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Multiplication des dégradations de boucheries par des végans: "Notre crainte c’est que ça peut mal tourner"

Un slogan vegan peint sur un passage piéton à Lille, en août 2018.

Un slogan vegan peint sur un passage piéton à Lille, en août 2018. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Devant les dégradations faites à leurs commerces par des militants vegans et anti-spécistes, les artisans bouchers-charcutiers craignent "un drame".

"C’est la première fois mais on en avait entendu parler, en on parlait à Rungis avec d’autres bouchers, on savait que ça pouvait arriver". Cédric Neveu, patron d’une boucherie à Epinay-sur-Orge, était encore secoué lundi matin. Dans le week-end, il a découvert que son commerce avait été vandalisé. Le tag "Stop Spécisme" qui barrait la devanture de son établissement laisse penser à une action de militants extrémistes de la cause animale. "Nous sommes une cible facile, alors que tout ce qu’on veut c’est pouvoir travailler en paix", réclame Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie-charcuterie (CFBC).

Ces derniers mois, ce genre d’épisode semble se multiplier un peu partout sur le territoire, et peut toucher aussi bien des rôtisseries que des fromageries et des poissonneries. Les représentants du CFBC avaient d’ailleurs été reçus au ministère de l’Intérieur début juillet pour tenter de mobiliser les pouvoirs publics sur la situation.

"Nous demandons que les services de l’Etat fassent le nécessaire, parce qu’il y a une certaine impunité. Il y a eu plus de cinquante dégradations depuis le début de l’année, et pas une seule condamnation. Il faut que les sanctions tombent. C’est une minorité d’extrémistes qui fait aussi du tort aux gens tout à fait respectables qui sont végétariens", assure Jean-François Guihard.

"On ne va pas installer un monde vegan par une espèce de terreur"

En attendant, le patron du CFBC redoute le pire, à savoir que les dégâts de ce genre d’action ne se limitent plus à une dégradation de vitrine. "Notre crainte, c’est que cela peut mal tourner, assure-t-il. Que quelqu’un d’excédé prenne ce qu’il a sous la main et qu’il y ait un drame. La consigne que l’on donne c’est de garder son calme. Mais les bouchers-charcutiers sont propriétaires de leur magasin, souvent ils habitent au-dessus, ce sont les économies d’une vie et c’est une attaque au bien privé". Il regrette aussi l’attitude des "associations qui ont pignon sur rue et qui ne condamnent pas officiellement, ou alors j’ai mal vu et entendu".

Chez L214, la médiatique association de protection animale, on assure "absolument ne pas se reconnaître dans ce genre d’action", promet Brigitte Gothière, la porte-parole.

"On ne s’en prend pas aux gens, mais aux pratiques. On a visibilisé un problème majeur: la façon dont on traite les animaux. Mais nos messages ont toujours été clairs, factuels et bienveillants. Même quand on montre des images d’abattoirs, on ne montre pas du doigt les ouvriers, mais le système. Je trouve ces méthodes clivantes, dans le sens où ça crée quelque chose de l’ordre de 'les bouchers contre les vegans'. On ne va pas installer un monde vegan ou anti-spéciste par une espèce de terreur. Nous on essaie d’amener ça par le dialogue, la bienveillance et les preuves posées sur la table".

"La journée, ces gens parlent de légumes, et le soir ils fracassent les boucheries"

Dans certaines régions, la tension entre les deux camps et tout de même très forte, comme dans les Hauts-de-France. Fin août, la mairie de Calais a ainsi pris un arrêté municipal interdisant la tenue le 8 septembre prochain du Calais Vegan Festival afin de "garantir la sécurité publique". Des bouchers, des chasseurs et des éleveurs voulaient en effet profiter de l’événement pour organiser un barbecue à quelques mètres de là.

"On allait aller au contact des personnes qui ne nous veulent pas que du bien, explique Laurent Rigaud, président des bouchers-charcutiers-traiteurs des Hauts-de-France. On aurait fait des belles pancartes avec dessus les vitrines fracassées. On aurait parlé à nos concitoyens en leur disant que la journée, ces gens parlent de légumes, et le soir ils fracassent les boucheries, les fromageries, les poissonneries, les restaurants".

A la tête de son commerce depuis 30 ans, il assure avoir dénombré 14 attaques avec dépôt de plainte depuis deux ans, et être lui-même la cible de menaces sur les réseaux sociaux. Selon lui, "la situation est explosive, et la mèche est allumée".

"Il arrivera un moment où un acte aura des dégâts autre que des bris de vitrines. Mais personne ne peut dire que les artisans sont violents, il n’y a jamais eu dans nos propos le fait de vouloir égorger un végan. Les violents, ce sont bien les végans qui fracassent des vitrines. Je n’ai pas de problème à discuter avec ceux qui ne sont pas extrémistes. Mais les extrémistes qui disent 'les bouchers faut les mettre KO, les fromagers pareil', ça va être un peu compliqué".

L’association Farplace France, qui organise le Calais Vegan Festival, mais aussi celui de Paris et de Strasbourg, s’était défendue sur Facebook: "Soyons clairs: nous ne cautionnons pas les actes de destruction, que nous pensons par ailleurs être totalement contre-productifs, on en a la preuve! Nous tenons à rappeler que nous sommes une association non-violente".

Lundi, "après mûre réflexion", elle a tout de même décidé de déposer un référé-liberté pour tenter de faire bloquer l’arrêté municipal interdisant la tenue du salon. Recours validé par le Tribunal administratif de Lille mardi. Le Calais Vegan festival aura donc finalement lieu samedi comme prévu, et les organisateurs y invitent "toutes les personnes pacifistes, quelles que soient leurs idées, à venir à notre événement qui se veut amical, familial, informatif et non-violent".

Antoine Maes