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Nombre d'offres réduit, entretiens par visioconférence: trouver un emploi pendant le confinement

Un panneau indiquant une agence Pôle emploi à Montpellier le 3 janvier 2019 (photo d'illustration)

Un panneau indiquant une agence Pôle emploi à Montpellier le 3 janvier 2019 (photo d'illustration) - Pascal Guyot-AFP

Ils et elles sont à la recherche d'un emploi. Mais avec le confinement et les incertitudes économiques liées à la crise du coronavirus, trouver un travail devient le parcours du combattant.

Alors que les Françaises et Français sont cloîtrés chez eux depuis un mois et demi en raison de la pandémie de covid-19, le confinement complique les démarches de celles et ceux qui sont à la recherche d'un emploi. C'est le cas de Stéphanie (elle n'a souhaité être présentée que par son prénom) 50 ans, qui réside dans le Val-de-Marne.

Cette responsable de production, titulaire d'un doctorat en chimie des matériaux, passe ses journées à envoyer des CV depuis la fin de sa précédente mission, soit juste avant le début du confinement. "Je ne reçois aucune réponse", déplore-t-elle pour BFMTV.com.

"Je fais beaucoup de candidatures spontanées car je ne peux plus aller sur les salons, puisqu'ils ont tous été annulés, pour rencontrer de potentiels employeurs. J'envisage aussi de postuler à l'étranger, c'est compliqué en France quand on a plus de 40 ans. J'ai été contactée par des cabinets de recrutement. Mais pour l'instant, ça n'a rien donné."

Baisse historique des embauches

Au mois de mars, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A, c'est-à-dire sans aucune activité, a augmenté de 7,1%, sa plus forte hausse en une vingtaine d'années. Quant aux déclarations d'embauches en CDI ou CDD de plus d'un mois, elles ont plongé de 22,6%, une "baisse historique", selon les données publiées par l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss). 

Christine D'Allens, conseillère pour l'association Accompagnement de chercheurs d'emploi qui soutient notamment Stéphanie, assure à BFMTV.com qu'aucune des personnes qu'elle accompagne n'a trouvé de poste depuis le début du confinement. 

"On essaie de les encourager à rester motivé mais ils ont du mal à garder le moral. Le télétravail rend tous les processus de recrutement plus longs."

70% de baisse dans l'intérim

Pourtant, certains secteurs recrutent toujours, comme la santé, le transport, la logistique, l'énergie, ou encore le numérique. Sur la plateforme mobilisationemploi.gouv.fr mise en place début avril par Pôle emploi pour faire face à la crise liée au coronavirus, quelque 12.700 offres étaient disponibles ce lundi, déclare-t-on à BFMTV.com. Et entre les 2 et 17 avril, la plateforme a permis près de 3.500 recrutements à part égale entre CDD, contrats saisonniers et CDI.

Jean-François Denoy, directeur général de Manpower France, assure avoir fait travailler 35.000 personnes depuis le début du confinement. "Il y a plusieurs secteurs d'activité qui restent demandeurs d'intérimaires, comme la pharmacie, l'industrie agro-alimentaire, la grande distribution", explique-t-il à BFMTV.com.

Ce que confirme à BFMTV.com Marie Lacoste, secrétaire nationale du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) et responsable d'une association de chômeurs à Toulouse. "Pour les secteurs qui sont à la recherche de main d'oeuvre rapidement, parfois, il n'y a même pas besoin de présenter son CV, un simple coup de téléphone et c'est réglé."

"Elle m'a dit qu'elle était prête à quitter sa famille"

Si Jean-François Denoy ajoute avoir mis "3000 personnes de plus au travail depuis le début de la semaine dernière", il note néanmoins une chute "brutale" des embauches en intérim. "Dans notre secteur, la baisse est de 70% avec certains secteurs particulièrement touchés, comme l'industrie, le BTP et tout ce qui touche au tourisme."

Pour toutes les personnes "qui se débrouillaient" avec des petits jobs parfois non qualifiés, notamment dans la restauration ou le service à la personne, "c'est la catastrophe", poursuit Marie Lacoste. "Aujourd'hui, ces secteurs sont au point mort et ces petits jobs ont disparu." La représentante du MNCP évoque le cas d'une femme, monitrice dans une auto-école toulousaine, en fin de CDD.

"Encore faut-il avoir travaillé six mois au cours des deux dernières années pour avoir droit au chômage, ce qui n'est pas son cas. Elle n'a plus aucune ressource. Elle m'a dit qu'elle était prête à quitter sa famille et à accepter un emploi à Paris."

"Le confinement a refroidi tout le monde"

Du côté des cadres, la situation n'est pas moins compliquée. "Avant la crise, le marché était extrêmement porteur, le confinement a refroidi tout le monde, entreprises et candidats sont frileux", analyse pour BFMTV.com Laurent da Silva, directeur général professional recruitment Badenoch & Clark et Spring, filiales dédiées au recrutement des cadres du Groupe Adecco, et vice-président de l'Association pour l'emploi des cadres. Selon lui, le marché de l'emploi des cadres a baissé de 70% depuis la mi-mars.

Si des recrutements se poursuivent tout de même, "notamment pour les postes qui étaient en situation de pénurie avant la crise", ajoute Laurent da Silva, seuls 20% des entretiens en visioconférence débouchent sur un emploi. Pour ceux et celles qui ont pris leurs nouvelles fonctions, le contexte est inédit. 

"J'ai en tête le cas d'un directeur juridique qui vient de commencer en télétravail et a rencontré ses collègues par visioconférence. On m'aurait dit ça il y a deux mois, je n'y aurai pas cru. Cela ne concerne pas que les start-up, il y a aussi des grands groupes."

Matthieu Delage, directeur du cabinet de recrutement Amplhire, confie à BFMTV.com que les recrutements se font sur des postes stratégiques déjà prévus avant le confinement. Et si les entretiens se tiennent par visioconférence, "la plupart de ces recrutements seront tout de même finalisés lors d'un dernier entretien physique après le 11 mai".

Ce spécialiste de l'embauche de commerciaux observe également une "très nette baisse" du nombre d'annonces diffusées en ligne. Matthieu Delage ne se montre pas plus optimiste pour l'après-confinement et craint que les entreprises n'attendent une amorce de reprise économique avant de recruter. "Beaucoup de projets sont en stand-by." 

Des promesses d'embauche en suspens

Vincent Godebout est le délégué général de Solidarités nouvelles face au chômage (SNC). S'il salue la poursuite des recrutements par le biais des outils numériques, il remarque que cela pénalise certains demandeurs d'emploi.

"Certains ne maîtrisent pas ces nouveaux usages, pointe-t-il pour BFMTV.com. Pour ces personnes qui se déplaçaient dans les agences pour faire leurs recherches ou venaient dans nos locaux, c'est très compliqué."

Autre cas de figure: celles et ceux assurés d'une promesse d'embauche avant le confinement. "Tout est en suspens", regrette Vincent Godebout. "Ils ne savent pas s'ils signeront un jour leur contrat." 

Un effet domino?

Caroline Langlais, directrice associée de l'agence de communication Wellcom, devaient recruter cinq personnes avant le confinement. "Les recrutements n'étaient pas encore finalisés, raconte-t-elle à BFMTV.com. Nous n'avons pas pu rencontrer physiquement les candidats et je dois dire que les entretiens par visioconférence ne remplacent pas une rencontre réelle." Elle espère qu'ils puissent aboutir après le déconfinement. "Mais tout ne pourra pas se recaler en un mois", ajoute Caroline Langlais.

Marie Lacoste, du MNCP, est inquiète. "De nombreuses offres d'emploi ont disparu avec le confinement. Ces employeurs voudront-ils toujours recruter après le 11 mai alors qu'il y aura encore beaucoup d'incertitudes?" Elle craint également que certaines entreprises ne licencient et que les plus petites ne mettent la clé sous la porte.

"Cela va avoir un effet domino. Le marché du travail va devenir très concurrentiel, ça ne va pas aider nos demandeurs d'emploi."
Céline Hussonnois-Alaya