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Nord : Quand les riverains affichent les visages des cambrioleurs présumés sur les murs

Une des affiches collées sur les murs de Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord. (image floutée par RMC).

Une des affiches collées sur les murs de Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord. (image floutée par RMC). - -

A Villeneuve-d’Ascq, près de Lille, les habitants d’un quartier résidentiel ont affiché sur les murs les photos de cambrioleurs présumés. « On se sent complètement lâchés par la justice. Il faut qu’on se défende nous-mêmes », se justifie une riveraine.

Si vous vous promenez du côté de Villeneuve-d’Ascq, dans la banlieue de Lille, vous pourriez tomber sur de surprenantes affichettes. « Individus recherchés pour une série de cambriolages sur le secteur du Triolo », indiquent les pancartes, où figurent aussi les photos de voleurs présumés, prises par les riverains avec leurs téléphones portables. Une d'entre elles provient d'images de vidéosurveillance après un cambriolage.

Plusieurs plaintes déposées

Plus d’une vingtaine de cambriolages ont en effet été recensés dans ce quartier résidentiel. La communauté de Roms, dont le camp est installé à quelques mètres, est clairement visée. Et si des plaintes ont été déposées, rien ne bouge à en croire les riverains. La municipalité de Villeneuve-d’Ascq réclame depuis plus mois, en vain, le démantèlement de ce camp où vivent près de 400 personnes. Conscients d’être en dehors du cadre légal, les riverains ont fini par retirer leurs affiches mais leur colère, elle, est plus vive que jamais.

« Un climat de méfiance et de psychose »

« On vit dans un climat de méfiance et de psychose, on se méfie de tout le monde. Dès qu’on voit quelqu’un avec un sac à dos, on se dit "tiens, c’est peut être un cambrioleur" », raconte Francine. Habitante du quartier, sa maison a été visitée durant ses vacances. Michel fait aussi partie des victimes, il est membre du collectif qui a placé ces affiches : « Je dis simplement "si les autorités faisaient leur travail, il n’y aurait pas ces solutions-là". Quand ceux qui sont chargés de faire respecter la loi sont déficients, il ne faut pas s’étonner que ce soient les citoyens qui prennent les devants ». Même certains élus soutiennent l’initiative, comme Maryvonne Girard, l’adjointe au maire de Villeneuve-d’Ascq. « On soutient les habitants parce qu’ils sont excédés, on comprend pourquoi. La préfecture est avisée depuis longtemps, mais rien ne bouge. C’est un ras-le-bol ».

« Il faut qu’on se défende nous-mêmes »

Monique habite dans le quartier où ont eu lieu les multiples cambriolages. Elle justifie aujourd’hui l’action qu’ils ont menée. « On ne se sent pas protégés, au moins 25 vols en un mois. Et toujours les mêmes personnes, qui reviennent sur les mêmes lieux. Pourquoi la police qui est au courant de tout, a leur signalement, ne les chope pas quelque part ? On se sent complètement lâchés par la justice. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Il faut aussi qu’on se défende nous-mêmes. C’est l’horreur parce qu’on a peur. Il n’y en a pas un qui ne fait pas un cauchemar la nuit. Quand je rentre chez moi, je me dis "qu’est-ce que je vais trouver ?"". On n’en peut plus ».

Mathias Chaillot avec Lionel Top