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Mort de Jacques Chirac: ses six discours les plus marquants

Jacques Chirac s'adresse aux Français lors d'une allocution télévisée depuis l'Elysée, le 7 octobre 2001.

Jacques Chirac s'adresse aux Français lors d'une allocution télévisée depuis l'Elysée, le 7 octobre 2001. - François Guillot - AFP

L'ancien président de la République est mort ce jeudi à l'âge de 86 ans. Au cours de sa très longue carrière politique, Jacques Chirac a prononcé plusieurs discours majeurs, dont certains ont fait date par leur intensité.

Jacques Chirac est mort ce jeudi 26 septembre à l'âge de 86 ans. Celui qui fut ministre, chef du gouvernement, président de parti, maire de Paris, et président de la République pendant douze ans, a prononcé au cours de sa carrière politique plusieurs discours majeurs, dont certains ont marqué de leur empreinte l'histoire politique française. Retour, en images, sur six allocutions particulièrement marquantes.

"Le bruit et l'odeur"

On se souvient de cette prise de parole de Jacques Chirac du 19 juin 1991, devant des militants et des sympathisants RPR, comme du Discours d'Orléans. Ce jour-là, alors maire de Paris, et président du RPR, Jacques Chirac se met à évoquer la politique d'immigration française. 

"Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or (...), qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela", déclare alors Jacques, sous les rires et les applaudissements d'un public conquis.

Cette déclaration choc amènera le chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, à affirmer que "les Français préféreront toujours l'original à la copie". 

"La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable"

16 juillet 1995. Ce jour-là, Jacques Chirac s'exprime au Square des martyrs du Vel d'Hiv, à Paris: pour la première fois, un président reconnaît la responsabilité de la France dans les déportations de juifs. Il se démarque clairement de son prédécesseur François Mitterrand qui s'y était toujours refusé. 

"La France, patrie des lumières et des droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable", déclare ce jour de juillet Jacques Chirac, qui préside les cérémonies du 53e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, commencée le 16 juillet 1942 à Paris. "Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français", ajoute-t-il.

Les 16 et 17 juillet 1942, quelque 13.000 juifs avaient été arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français avant d'être rassemblés au Vélodrome d'Hiver pour être ensuite envoyés en camp de concentration, d'où beaucoup ne devaient pas revenir. "Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible", dit Jacques Chirac devant d'anciens déportés juifs et leurs familles, les représentants de la communauté juive et les autorités religieuses. "Reconnaître les fautes du passé et les fautes commises par l'Etat. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c'est tout simplement défendre une idée de l'Homme, de sa liberté et de sa dignité. C'est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l'oeuvre", souligne le chef de l'Etat.

"Je ne peux pas accepter la banalisation de l'intolérance et de la haine"

Le 21 avril 2002, la France est sous le choc. Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, a devancé Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle, et se retrouve au second tour face à Jacques Chirac. Ce dernier refuse de débattre avec son rival pendant l'entre-deux tours. Le président sortant, bien qu'en difficulté sur le plan intérieur à la fin de son septennat, se pose en rempart contre le FN, et est élu avec 82,21% des voix.

"Pas plus que je n'ai accepté dans le passé d'alliance avec le Front national, et ceci quel qu'en soit le prix politique, je n'accepterai demain de débat avec son représentant", assène-t-il, dans un discours prononcé entre les deux tours. "Je ne peux pas accepter la banalisation de l'intolérance et de la haine". 

"Notre maison brûle"

La même année, Jacques Chirac prononce un autre de ses discours marquants. Le 2 septembre 2002, le président de la République parle devant l'assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre, à Johannesburg, en Afrique du Sud, et se livre à une diatribe contre l'inaction et l'indifférence des chefs d'Etat et des habitants de la planète face au réchauffement climatique.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l'admettre. l'humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables", lance Jacques Chirac à l'assemblée, avant d'énumérer les grands problèmes environnementaux. Malheureusement, ce discours restera sans effets. 

"C'est une crise de sens, une crise de repères, c'est une crise d'identité"

Novembre 2005. Les banlieues françaises s'embrasent. Le 14 novembre 2005, Jacques Chirac s'adresse pour la première fois aux Français au sujet de cette crise majeure, dans une allocution télévisée. "C'est une crise de sens, une crise de repères, c'est une d'identité", déclare le chef de l'Etat dès le début de son discours.

"Les enfants, les adolescents ont besoin de valeurs, de repères. L'autorité parentale est capitale. Les familles doivent prendre toute leur responsabilité. (...) Ce qui est en jeu, c'est le respect de la loi mais aussi la réussite de notre politique d'intégration. (...) Mais l'adhésion à la loi et aux valeurs de la République passe nécessairement par la justice, la fraternité, la générosité. C'est ce qui fait que l'on appartient à une communauté nationale. (...) Nous ne construirons rien de durable si nous laissons monter, d'où qu'ils viennent, le racisme, l'intolérance, l'injure, l'outrage. Nous ne construirons rien de durable sans combattre ce poison pour la société que sont les discriminations", lance Jacques Chirac, dans ce fort et long discours. 

"Il y a les ténèbres. Mais il y a aussi la lumière"

Le 18 janvier 2007, Jacques Chirac, qui arrive à la fin de son second mandat, fait entrer les Justes de France au Panthéon, à Paris, après André Malraux en 1996 et Alexandre Dumas en 2002. Dans son discours, le chef de l'Etat rend un hommage fort aux Français qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. 

"Vous, Justes de France, vous avez transmis à la nation un message essentiel, pour aujourd'hui et pour demain: le refus de l'indifférence, de l'aveuglement. L'affirmation dans les faits que les valeurs ne sont pas des principes désincarnés, mais qu'elles s'imposent quand une situation concrète se présente et que l'on sait ouvrir les yeux. Plus que jamais, nous devons écouter votre message: le combat pour la tolérance et la fraternité, contre l'antisémitisme, les discriminations, le racisme, tous les racismes, est un combat toujours recommencé", déclare Jacques Chirac depuis le Panthéon. 
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