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Marseillaise sifflée : a-t-on les moyens de suspendre un match ?

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Les réactions, les annonces et les décisions se multiplient depuis la Marseillaise sifflée au Stade de France lors du match amical France-Tunisie. Quelles sanctions prendre ?

8 Français sur 10, majoritairement les jeunes, se disent choqués que la Marseillaise ait été sifflée mardi au Stade de France (sondage CSA pour le Parisien/Aujourd'hui en France) à l'occasion du match amical France - Tunisie.

Après les sifflets pendant la Marseillaise de France-Tunisie, le gouvernement a réagi hier :

Roselyne Bachelot, ministre des Sports, souhaite que désormais les matches de toutes les disciplines sportives soient suspendus en cas de « manifestation non républicaine massive » du public. Ce sera aux organisateurs (la Fédération) de prendre cette décision. C'est d'abord une suspension temporaire du match. Et dans un deuxième temps, « si les organisateurs se trouvent dans l'incapacité de faire respecter l'hymne national à terme », le match ne commencera pas et il y aura évacuation. Cela ne concerne que les matches amicaux. Et ensuite, la Fédération décidera qu'il n'y aura plus de matches avec les pays concernés. Roselyne Bachelot précisait hier soir que ce sont des « outils » à la disposition des organisateurs, donc les fédérations.

Le secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte, est allé plus loin, recommandant de ne plus jouer de matches avec les ex-colonies ou protectorats français du Maghreb au Stade de France, mais « chez eux, ou alors en province ».

En cas de sifflets, les ministres quitteront les lieux immédiatement...

Suspendre un match, c'est possible ?

Demander la suspension du match avant qu'il ne commence, ça ne va pas être simple à mettre en oeuvre, c'est l'avis des professionnels. D'abord, un policier s'inquiète : « si le match est annulé, les gens seront furieux, il y aura des dégradations, ce sera difficile d'assurer la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur du stade ».

Les spécialistes du foot se posent aussi beaucoup de questions. Comme le dit un représentant de l'UEFA, l'instance dirigeante du foot européen, « à partir de combien de personnes qui sifflent on suspend le match ? » Autre question : « qui décide de ne pas donner le coup d'envoi ? » Normalement, c'est le rôle de l'arbitre, mais le gouvernement souhaite que ce soit la Fédération qui intervienne et le président de la Fédération a déjà répondu : il se dit « perplexe », pour lui, pas question de décider seul, et il demandera d'abord l'accord des policiers.

Jean Lapeyre, directeur juridique de la FFF, expliquait ce matin sur RMC que « cette décision (de suspendre les matchs en cas de sifflets, ndlr) n'est pas applicable actuellement par rapport au règlement : d'après le règlement de la FIFA, on ne peut suspendre un match qu'en cas de « force majeure », on n'aurait donc pas pu annuler France-Tunisie. Mais je crois que la suspension du match n'est pas possible non plus de fait dans les conditions actuelles parce qu'il faut vraiment peser les conséquences de cette décision. Il faut prendre des mesures qui soient réalistes ».

Poursuivre les supporters qui sifflent ?

Le parquet de Bobigny a annoncé mercredi dans la soirée avoir ouvert une enquête préliminaire pour « outrages à l'hymne national ». L'enquête est confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Une enquête qui promet d'être complexe.

Les magistrats et avocats interrogés sont unanimes : cela fait 5 ans et demi que ce délit existe et d'après eux, pour l'instant, personne n'a jamais été condamné ou même poursuivi pour avoir sifflé la Marseillaise. Ce n'est pas un hasard selon un avocat : « personne ne peut prouver devant un tribunal que quelqu'un a sifflé dans un stade. Sur les images vidéos, on voit des gens qui bougent les lèvres : qui va faire la différence entre celui qui parle, celui qui chante et celui qui siffle ? » D'après cet avocat, s'il avait un client poursuivi pour ce délit d'outrage à la Marseillaise, il n'aurait aucun souci à obtenir la relaxe.

La rédaction avec Yann Abback et Sébastien Gilles