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Les psychiatres alertent (à nouveau) sur le manque de moyens alloués à leur secteur

Les lourds antécédents psychiatriques de la principale suspecte dans l'incendie criminel, qui a ravagé un immeuble du XVIe arrondissement et fait au moins 10 morts, relancent le débat sur le manque de moyens des hôpitaux psychiatriques.

Dans la nuit de lundi à mardi, un incendie criminel a ravagé un immeuble du XVIe arrondissement, faisant 10 morts et plus d'une trentaine de blessés, un bilan qui reste "provisoire" selon les pompiers. La principale suspecte, une femme d'environ quarante ans, a été interpellée et placée à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police.

Cette habitante de l’immeuble est connue pour avoir d’importants antécédents psychiatriques. Elle a notamment été visée par trois procédures judiciaires, dont deux classées sans suite pour “état mental déficient”. Elle aurait également été internée une dizaine de fois au cours de ces dix dernières années. Le profil de cette suspecte relance les critiques du secteur psychiatrique, qui réclame plus de moyens pour correctement traiter ses patients.

"Ils sortent trop tôt, ils ne sont pas stabilisés"

En 20 ans, 55.000 lits ont été supprimés en France et plus de 25% de postes de psychiatres ne sont pas pourvus. "Tout le monde craque", déclare le docteur Noël Pommepuy, président de la communauté des hôpitaux psychiatriques du 93, mercredi sur BFMTV.

"En pédopsychiatrie, comme on ne peut pas prendre tout le monde, on est obligé de prioriser, donc on fait du tri (...) Être confronté à la limitation de ses moyens, au fait que l'on ne peut pas soigner alors que c'est quand même notre travail, c'est extrêmement douloureux pour les équipes sur le terrain au quotidien", explique-t-il.

Daniel Psaume, délégué CGT et infirmier à l'hôpital psychiatrique de Colombières dans l’Hérault, lançait déjà un cri d'alerte en juin. Sur RMC, il déclarait à propos des patients aux problèmes psychiatriques non ou mal traités:

"Ce sont des gens délirants, dangereux, hors de la réalité, et qui passent très vite à l'acte. Le souci, c'est que comme on n'a pas assez de places pour les garder un peu plus longtemps, ils sortent trop tôt, ils ne sont pas stabilisés".

"Tout le modèle est à revoir"

Le milieu psychiatrique proteste régulièrement et fortement pour obtenir plus de moyens. L'hôpital d'Amiens a tenu une grève de sept mois afin d'obtenir 30 postes de soignants et des infirmiers s'étaient mis en grève de la faim à Rouen. Une lettre, signée par plus de 100 psychiatres, avait été remise à la ministre de la Santé Agnès Buzyn fin janvier. Elle pointait les problèmes de budgets alloués à la psychiatrie dans les hôpitaux, et l'insuffisance de la prise en charge des personnes atteintes de maladies mentales qui en découle.

La députée Martine Wonner (LaRem), psychiatre de profession, a mené une mission parlementaire en janvier sur le financement de la psychiatrie, dont elle a rendu les conclusions mercredi matin. Elle a auditionné des professionnels du secteur, des associations et des patients et en tire notamment les conclusions suivantes: la psychiatrie hospitalière a besoin d’une réforme structurelle avec des moyens supplémentaires, et la réforme de la psychiatrie doit être portée par un délégué interministériel à la santé mentale. Selon elle, "tout le modèle est à revoir" et "il y a urgence à agir".

Fin décembre, Agnès Buzyn a accordé une rallonge budgétaire de 50 millions d’euros au secteur de la psychiatrie. Puis fin janvier, elle a annoncé un renforcement des moyens humains et financiers pour la psychiatrie avec 40 millions d'euros supplémentaires sur la table, dans le cadre d'un plan pour la psychiatrie et la santé mentale.

Salomé Vincendon