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Plusieurs œuvres de Simone de Beauvoir entrent à la Pléiade

Simone de Beauvoir en 1971 à Paris

Simone de Beauvoir en 1971 à Paris - Georges Bendrihem-AFP

Si les œuvres de mémoires de Simone de Beauvoir entrent dans la prestigieuse collection la Pléiade, ce n'est pas le cas du livre-manifeste féministe Le Deuxième Sexe ni du Goncourt Les Mandarins.

C'est la Simone de Beauvoir chroniqueuse minutieuse de sa vie que la Pléiade invite à découvrir dans les deux volumes qu'elle consacre enfin, trente-deux ans après sa mort et trente-six ans après l'entrée de Jean-Paul Sartre dans la prestigieuse collection de Gallimard, à l'écrivaine féministe.

"Si le projet d'écrire sa vie lui est d'abord apparu comme un détour, il est toutefois progressivement devenu la voie royale empruntée par son œuvre", expliquent Jean-Louis Jeannelle et Eliane Lecarme-Tabone qui ont dirigé cette édition à paraître ce jeudi.

Ni Le Deuxième Sexe ni Les Mandarins

Ni Le Deuxième Sexe paru en 1949, le livre-manifeste du mouvement féministe, ni son roman Les Mandarins, prix Goncourt 1954, ne figurent donc dans ces deux volumes de 1584 et 1696 pages. On y trouve en revanche les cinq livres de mémoires rédigés par Simone de Beauvoir: Mémoires d'une jeune fille rangée (1958), La force de l'âge (1960), La force des choses (1963), Tout compte fait (1972) et La cérémonie des adieux (1981), livre terrible sur les dernières années de Jean-Paul Sartre, mort en 1980. Les éditeurs ont ajouté à l'ensemble Une mort très douce (1964), témoignage sur la disparition de sa mère.

Simone de Beauvoir (1908-1986) entrait dans sa cinquantième année quand elle a commencé à écrire Mémoires d'une jeune fille rangée, histoire de l'émancipation, au début du 20e siècle, d'une jeune femme issue d'une famille bourgeoise parisienne, aimante et cultivée, mais horriblement conformiste à ses yeux.

Comptant parmi les œuvres les plus connues de l'écrivaine, ce texte est aussi l'un des plus émouvants écrit par une auteure parfois accusée de manquer d'empathie. Le portrait de son amie "Zaza" (Elisabeth Lacoin), sa sœur spirituelle, foudroyée en novembre 1929 à l'âge de 21 ans, demeure un des textes les plus poignants sur l'amitié.

"Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j'ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa mort", écrit avec une certaine dureté vis-à-vis d'elle-même Simone de Beauvoir.

Surnommée "le Castor"

C'est également dans ce livre qu'on apprend pourquoi Jean-Paul Sartre la surnommait "le Castor". C'est un ami d'études commun, René Maheu, qui en eut l'idée en jouant de l'homophonie de Beauvoir et Beaver ("castor" en anglais).

On ne saurait reprocher à Simone de Beauvoir d'enjoliver le passé. Son style, parfois décrié à l'époque à cause d'une prétendue sécheresse, apparaît aujourd'hui d'une modernité stupéfiante. Ainsi, dans La force de l'âge, qui revient sur les années 1930-1944, Jean-Paul Sartre (un temps prisonnier de guerre) et Simone de Beauvoir apparaissent davantage comme des "spectateurs" passifs de l'actualité plutôt que des acteurs engagés dans la lutte contre l'occupant ou le régime de Vichy.

Tout au plus, Simone de Beauvoir indique écouter la BBC. On continue de fréquenter Le Flore, on fait "des fiestas" (avec Michel Leiris notamment), on part à la montagne en hiver. 

"Un matin, je trouvai le magasin de sport où je faisais farter mes skis sens dessus dessous: la nuit des maquisards l'avaient mis à sac", s'étonne la romancière qui constate "les maquisards faisaient la loi à Morzine".

Les désillusions de la libération

Quand Simone de Beauvoir évoque dans La force des choses les désillusions de la libération, les promesses non tenues des guerres anticolonialistes, on distingue entre les lignes un grand désenchantement. Que penser du constat amer qui conclut ce texte: "Je mesure avec stupeur à quel point j'ai été flouée"?

Concernant le couple singulier qu'elle forma avec Jean-Paul Sartre, la romancière (qui passe sous silence les relations amoureuses qu'elle noua avec certaines de ses anciennes élèves) évoque en revanche sa liaison avec l'Américain Nelson Algren puis avec Claude Lanzmann. 

Quant à Jean-Paul Sartre, elle dresse le bilan de leur vie pas si commune à la fin de La cérémonie des adieux. "Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C'est ainsi; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s'accorder".

C.H.A. avec AFP