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Marche des fiertés à Paris: le spectre d'un parcours réduit provoque la colère des associations et des militants

La marche des fiertés, qui se tient à Paris ce samedi 2 juillet, est autorisée sur un parcours réduit de moitié par rapport aux précédentes éditions. Les autorités disent vouloir assurer la sécurité des manifestants après la tuerie d'Orlando, mais les militants et associations dénoncent un "prétexte".

La Marche des fiertés deviendra-t-elle la marche de la honte? C’est ce que craignent associations et militants qui participeront ce samedi 2 juillet à la Gay pride, à Paris. La Marche se tient habituellement le dernier week-end de juin, non pas par hasard, mais en hommage aux émeutes de Stonewall, qui avaient éclaté dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, à New York, devant le bar gay du même nom, et symbolisent le début du militantisme LGBT (Lesbien, Gay, Bi et Trans).

Cette année, la Marche aura lieu une semaine plus tard que prévu, décalée par la préfecture de police du fait de l’Euro de football et de la prolongation de l’état d’urgence. Un décalage minime mais chargé de symbole, qu’a regretté notamment l’Inter-LGBT, qui fédère une soixantaine d’associations. "On a pris la nouvelle avec une certaine colère", explique Amandine Miguel, la porte-parole de l'organisation.

Un parcours de 2,5 kilomètres

Lundi, l’Inter-LGBT a également annoncé que le parcours serait réduit de moitié par rapport aux années précédentes. Alors qu’elle devait relier Montparnasse à Bastille, la manifestation reliera finalement le Louvre à Bastille, soit un parcours de 2,5 kilomètres qui longe les quais de Seine et est prévu pour durer une heure trente.

"Assurer la sécurité des marcheuses et des marcheurs est une priorité pour l’Inter-LGBT. C’est pourquoi nous travaillons en étroite collaboration avec la préfecture de police de Paris", poursuit Amandine Miguel. Ce parcours résulte de deux semaines de négociations avec la préfecture, qui a d'abord tenté de décaler la Marche après la 14 juillet ou en septembre, ce qui n'était "pas envisageable" pour l'Inter-LGBT. 

Si le parcours est fixé, la préfecture, contactée par BFMTV.com, précise que le dispositif sera officialisé plus tard dans la semaine, sans doute vendredi. "Le dispositif n'est pas encore arrêté mais sera proportionné à l'importance de l'événement", indique-t-on ce mercredi.

L'importance de défiler après Orlando

Pour les militants et les associations, l’annonce de ce parcours sonne comme une gifle, moins de trois semaines après la tuerie dans une boîte gay d’Orlando lors d’une soirée latino, qui a fait 50 morts aux Etats-Unis. La Marche de cette année aura en effet un caractère spécial, et les participants sont invités à porter un brassard noir, en hommage aux victimes.

"Céder à la peur, céder aux LGBTphobies, c’est aussi céder sur nos combats, nos luttes, nos revendications, notre droit de vivre, nos diversités. Céder à la peur, c’est céder au terrorisme", écrit sur son site l’association Acthe. Pour Brigitte Goldberg, la président de Trans-Europe, "tout a été fait pour limiter au maximum la portée de cet événement".

L'accent mis sur les droits des trans

"Au-delà des arguments invoqués, on peut se demander si le gouvernement n'essaie pas de refermer le couvercle sur le légitime mécontentement suscité par son attitude vis-à-vis de la communauté LGBT. Il faut dire que cette année, les droits des trans seront tout particulièrement mis en avant lors de cette marche", souligne-t-elle dans une tribune publiée sur Le Plus. Cette année, les revendications se concentrent en effet sur les droits des personnes trans et dénoncent les stérilisations imposées forcées dont elles font l'objet, ainsi que les agressions et la précarité qui touchent particulièrement cette communauté. 

Sur Twitter, les internautes ironisent et dénoncent la réduction du parcours. Des critiques relayées également dans la sphère politique, notamment par le Parti de gauche et le NPA, ainsi que par la sénatrice Esther Benbassa.

Un prétexte "facile et dégueulasse"

Mathieu, 26 ans, participe tous les ans à la Marche, en tant qu'homosexuel et comme militant pour les droits LGBT. A quelques jours de l’édition 2016, il explique être déçu, mais pas surpris. Selon lui, ces reculades successives sont "le symptôme d’un désintérêt complet pour un moment qui, pour les LGBT, est politiquement fort", après la tuerie d’Orlando. Et c’est bien pour cela qu’il regrette que ce drame soit pris comme prétexte.

"Evidemment que la marche doit être sécurisée, la peur est compréhensible, mais elle ne doit pas dicter une politique envers les LGBT, regrette-t-il. "On est tout le temps dans la rue, on est tout le temps exposés. Nous dire que la manif doit être sécurisée et prendre Orlando comme prétexte, c’est facile et dégueulasse".

"La Marche des fiertés est la plus grosse manifestation politique récurrente, avec en moyenne 500.000 participants", rappelle Amandine Miguel. "Cette année, ce sera la dernière du quiquennat de François Hollande", souligne-t-elle aussi. L'occasion, d'après ses mots, de dresser un "bilan noir" de l'action du gouvernement envers les LGBT, puisqu'il a reculé notamment sur l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, une des promesses de campagne de François Hollande lorsqu'il était candidat à la présidentielle.

Charlie Vandekerkhove