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Né d'un don anonyme, il retrouve son géniteur à 34 ans

A 34 ans, Arthur Kermalvezen a enfin retrouvé le donneur anonyme de sperme qui a permis sa conception. Une démarche "personnelle", qui reste illégale en France.

C'est l'aboutissement d'un long parcours de recherches pour cet homme qui lutte depuis de nombreuses années contre l'anonymat des donneurs de gamètes. Le 25 décembre dernier, Arthur Kermalvezen a reçu un appel: celui de son géniteur, qu'il a finalement retrouvé en quelques mois grâce à la société américaine de génétique 23andMe.

Celle-ci effectue des tests ADN grâce à des prélèvements salivaires et permet à ses clients de retrouver des membres de leur famille éloignée. Par ce biais, Arthur Kermalvezen a retrouvé un cousin, Larry, franco-britannique, qui lui a indiqué la région de France d'où il venait, raconte-t-il au Figaro.

En parcourant la branche française de son arbre généalogique, il identifie un seul profil qui pourrait correspondre au donneur de sperme ayant permis sa naissance par procréation médicalement assistée (PMA) et trouve son adresse. Ne voulant pas faire irruption dans la vie de son géniteur, au cas où la famille de celui-ci n'est pas au courant, il confie le 23 décembre une lettre à ses voisins à remettre en main propre. Ceux-ci s'exécutent, et l'homme ne tarde pas à rappeler Arthur et à le féliciter de l'avoir retrouvé, enfin, à 34 ans.

L'anonymat du donneur consacré par le Code pénal

"Une démarche personnelle", insiste ce dernier auprès du quotidien. Une précision également mise en avant par Procréation Médicalement Anonyme, l'association dont il a été porte-parole, car le processus reste en marge de la légalité en France. "Seule, la 'nécessité thérapeutique' peut justifier des dérogations au principe de l'anonymat (des donneurs de gamète, NDLR)", précise le Sénat

"Le fait, pour une personne, de solliciter l'examen de ses caractéristiques génétiques ou de celles d'un tiers (...) en dehors des conditions prévues par la loi est puni de 3 750 euros d'amende", assène donc l'article 226-28-1 du Code pénal

"Il ne s’agit pas d’importuner le donneur. Nous voulons juste qu’il soit possible de le contacter à 18 ans, s’il en est d’accord. Comme c’est le cas en Suède ou au Royaume-Uni", explique dans Libération sa femme, Audrey Kermalvezen, avocate et militante de la même cause.

Eviter les problèmes médicaux héréditaires?

Dans le cas d'Arthur, sa découverte pourrait même lui éviter des désagréments médicaux. "Son" donneur lui a confié avoir "une anomalie génétique rare qui prédispose à certaines maladies".

"Il va falloir que je fasse un test, et mes enfants aussi. Cela sert à ça aussi de pouvoir retrouver son donneur. Dans mon cas, la vérité est à double tranchant. Mais je ne regrette rien", assure Arthur Kermalvezen à Libération.

L'anonymat des donneurs de gamètes peut aussi créer des problèmes de consanguinité, avance sa femme, qui a aussi fait le test. Elle a découvert que son frère, né d'une PMA, était bien son frère biologique, et qu'une de ses clientes était née du même donneur. En octobre 2015, cette dernière avait saisi le conseil d'Etat pour lever l'anonymat des donneurs de gamètes. L'institution avait alors estimé que la loi française n'était pas incompatible avec la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH). 

Pour son mari, les retrouvailles avec son géniteur sont prévues en février.

Liv Audigane