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Les questions qui fâchent

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Claude d’Harcourt, le directeur de l’administration pénitentiaire, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin à l’occasion de sa venue dans la prison de Villefranche-sur-Saône. Il a répondu aux questions qui fâchent sur le monde carcéral.

Jean-Jacques Bourdin : On attend des informations sur la politique pénitentiaire, elles vont venir quand ?

Claude d'Harcourt : Nous avons les informations, Mme Dati nous a demandé de mettre en œuvre le plus vite possible ce que l'on appelle les normes européennes pénitentiaires.

Jean-Jacques Bourdin : C'est quoi ?

Claude d'Harcourt : Ce sont deux choses : c'est d'abord des normes éthiques et déontologiques, on ne travaille pas en prison si on n'a pas le sens de ce que l'on fait, ça n'est pas un supermarché ou une usine, ce sont des hommes et des femmes privées de liberté, on ne s'occupe pas et on ne garde pas ces personnes sans éthique et déontologie.

Jean-Jacques Bourdin : Ça veut dire que tous détenus qui entre en prison devra peut être travailler, être formé, étudié ?

Claude d'Harcourt : Normes éthiques avec des points très concrets : l'accueil de l'arrivant, aujourd'hui, malheureusement nous ne pouvons pas passer suffisamment de temps avec les détenus qui viennent d'arriver. Ici et maintenant, ce sera six jours avec chaque détenu, une expertise complète des potentialités. Autre exemple, aujourd'hui aucun téléphone pour les condamnés qui sont en maison d'arrêt alors qu'il existe dans les établissements pour peines.

Jean-Jacques Bourdin : Le téléphone est dans toutes les cellules...

Claude d'Harcourt : Nous avons du trafic du portable, du racket, et donc on prend la décision de mettre le téléphone à disposition des condamnés en maison d'arrêt.

Jean-Jacques Bourdin : Les condamnés en maison d'arrêt pourront téléphoner ?

Claude d'Harcourt : Oui. Un autre principe qui est fondamental parce qu'il correspond aux codes de procédures pénales, c'est la séparation entre les prévenus qui sont simplement mis en examen, et les condamnés. Actuellement nous ne sommes pas toujours capables de faire cette distinction.

Jean-Jacques Bourdin : Vous êtes victime de la justice concernant les prévenus ?

Claude d'Harcourt : Vous posez le doigt sur un point avec lequel on n'a pas toujours été attentif c'est que la pénitentiaire, sous l'autorité du Garde des Sceaux, est un prestataire de services, elle ne peut pas bien faire son travail sans un lien constant et permanent avec ceux qui sont nos maîtres d'ouvrages. Il ne sert à rien qu'un maître d'ouvrage prenne une décision, si l'on ne s'assure pas des conditions dans lesquelles elle est mise en œuvre en amont. Mme Dati nous a demandé ainsi qu'à l'autorité judiciaire, de créer des conférences régionales d'aménagements de peines qui mettent en présence celui qui décide la peine, celui qui va l'aménager et celui qui va être chargé de l'exécuter, c'est à dire nous-mêmes.

La rédaction-Bourdin & Co