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Mort de Rémi Fraisse: les grenades offensives peuvent-elles tuer?

Exemples de grenades employées par les force de police et de gendarmerie pour le maintien de l'ordre.

Exemples de grenades employées par les force de police et de gendarmerie pour le maintien de l'ordre. - BFMTV

Le ministre de l'Intérieur a suspendu leur usage par la gendarmerie au nom du "principe de précaution". Ces grenades utilisées depuis 65 ans sont-elles dangereuses? Pourquoi sont-elles au cœur de la polémique?

L'enquête sur la mort de Rémi Fraisse, dimanche sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn), privilégie la thèse d'un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes après la découverte de traces de TNT sur ses vêtements, a annoncé mardi le procureur.

Le même jour, Bernard Cazeneuve annonçait la suspension de l'utilisation de ces grenades offensives par la gendarmerie. Au nom du "principe de précaution". Mais pourquoi, soudainement, envisage-t-on une interdiction de ces armes utilisées selon l'expression du ministre "depuis des décennies"?

> Quelles sont les armes mis à la disposition des forces de l'ordre?

Les armes utilisées par gendarmerie sont évidemment réglementées. Un décret du 30 juin 2011 "relatif aux armes à feu susceptibles d'être utilisées pour le maintien de l'ordre public", en dresse la liste. Voici les principaux types de grenades, tous réputés non létaux et pouvant être lancés à la main ou au moyen d'un lanceur de type "Cougar", "Chaouka" ou encore à l'aide d'un fusil ou d'un tromblon.

- La grenade lacrymogène. Sa particularité est de diffuser un gaz irritant pour les yeux et les voies respiratoires. C'est la plus couramment utilisée.

- La grenade lacrymogène avec effet sonore. Elles ajoutent à la libération d'un gaz CS une détonation destinée à produire un effet psychologique sur les manifestants.

- La grenade dite de "désencerclement". Elles contiennent de petites billes en plastique qui sont projetées dans toutes les directions au moment de l'explosion. Elles sont censées permettre de disperser un attroupement. Elles doivent être lancées au sol.

- La grenade offensive. Leur principale caractéristique est qu'elles contiennent du TNT. Elles provoquent un effet de souffle et une forte détonation. Elles sont utilisées en dernier recours par les forces de l'ordre quand l'urgence de la situation l'exige. Selon Europe 1, "une trentaine" d'explosifs de ce type ont été utilisés samedi à Sivens. 

> Dans quelles circonstances ces grenades sont-elles utilisées?

Selon Christophe Crépin, du syndicat de police UNSA-Police, joint par BFMTV.com, ces dispositifs "très réglementés" sont toujours utilisés "sur instruction de la hiérarchie" et avec "parcimonie". Le porte-parole insiste sur le "professionnalisme" des personnels amenés à se servir de cet arsenal et sur "la tristesse" qu'a suscitée au sein des forces de maintien de l'ordre la mort de ce jeune homme de 21 ans.

Selon lui, quand la dispersion de la manifestation demandée, souvent à deux reprises, ne se produit pas, les "lacrymogènes" sont d'abord utilisés. Puis selon une gradation de la riposte, les grenades de "désencerclement" et enfin, les "grenades utilisées à Sivens". Quand la situation le rend possible, des sommations doivent aussi être réalisées avant l'utilisation de ces armes.

> La dangerosité de ces armes justifierait-t-elle leur retrait?

Si, plusieurs spécialistes dont Christophe Crépin s'opposent au retrait de ces armes qui permettent, selon lui, de faire face la violence de certains manifestants "très virulents", plusieurs incidents ont pu être répertoriés. Ainsi, la commission nationale de déontologie et de sécurité de 2008 avait, dans une étude sur "l'usage des matériels de contraintes et de défense par les forces de l'ordre", rappelé la dangerosité de ces armes. Le rapport mettait en exergue le cas d'un manifestant blessé à Toulouse, le 7 mars 2006, avec une grenade lacrymogène qui n'a pas explosé en l'air comme elle aurait dû. "Le médecin qui l’a examiné a notamment constaté un traumatisme crânien sans perte de connaissance, et plusieurs plaies profondes au niveau du front et du sourcil ayant entraîné la pose de 40 points de suture".

Des blessures donc, qui sont parfois comparables à celles causées par les armes de type "gomme cogne".

En 1977, Vital Michalon, un physicien de 31 ans, avait également trouvé la mort lors d'une manifestation contre le surgénérateur nucléaire de Superphénix. Selon Libération, l’homme était mort "dans des heurts avec la police, par l’effet de souffle d’une grenade offensive". L'autopsie avait ensuite confirmé une mort causée par des "lésions pulmonaires", ayant entraîné un arrêt cardiaque.