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Militaire attaqué à La Défense : «Une menace diffuse et indétectable», dit un expert en terrorisme

Selon Jacques Bessy, président de l'association de défense du droit des militaires, les patrouilles Vigipirates doivent être renforcées par des gendarmes ou des policiers.

Selon Jacques Bessy, président de l'association de défense du droit des militaires, les patrouilles Vigipirates doivent être renforcées par des gendarmes ou des policiers. - -

Au lendemain de l’agression d’un militaire à La Défense, près de Paris, l’enquête se poursuit pour tenter de déterminer s’il s’agit d’un acte terroriste, comme l'évoque Manuel Valls, ou du geste d'un déséquilibré. Cédric Cordiez, la victime, est sorti de l'hôpital, et son beau-père a témoigné pour RMC.

Les enquêteurs explorent toutes les pistes pour retrouver l'agresseur de Cédric Cordiez, un jeune militaire de 23 ans blessé samedi d'un coup à l'arme blanche, alors qu'il patrouillait en Vigipirate dans le quartier de la Défense, près de Paris. Une attaque qui est survenue trois jours après le meurtre d'un soldat britannique par deux islamistes radicaux à Londres.
Ce lundi, Cédric Cordiez est sorti de l'hôpital militaire Percy à Clamart, dans les Hauts-de-Seine. D'après sa famille, son entaille à la nuque est profonde mais pas grave. D'après le père de sa fiancée, le militaire devrait retrouver son régiment, le 4e régiment de chasseurs de Gap, dans les Hautes-Alpes dès mercredi. Pour le moment, les enquêteurs exploitent les nombreuses images des bandes de vidéosurveillance. Ils procèdent également à des auditions de témoins qui s'avèrent assez contradictoires. On évoque un suspect très grand, d'environ 1m90, certains l'ont vu avec une barbe, un pull et un pantalon noir, d'autres parlent d'une tunique blanche qui pourrait être une djellaba, et des baskets.

« Ils se font agresser mais ils n’ont pas le droit de tirer ! »

D'après son beau-père Sébastien, qui le considère comme son fils, Cédric Cordiez avait repéré cet individu quelques minutes avant l'agression. « Un quart d’heure avant, il avait vu ce gars-là, avec une djellaba et des baskets ; ça l’a choqué. Quand il l’a poignardé, il a ressenti un point dans sa nuque ; il a crié un coup. Il croyait qu’il transpirait, mais il ne transpirait pas, c’était du sang dans son dos. Il s’est retourné, mais le mec était déjà parti, il a enlevé sa djellaba et il est parti en courant. Il a voulu le tuer, c’est tout, parce que c’était un militaire. Ils ont pas le droit de tirer ; ils se font agresser mais ils n’ont pas le droit de tirer ; c’est quoi ça ?! Il a eu peur, pourtant c’est un mec qui tient debout, mais il a peur. Comme je lui dis : maintenant tu feras gaffe derrière ton dos ».
RMC a pu joindre Cédric Cordiez dimanche soir par téléphone. La jeune victime a répété « je vais bien, c'est l'essentiel », et a souhaité que l’on « arrête [son] agresseur » pour passer à autre chose. Sa compagne Aurélie ne cachait pas dimanche son émotion sur Facebook : « On aurait pu te perdre, à deux centimètres près, c’était la carotide [...] que tout ça se soit passé au Mali, je veux bien, mais dans Paris, où va-t-on ? » s’est-elle alarmée sur le réseau social.

Un renforcement des patrouilles Vigipirates

Jacques Bessy, colonel à la retraire et président de l'association de défense du droit des militaires, se dit « très inquiet » et pense que ces patrouilles « peuvent devenir des cibles ». Le colonel préconise le renforcement des patrouilles Vigipirates « par des gendarmes ou des policiers ». En effet, les militaires composant ces patrouilles « sont dotés du fusil d’assaut FAMAS qui tire des balles qui peuvent traverser un corps et tuer quelqu’un d’autre derrière. Ces armes ne sont pas faites pour un combat rapproché, et les militaires ne sont pas préparés à ces missions de sécurisation dans des lieux publics ».
L'agresseur a-t-il utilisé une lame, des ciseaux ou un cutter ? L’arme n'a en tout cas pas été retrouvée sur place. Les enquêteurs doivent désormais déterminer s'il s'agit d'un acte prémédité ou du geste d'un déséquilibré. Selon Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, « il y a des éléments qui peuvent laisser penser qu’il s’agirait d’un acte terroriste ».

« La nouvelle forme de menace la plus directe »

Une théorie soutenue par Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme, que « cette forme de djihad individuel » ne surprend pas.
« Ça n’est pas nouveau, ça a été inventée par Al-Qaïda, avant même le 11 septembre. Ce qui est intéressant c’est de voir qu’Al-Qaïda, à travers leur magazine 'Inspire', avait appelé il y a quelques mois à la multiplication précisément des attaques contre les forces de l’ordre et les militaires, dans les pays occidentaux ». L’expert parle d’une « menace qui est indétectable, très diffuse » avant d’évoquer « des individus de l’intérieur, des personnes généralement jeunes, radicalisées et qui n’ont qu’une relation virtuelle avec Al-Qaïda. C’est la nouvelle forme de menace la plus directe contre nos pays » conclut Jean-Charles Brisard.

La Rédaction, avec A. Manoli et V. Voldoire