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Pédophilie: quand la rumeur frappe des innocents

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En l'espace de quelques jours, la rumeur a été à l'origine de trois faits divers relevant d'agressions sexuelles sur mineurs ou d'enlèvements d'enfants. Dans chacun des cas, les faits se sont avérés faux. Avec parfois des conséquences graves.

Hasard des situations, les faits - qui n'ont pas de lien direct - se sont produits quasiment simultanément. Leurs points communs: à chaque fois, des accusations d'agressions sexuelles sur des enfants. Mais à chaque fois, la rumeur accusatrice s'est trompée, accusant parfois des innocents. Et dans certains cas de manière dramatique.

Brest: Un retraité meurt après son interpellation

La plus grave de ces affaires s'est déroulée lundi à Brest (Finistère). Un retraité de 65 ans, sans histoire, est mort après avoir été interpellé par la police parce qu'il était soupçonné d'être un pervers sexuel par des parents d'élèves. Après avoir été aperçu tenant la main d'une fillette qui se rendait à l'école, plusieurs habitants avaient conclu à de la pédophilie et avaient poursuivi l'homme jusque dans sa cage d'escalier. Interpellé par la police, il est décédé d'une crise cardiaque alors qu'il était amené au commissariat. Conclusion du procureur de la République: « On a vécu pendant une dizaine de jours dans une nébuleuse de rumeurs ».

Landes: un handicapé giflé et insulté

Dans les Landes, c'est un travailleur handicapé qui s'est retrouvé, début novembre, au centre d'une affaire avec laquelle il n'avait manifestement rien à voir. L'homme, sous le coup d'un contrôle judiciaire pour détention de photos pédophiles, a été repéré par un gendarme. Celui-ci a alors diffusé des communiqués permettant de l'identifier, et prévenant qu'il était « susceptible d'inviter les enfants à monter dans sa voiture » ou qu'il était « connu pour agressions sexuelles ». Quelques jours après, l'handicapé de 43 ans s'est alors fait gifler, traiter de « pédophile », de « malade mental », et menacer d'être « massacré » par un père de famille. Son avocat affirme qu'il a alors songé à se suicider et dénonce « la rumeur qui gronde et la culture de la peur ».

Morbihan: des enlèvements d'enfant imaginaires

Le Télégramme révélait hier mercredi une troisième affaire, concernant cette fois de supposées tentatives d'enlèvements d'enfants dans le Morbihan. A son origine, un automobiliste qui avait été vu proposant à un enfant de 9 ans de monter sans sa voiture, près du terrain de football de Pleucadeuc. Pourtant, « il n’y a eu ni violence, ni tentative. L’enfant ne s’est pas enfui », dit la gendarmerie. « Peut-être, tout bêtement, s’agit-il d’un père de famille ayant voulu rendre service en raccompagnant l'enfant chez lui ? », se questionne-t-on. Mais des tracts faisant état d’enlèvement d’enfants avaient été adressés aux parents d’élèves des communes de Malestroit, Bohal, Pleucadeuc et Sérent, dans le Morbihan, créant une vraie psychose. Le standard téléphonique des brigades de gendarmerie a croulé pendant plusieurs jours sous les appels.