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Poupons à vendre à Paris: une boutique éphémère anti-GPA ne plaît pas à tout le monde

Tugdual Derville, délégué général d'Alliance Vita à l'initiative du lancement de ce showroom.

Tugdual Derville, délégué général d'Alliance Vita à l'initiative du lancement de ce showroom. - Eric FEFERBERG / AFP

A compter de ce mardi et pendant trois jours, l'association Alliance Vita a lancé une boutique éphémère exposant entre autres des baigneurs pourvus de codes-barres. L'objectif était de s'opposer à l'extension de la Procréation médicalement assistée (PMA) et à la possibilité de légaliser la Gestation pour autrui (GPA). L'initiative, qui vient de s'achever, a défrayé la chronique dans le 2e arrondissement parisien, s'attirant les foudres d'élus.

Ces jours-ci, c'est dans le passage Choiseul, au coeur du 2e arrondissement de Paris, que la pomme de discorde a roulé. Les élus locaux ont publié ce jeudi une tribune contre l'ouverture dans cette étroite artère d'une fausse-boutique éphémère, chapeautée par l'association catholique Alliance Vita et militant contre l'extension de la "Procréation médicalement assistée" (PMA) et la "Gestation pour autrui" (GPA).

Dans ce magasin lancée mardi dernier, et qui vient de fermer ses portes, on trouvait des baigneurs marqués de codes-barres, des mannequins masculins le visage masqué par des cartons décomposant le sigle "PMA". Dans une publication Facebook, la revue Famille chrétienne a donné à voir l'intérieur de l'endroit, dont la devanture proclamait, sur un mode parodique: "Achat-location-ventre". 

Alliance Vita dénonce "un basculement dans un système marchand"

Dans ses cartons d'invitations, Alliance Vita parlait d'un "showroom clandestin". Une appellation étonnante pour une boutique ayant eu pendant trois jours pignon sur galerie et annoncée par voie de communiqué de presse. Joint par BFMTV.com, Tugdual Derville, délégué général d'Alliance Vita, a expliqué la raison de ce label en même temps que le but général de la démarche. "Nous avons voulu mettre en évidence ce qu'est déjà le marché de la procréation dans certains pays, et ce qu'il est parfois en France où des sociétés étrangères font déjà de la prospection en toute impunité", assure-t-il.

Alors que les consultations liées au Etats-Généraux de la bioéthique prennent fin ce mois-ci et quelques mois avant les débats autour de la révision de la loi relative à la bioéthique à partir de cet automne, Tugdual Derville dénonce, à travers la possibilité d'étendre aux femmes seules et aux couples lesbiens l'accès à la PMA ou encore d'autoriser la GPA, la création d'un "droit à l'enfant".

"C'est un basculement dans un système marchand soit libéral, soit étatique où le bébé n'est plus accueilli comme une personne mais comme un produit et où les pères, comme les femmes sont des victimes", développe-t-il. 

Pour le délégué général d'Alliance Vita, il ne s'agit pas d'indifférence à l'égard du sort des personnes aspirant à avoir un enfant que des actions législatives en faveur de la GPA et de l'extension de la PMA pourraient concerner: "Le désir d'engendrer est le plus noble qui soit, et il doit être respecté mais la loi est là pour réguler certains désirs pour préserver le principe de la non-marchandisation du corps". 

Impossible dialogue? 

Il n'en reste pas moins que la manœuvre de l'association a fortement déplu à certains élus du 2e arrondissement qui ont publié ce jeudi une tribune "condamnant l’installation du showroom clandestin d’Alliance Vita" et "rappelant (leur) attachement au respect de toutes les familles dans leur diversité". Catherine Michaud est conseillère d'arrondissement et présidente de GayLib, une association LGBT liée au centre-droit. Elle affirme à BFMTV.com ne pas croire que la position d'Alliance Vita tienne à un rejet d'une marchandisation de l'être humain: "C'est un prétexte. Par ce débat, ils cherchent à infuser une vision conservatrice et religieuse de la société". 

Et l'heure n'est pas à la discussion pour l'élue:

"Je n'ai rien en commun avec monsieur Derville et Alliance Vita. Je défends des valeurs humanistes et eux sont contre l'IVG, contre nos familles, contre nos mariages. Ils ont une vision de la France qui s'est arrêtée au mandat de Valéry Giscard d'Estaing". 

La distance entre les uns et les autres n'st pas sans rappeler les tensions qui ont accompagné le débat législatif au moment du Mariage pour tous et les défilés de la "Manif' pour tous". Dans son dossier de presse, Alliance Vita proclame d'ailleurs que son initiative constitue "le dernier appel au président de la République avant mobilisation générale ". Se pourrait-il qu'il s'agisse-là d'un avertissement avant de rejouer ce match? Tugdual Derville, cependant, observe que les contours de cette mobilisation hypothétique sont encore flous: "La protection de l'être humain est un autre sujet que celui du mariage homosexuel. On pourrait se trouver sur une plateforme plus large. La mobilisation pourrait être multiforme". 

Robin Verner