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"On ne croit plus en vous": vif échange entre Emmanuel Macron et des soignantes de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière

Lors de sa visite à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris ce vendredi matin, le chef de l'Etat a été interpellé par deux infirmières sur leurs conditions de travail et le manque de moyens de l'hôpital en pleine crise sanitaire du Covid-19.

La pression s'alourdit sur les épaules du chef de l'Etat. En visite à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière ce vendredi matin, Emmanuel Macron a été vivement interpellé par deux soignantes. En première ligne depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus, le personnel soignant n'a de cesse de réclamer une revalorisation salariale, mais aussi davantage de moyens et de lits pour l'hôpital. 

Lors de cet échange tendu, filmé au smartphone, Emmanuel Macron confie aux infirmières ne pas vouloir "que la bonne énergie retombe et que le désespoir s'installe".

"Mais malheureusement il y est déjà, M. Macron!", lui rétorque vigoureusement l'une d'elle. "Avant même le Covid, on était déjà désespérées... ça fait des années, M. Macron...".

"Ce qu'on demande, c'est la revalorisation!"

"C'est gentil la prime, on la prendra quand même. Mais ce qu'on demande, c'est la revalorisation: de combien et quand?", poursuit-elle dans le couloir de l'hôpital, tandis qu'une autre soignante déplore à son tour: "ça fait longtemps qu'on nous l'annonce... sur chaque promesse, vous nous rajoutez des conditions. On est désespérées. On ne croit plus en vous."

Le chef de l'Etat tente alors de répondre, mettant en avant les réinvestissements engagés pendant son mandat.

"Je sais, mais on est là!", tente de répondre Emmanuel Macron. "Moi je ne fais pas de promesses. Vous avez raison de ne pas avoir cru en moi là-dessus, parce que moi je ne fais pas de promesses... Et quand j'en fais, je les tiens. Je m'étais engagé à ce qu'on sorte progressivement de la tarification d'activité sur une stratégie 'Ma santé 2022'. Ce que je constate, c'est que cette stratégie, où on a réinvesti pour la première fois depuis 15 ans dans l'hôpital...", répond-t-il face aux soignantes insurgées. 

L'une d'elle l'interrompt et explique:

"Oui mais M. Macron, nous tout ça on ne le voit pas. Vous nous parlez financièrement par rapport à une globalité des choses. Mais nous, nos salaires, on y voit pas la différence. Il a fallu le Covid pour que vous réagissiez, c'est pas normal. M. Macron il a fallu le Covid pour que vous réagissiez que les hôpitaux sont en souffrance...."

Désireux de calmer le jeu, le président tente un bilan de la situation.

"Je vous entend là-dessus. Moi je constate, tout le mécontentement, les mouvements que vous avez eu... Ce que vous exprimez, c'est que ça ne va pas assez vite, et qu'on a pas répondu à une partie des attentes qui sont légitimes... Concernant la prime, ne me dites pas que je vous ai déçues car je ne l'ai jamais promise...".

"Ce n'est pas vrai qu'on est la honte de l'Europe"

La discussion se déporte alors sur la question des stocks de masques insuffisants.

"Moi ça fait six ans que je suis infirmière, on a pas de matériel, on a rien! Pourquoi actuellement je travaille avec un masque qui est périmé depuis 2001? Juste, pourquoi?", l'interroge-t-elle, avant qu'une deuxième personne ne l'interpelle: "S'il-vous-plaît, pas de langage politique M. Macron, on est un des pays où les infirmières sont les plus mal rémunérées quand même... Pour un pays d'Europe, ça n'est pas normal...".

Emmanuel Macron s'agace alors.

"Pardon de vous le dire mais ce n'est pas vrai qu'on est la honte de l'Europe", s'agace un peu Emmanuel Macron, assurant ne pas faire "de langage politique", puis montrant de l'intérêt pour le type de masque qu'elles portent, ainsi que ceux avec lesquelles elles doivent travailler. 

En réponse au "courage exceptionnel" dont fait preuve le personnel soignant depuis le début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron avait promis en mars dernier la mise en place d'un "plan massif d'investissement et de revalorisation pour l'hôpital".

Après plusieurs semaines de tractations, le gouvernement a arrêté ce vendredi les détails de la fameuse "prime Covid" promise au personnel hospitalier, première étape d'une politique de revalorisation des carrières. Celle-ci avait été suspendue depuis lors à la publication d'un décret, mais la prime sera versée à "l'ensemble des professionnels des établissements publics de santé" mobilisés "face à l'épidémie", a annoncé vendredi le ministère de la Santé.

Jeanne Bulant