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Pendant la visite de Castaner, Omar a interpellé le maire du 19e: "Mettre 40.000 policiers, ça ne changera rien" 

Un jeune homme a interpellé le maire du XIXe arrondissement de Paris ce jeudi pour dénoncer le manque d'infrastructures disponibles pour les jeunes. En début de semaine, un adolescent de 16 ans y est mort dans un rixe.

Christophe Castaner veut combattre méthodiquement les violences urbaines. Le ministre de l'Intérieur s'est rendu cet après-midi dans le XIXe arrondissement de Paris, près du lieu où un adolescent de 16 ans est mort lors d'une rixe entre jeunes dans la nuit de mardi à mercredi

En marge de ce déplacement s'est déroulée une séquence tendue entre un habitant du quartier et le maire de l'arrondissement, François Dagnaud. Le jeune homme excédé interpelle l'élu sur le manque d'infrastructures accessibles aux jeunes dans le quartier.

"Les jeunes ne savaient plus quoi faire" déplore Omar, 30 ans, qui connaissait bien l'adolescent mort cette semaine. "Au final il se sont retrouvés dehors à faire des conneries. Quand on est dehors à 15 ans et qu'on galère, qu'est-ce-qu'on fait? Voilà, on se bagarre pour des futilités et on meurt. Dans nos quartiers, c'est la réalité, à Paris ou à Sarcelles, nos petits, ils meurent" tonne-t-il encore face à l'élu.

"Nous sommes à Paris, il faut bouger"

"On demande juste des infrastructures, simplement un terrain de foot, un lieu pour développer la créativité, la musique, l'artistique" martèle-t-il. "Qu'est-ce qu'on fait le reste de la semaine? Y-a plus d'activités sportives, il y a plus de terrain de foot."

Omar B, contacté quelques heures plus tard par BFMTV.com, raconte qu'il profitait tranquillement de son jour de repos en regardant la télévision lorsqu'il est tombé sur le ministre de l'Intérieur et le maire. "Quand j'ai entendu le grand charabia qui se disait à propos de ces jeunes sous ma fenêtre, je me suis senti obligé de m'habiller et de descendre" raconte cet auteur-compositeur de 30 ans, bien connu du quartier.

"Leur temps-libre, ils le tuent comment?" interroge Omar. "Eh bien ils restent dehors en bande, à rien faire". "Aujourd'hui on parle de bandes rivales, mais non", ces rixes, "ça part de futilités, ça part à la castagne pour des broutilles, par l'ennui" raconte Omar.

"Les gymnases? Des salles vides, inaccessibles"

Lorsque le maire se met à mentionner des gymnases, le jeune homme tombe des nues. "Ce sont des salles vides, fermées à clef, auxquelles nous n'avons même pas accès" expliquera Omar à BFMTV. Egalement contactée, la mairie du XIXe arrondissement n'a pour l'instant pas donné suite.
François Dagnaud lui réplique alors "nous sommes à Paris, il faut bouger. (...) je n'accepte pas que vous enfermiez la vie de nos jeunes dans un quartier de 100 mètres sur 100 mètres. Il faut sortir de cet enfermement mental. A un quart d'heure de métro, on a accès à mille choses".

Alors que le nouveau ministre de l'Intérieur a annoncé des moyens policiers supplémentaires dans le quartier pour lutter contre des "bandes", Omar regrette cette vision caricaturale de son quartier. "Je ne laisserai pas les jeunes de bande devenir les maîtres d'un quartier" a déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner ce jeudi lors de ce déplacement.

"Ces jeunes je les connais, ils sont livrés à eux-mêmes, sans structures ni accompagnement, et souvent dans des situations familiales compliquées. Vous avez beau mettre 40.000 policiers en plus, ça ne changera rien. Ce n'est pas la solution" explique cet habitant. 
Jeanne Bulant