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Pic de mortalité en janvier: pourquoi c'est faux

" Le froid". Paysage du 7 février 2015, qualifié de "pré-posthume" par le photographe.

" Le froid". Paysage du 7 février 2015, qualifié de "pré-posthume" par le photographe. - Renaud Camus - flickr - CC

"Hécatombe", "série noire": sur les réseaux sociaux, c'est ainsi qu'est perçu ce début 2016, face à la disparition de plusieurs personnalités. Au point de faire dire à d'aucuns que l'on mourrait davantage en janvier que le restant de l'année? Si les statistiques semblent à première vue valider cette hypothèse, il n'en est pourtant rien.

Michel Delpech, Michel Galabru, Pierre Boulez, David Bowie, Ettore Scola, Edmonde Charles-Roux… Les décès rapprochés de ces personnalités alimentent les commentaires... et les croyances. En conclusion, le mois de janvier serait le pic de mortalité de l'année. Si l'hypothèse prétend expliquer l'actualité du moment, elle est pourtant fausse. Contacté par BFMTV.com, l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), qui recueille les données depuis une quarantaine d'années, dément ce "pic meurtrier en janvier". La page Facebook "Je survivrai à 2016" devient pour le coup sans objet.

Des statistiques en trompe-l'œil

A l'appui de cette affirmation d'un mois de janvier fatal, Le Monde mettait en avant dès l'année dernière des statistiques de l'Insee et évoquait une mortalité plus élevée de 15% par rapport au reste de l'année. Le mois de janvier se classerait 25 fois en tête pour le nombre de décès.

Sans dire que le journal se trompe, l'Insee prévient qu'il faut savoir interpréter ces statistiques. Le pic de mortalité évoqué est ainsi "neutralisé par le nombre de jours dans le mois". Autrement dit, ce n'est pas une nouveauté, janvier est plus long que février. Dans Sciences et Avenir, l'Ined (Institut national d'études démographiques) complète l'explication en disant "qu'il faut également tenir compte des années bissextiles".

Autre "correction" à prendre compte: le nombre de week-ends dans le mois de janvier, qui peut varier selon les années. Il s'agit autrement dit de moduler les résultats pour "ne pas confondre l'effet du mois dans l'année avec celui de l'effet du jour dans la semaine".

Février ou mars seraient encore plus "meurtriers"

Si l'on considère le nombre moyen de décès par jour selon le mois, février et surtout mars, arrivent, selon les données de l'état civil, en tête devant janvier. Dans tous les cas, une mortalité accrue pendant les mois d'hiver, de janvier à mars, est bel et bien constatée. Dire que l'on meurt en moyenne moins en été est statistiquement vrai en France. Libération retient l'exception de la canicule de 2003, où une surmortalité très importante avait été observée, en particulier chez les personnes âgées.

La cause d'une plus grande mortalité hivernale s'explique notamment par le froid et les épidémies de grippe qui sévissent chaque hiver. Les personnes déjà fragiles (âgées, asthmatiques, immunodéficientes) peuvent succomber à des complications, notamment respiratoires. Or, d'après l'Institut de veille sanitaire (InVS), l'épidémie de grippe serait plus tardive de trois à quatre semaines en ce début d'année 2016.