Mais ça me pénalise dès que je veux partir en weekend avec des amis ou quand je pars à l'étranger. Je suis devenue incollable sur les bus croates par exemple. Autre chose un peu bête: je bois très peu, voire pas du tout parfois en soirée. Donc quand on sort avec des amis, je pourrais tout à fait être Sam, ça ne me gênerait pas. Mais non.
Dans l'ensemble, je suis assez peu confrontée à ma peur au quotidien puisque je peux l'éviter (merci les transports en commun). Mais je sais que ça ne résout pas le problème donc il va falloir passer au-dessus de ça et montrer que je suis une grande fille. J'ai donc décidé il y a 3 ans de m'offrir le permis pour mon anniversaire. Mes amis et ma mère ont contribué à ma cagnotte. J'ai l'argent pour, j’ai mis la cagnotte de côté mais ne suis toujours pas inscrite... Il faudrait que je le fasse cette année".

Anne, 40 ans (Montreuil), gestionnaire: "Quand on conduit, les gens vous confient leur vie"

"J’ai passé mon permis assez tard, à 29 ans. Je travaillais depuis pas mal d’années, et une boite m’a appelée pour me recruter. Je n’avais pas encore le permis, je n’ai pas menti mais je ne l’ai pas mentionné sur mon CV non plus. A la fin de ma période d’essai on m’a fait comprendre que c’était pas mal de passer mon permis. Pour eux, c’était tellement évident qu’ils étaient persuadés que je l’avais. Je l’ai passé en deux mois et je l’ai eu. Plus tard, je suis venu à Paris et je n’ai plus eu besoin de conduire. Et j’ai commencé à avoir la trouille, avec le périph, les gens qui conduisent comme des fous. J’ai perdu confiance en moi. Depuis, je fais tout pour éviter de conduire. Parce que j’ai les mains qui tremblent, je transpire, j’ai la boule au ventre, je suis hyper-stressée. Quand je suis en province, je me force. Mais à Paris, je n’ai jamais conduit, j’ai trop peur, ça me bloque. Le problème, c’est que mon mari n’a pas le permis non plus. Je ne sais pas s’il a la flemme ou s’il a peur… Il me dit qu’il veut le passer depuis trois ou quatre ans, moi ça m’arrangerait. Alors à Paris, on n’en a pas tellement besoin. Mais pour les vacances, on a pleins d’idées, mais clairement ça nous bride. Avoir une voiture nous ouvrirait plein de libertés pour partir en week-end. Nous, on fait fonction de la SNCF. Mon projet de la rentrée, c’est de prendre quelques cours de conduite dans une auto-école, histoire qu’ils me donnent quelques clés. Plus jeune, j’ai été confronté à quelqu’un qui a eu un accident de voiture. Je me suis rendue compte que ce n’était pas anodin de conduire. Conduire, ça peut tuer des gens! Quand on les conduit, ils vous confient leur vie. Peut-être que ça peut paraître exagéré mais il y a un peu de ça".
Antoine Maes