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Hébergement d’urgence : le 115 saturé, à la veille de l’hiver

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Le 115 ne répond plus. Déjà très encombré depuis quelques années, le dispositif d’hébergement d’urgence fait face à un nombre croissant de demandes. De plus en plus de personnes sans domicile ne parviennent même plus à joindre les opérateurs qui doivent leur proposer une mise à l’abri.

Le mois dernier, 76% des personnes sans abri qui ont sollicité le 115 pour trouver refuge n’ont pas eu de proposition d’hébergement, selon les dernières mesures de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars) portant sur 37 départements (hors Paris). Chaque jour, à Paris et en Seine-Saint-Denis, deux départements gérés par le Samu social, près de 400 personnes en famille, ainsi qu’une cinquantaine de personnes seules, ne trouvent pas de réponse. Certains foyers pauvres n’arrivent plus à payer leur loyer.

« On n’a plus de lieu pour les accueillir »

« On fait notre job », se défend Éric Molinié, président du Samu social de Paris, qui précise : « Les salariés du Samu social répondent à environ 1200 appels tous les jours. Le problème c’est qu’il y a un afflux dans la demande, notamment de la part des familles ; c’est un phénomène nouveau, depuis maintenant 3-4 ans, et qui prend cette année une ampleur tout à fait particulière : au moment où je vous parle, ce soir on sera à 400 demandes non pourvues, de personnes en famille, des femmes avec enfants, souvent seules, qui se retrouvent à la rue. Et ce n’est pas une question de financement, mais une question de capacité d’hébergement : aujourd’hui, si on se limite à Paris et la petite couronne, on n’a plus de lieu pour accueillir ces personnes ».

« Ils viennent d’Espagne, de Grèce… et frappent à la porte du 115 »

Éric Molinié constate un nouvel afflux de demandeurs : « Des travailleurs pauvres, des gens qui n’ont plus les moyens de payer un loyer : quand on est au Smic dans Paris ou en région parisienne, hébergé tant bien que mal par une cousine, le jour où celle-ci a elle-même des difficultés, on se retrouve à la rue, avec ses enfants. Il y a des demandeurs d’asile venant de pays très lointains et il y a aussi un phénomène nouveau : des personnes venant des pays européens touchés plus fortement que nous par la crise – l’Espagne, la Grèce… –, on commence à voir des gens se déplacer en Europe, comme c’est la libre circulation des personnes, ils se déplacent et ils frappent à la porte du 115 ».

« Les très précaires, les "invisibles" ne sollicitent plus ce numéro »

Et devant la difficulté, certains se découragent, explique Florent Guéguen, directeur général de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (FNARS) : « Il faut parfois solliciter une dizaine de fois le 115 avant d’avoir quelqu’un qui répond, et quand quelqu’un vous répond, vous n’êtes pas sûr d’avoir une place. Il y a une population très précaire qui ne sollicite plus ce numéro ; ils sont les invisibles de l’aide sociale, ils sont dans les rues mais ils ne sollicitent plus l’hébergement d’urgence. Une situation qu’on a du mal à quantifier, puisque l’Etat ne s’est pas doté des outils d’observation et de comptage de ces personnes ; donc on ne connaît pas le niveau de cette demande invisible, qui est en réalité beaucoup plus élevée ».

« Créer 15 000 places en hébergement d’urgence sur 5 ans »

Pour remédier à cette situation, la FNARS demande « trois choses essentielles », détaille Florent Guéguen : « Un plan de création de 15 000 places en hébergement d’urgence, sur 5 ans ; que les préfets s’engagent à ce que, quand ces structures ferment, les personnes soient accompagnées vers un hébergement pérenne ou un relogement définitif, de manière à ce que les gens ne soient pas abandonnés à partir du printemps ; et évidemment la mobilisation des contingents de relogement de l’Etat, des collectivités locales, des bailleurs sociaux… Pour qu’on fasse de la sortie de la rue vers le logement, une priorité nationale ».

La Rédaction, avec Hugo Perrier