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Obus et munitions: ces polluants laissés par les guerres dans nos sols

Plongeurs neutralisant des obus de la Seconde Guerre Mondiale en mer méditerranée, le 2 février 2016

Plongeurs neutralisant des obus de la Seconde Guerre Mondiale en mer méditerranée, le 2 février 2016 - Boris Horvat - AFP

Les grenades, obus et autres munitions utilisées en France pendant les périodes de guerre restent aujourd'hui une source de danger, mais aussi de pollution et une menace pour l'environnement.

À la suite de la sécheresse qui a frappé la France cet été, la Métropole européenne de Lille (MEL) est contrainte de puiser dans d'autres nappes phréatiques, polluées par du perchlorate. Au-dessus de 4 microgrammes par litre d'eau, il ne faut pas que les nourrissons de moins de six mois consomment cette eau. Dans ce cas lillois, cette limite est dépassée, mais la teneur en perchlorate relevée reste en-dessous de 5 microgrammes.

Cette substance était utilisée pour charger les obus ou d'autres munitions pendant la Première Guerre Mondiale, obus qui ont pollué et polluent encore certaines zones françaises. Ainsi, ce type de contamination dû à d'anciennes armes, est loin d'être une exception en France.

Les armes délaissées des précédentes guerres

"Pendant les deux guerres mondiales, il est estimé qu’entre 10 et 20% des bombes et obus n’ont pas fonctionné", et sont régulièrement retrouvés, explique l'association Robin des Bois, dans un rapport de 2018 faisant l'inventaire des déchets de guerre dans l'Hexagone. 

L'utilisation massive d’obus et de petites munitions pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que les bombardements et nombreux bunkers créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont laissé des traces. "Des projectiles bourrés de poudre noire datant de la guerre franco-prussienne [1870-1871, ndlr] donnent des sueurs froides aux démineurs", ajoute même l'association Robin des bois. Selon leurs chiffres, de janvier 2012 à avril 2018, le déterrement de ces armes anciennes a fait 4 morts, 34 blessés et a nécessité l'évacuation de 57.160 personnes en France.

"Aujourd’hui, nombre de départements de la moitié nord de la France portent encore les traces de ces conflits et les découvertes de munitions de guerre, souvent encore actives, sont fréquentes dans certains secteurs", explique la préfecture de la Marne.

"Des effets persistants sur l'environnement"

La préfecture du Nord précise dans un rapport les trois risques relatifs à ces engins de guerre: en sus de l'explosion, "l'intoxication par inhalation, ingestion ou contact" et "la dispersion dans l'air de gaz toxiques". Les armes chimiques de la Première Guerre Mondiale (comme l'ypérite ou le vitryte), ont "des incidences sur les populations exposées, mais aussi des effets persistants sur l'environnement", tels que la contamination des ressources en eau.

Des campagnes de dépollution des sites touchés sont souvent menées à la suite de découvertes de ces engins, mais certaines zones restent très polluées. "Les experts s’accordent pour dire que sept siècles seront nécessaires pour dépolluer totalement le département", écrivait la préfecture du Calvados en 2012. En 2018, les démineurs ont collecté près de 6 tonnes de munitions de la dernière guerre sur ce département.

Des lieux particulièrement dangereux

Dans son rapport de 2018, l'association Robin des bois pointe notamment du doigt la "Place à gaz", lieu de la forêt de Spincourt, dans la Meuse, à quelques kilomètres de Verdun. L'accès y est interdit, car le taux de pollution, révélé en 2007, est bien trop élevé. A la fin de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers d'obus non-explosés ont été transportés à cet endroit pour y être neutralisés, dont des armes chimiques.

Ainsi "le sol regorge de métaux lourds (cuivre, plomb, zinc) mais surtout d’arsenic et de perchlorate d’ammonium, qui étaient utilisés comme détonateurs des obus. La concentration d’arsenic est ainsi 1000 à 10.000 fois plus élevée que dans le milieu naturel", décrivait Le Monde en 2014, à propos de cet endroit, interdit d'accès.

De son côté, le documentaire Menaces en Mers du Nord, alertait début 2019 sur la potentielle catastrophe écologique que représentent les navires de guerres coulés en mer du Nord et Baltique. Ils transportaient "trois milliards de tonnes d'armes, chimiques et conventionnelles, produites lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiales. (...) Il suffirait que 16% des substances s´échappent pour éradiquer toute forme de vie pendant des siècles", écrit Public Sénat.

De façon plus anecdotique, la pêche à l'aimant - qui permet à des particuliers qui récupèrent ferraille et objets métalliques au fond de rivières et cours d’eau - a été fortement déconseillée cet été, notamment parce que des obus ont été remontés à la surface par certains. "Dans les cours d’eau, on peut trouver tous types de munitions, principalement des grenades, des obus d’alerte ou de mortier, des mines antichar ou antipersonnel", déclarait dans Le Parisien Éric Lombard, chef du groupement d'intervention de déminage de la sécurité civile.

Quelle dépollution?

Des opérations de dépollution existent, qui "consistent à détecter, déterrer, identifier, neutraliser des munitions non explosées dans ou à même le sol et tout engin disposant d’un système de mise à feu pyrotechnique", explique le Ministère des Armées.

Mais d'après l'association Robin des bois, "la responsabilité des pollueurs n’est pas engagée" dans le domaine des engins de guerre. "La filière REP (Responsabilité Élargie des Producteurs) sur les engins de guerre n’est pas à l’agenda des pays belligérants". Dans son rapport, elle souligne toutefois plusieurs cas existants de dépollutions entreprises par des collectivités.

Si jamais vous tombez sur une de ces armes anciennes, il faut avant tout prévenir les autorités (gendarmerie, police ou municipalité). En tous les cas, il ne faut pas toucher l'engin, s'en éloigner et ne laisser personne s’en approcher.

Salomé Vincendon