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"On a peur de se retrouver prisonniers": le témoignage d'un étudiant français bloqué à Shanghai

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Un étudiant français en semestre à Shanghai témoigne auprès de BFMTV.com des mesures drastiques de confinement prises pour lutter contre le coronavirus. Âgé de 21 ans, il espère un rapatriement rapide en France.

Lorsque Clément Dennieau a choisi Shanghai pour son échange de 3ème année d'école de commerce, il espérait découvrir "la culture asiatique" et "voyager dans les pays voisins." Mais l'épidémie de coronavirus a radicalement changé son programme. Depuis un mois, ce Français de 21 ans est confiné dans l'une des plus grandes villes du monde. Il explique à BFMTV.com attendre désormais un rapatriement le plus rapide possible à Paris.

Écoles et universités fermées

Comme 250 autres étudiants, Clément Dennieau a quitté le campus de l'école parisienne l'ESSCA pour Shanghai le 1er janvier. Le séjour a démarré par un voyage dans la ville de Wenzhou, dans le sud-est de la Chine, où le groupe d'étudiants devait fêter le Nouvel an chinois. Le 7 janvier, le nouveau coronavirus est identifié et fait une première victime quelques jours plus tard. Rapidement, l'épidémie se répand dans la région du Wuhan, ainsi que celle où se trouve le groupe d'étudiants, qui sont aussitôt rapatriés d'urgence à Shanghai.

Tandis que certains font le choix de rentrer immédiatement en France, Clément Dennieau et ses colocataires décident de rester sur place. Mais la situation se dégrade de jour en jour. Le campus où ils devaient suivre les cours a fermé ses portes au moins jusqu'à la mi-février, ce qui les oblige à suivre les cours en ligne. L'étudiant déplore un manque d'organisation dans la direction:

"Ils n'étaient pas au courant du nombre d'étudiants encore en Chine, ni du fait que certains ont des problèmes avec leurs propriétaires qui veulent les expulser", s'inquiète-t-il.

Vers une pénurie de nourriture?

De son côté, l'ESSCA indique à BFMTV.com avoir pris "plusieurs mesures afin de contenir les risques de contagion et protéger ses étudiants et collaborateurs tant en France qu’en Asie." La direction de l'école "suit avec une extrême vigilance la situation et toutes ses évolutions. L’école informe régulièrement les parties prenantes concernées afin de les rassurer et d’étudier le meilleur dispositif pour chacun." Au dernier décompte, 112 étudiants sont rentrés en Europe, tandis que 138 sont toujours sur place.

Comme la plupart des métropoles chinoises, Shanghai a appelé les entreprises à cesser leurs activités. Les lieux publics, bars et restaurants sont de plus en plus nombreux à baisser le rideau. Même constat pour les supermarchés:

"Les rayons des magasins sont vidés. Il ne reste que le McDonald's ouvert jusqu'à 19 heures. On y a déjà mangé trois fois en deux jours."

"Se retrouver prisonnier"

Alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) maintien la pression sur la Chine, le pays poursuit la mise en place de "mesures fortes" de confinement. Dans la résidence du Français, "le hall est nettoyé toutes les deux heures. Il faut signer une feuille d'émargement à l'entrée du bâtiment. Ils ont collé des fiches plastiques sur tous les boutons de l'ascenseur", énumère-t-il.

"Les Chinois prennent la situation au sérieux, ce qui est rassurant, mais c'est vraiment bizarre, cette atmosphère."

Si l'étudiant assure ne pas être inquiet pour le coronavirus, il reconnaît que lui et ses amis "ont peur de se retrouver prisonniers de la situation." Voyant la situation s'aggraver, le Français a tenté de rentrer à Paris, mais son vol a été annulé ce mercredi. Seules deux compagnies, Aeroflot et AirChina, proposent encore des vols mais "ils sont hors de prix et risquent d'être annulés", ajoute-t-il.

À près de 10.000 kilomètres de là, "la panique" gagne aussi ses proches. "Mon fils n'a pas voulu partir en premier, et maintenant il se retrouve bloqué", s'alarme auprès de BFMTV.com sa mère, Corinne Berthaud, par ailleurs conseillère régionale en Ile-de-France, évoquant une "situation oppressante depuis des semaines". Elle demande aux autorités de rapatrier rapidement tous les étudiants français en Chine qui se trouvent dans une "vraie urgence". 

Esther Paolini