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Le ver "immortel" qui "ouvre une voie inédite contre les maladies"

Le planaire Dugesia japonica infecté par des bactéries Legionella pneumophila rendues fluorescentes (en vert, dans les intestins de l'animal).

Le planaire Dugesia japonica infecté par des bactéries Legionella pneumophila rendues fluorescentes (en vert, dans les intestins de l'animal). - Eric Ghigo

Le planaire " Dugesia Japonica" est un ver qui ne tombe pas malade. Et s'il résistait à toutes les bactéries grâce à un gène présent aussi dans le génome humain? Ce gène pourrait-il aussi aider l'homme à résister aux maladies?

Il "ouvre une voie inédite contre les bactéries", annonce le CNRS. Un ver plat présenté comme immortel possède un gène qui intéresse particulièrement les scientifiques, après les découvertes d'une équipe de chercheurs français publiées ce mercredi dans Cell Host and Microbes.

Fiche d’identité

Son nom? le planaire Dugesia Japonica. Ce petit ver aquatique qui mesure entre 0,2 et 1 cm n’est pas un inconnu de la communauté scientifique. Il est utilisé habituellement pour étudier la reconstitution des tissus. En effet, si on coupe un planaire en 10, on obtient 10 nouveaux planaires. Ses potentialités de régénération en font un être potentiellement immortel: il ne peut pas mourir de vieillesse.

Infecté par 17 bactéries

Des chercheurs de l'Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes de Marseille ont cherché pendant 4 ans à savoir si le ver plat pourrait résister à des bactéries qui affectent l’homme. "On cherchait quelque chose qui se démarque de la souris, du singe ou de la mouche drosophile sur lesquels il y a beaucoup de recherches. On commence un peu à tourner en rond", explique Eric Ghigo, qui dirige l’équipe, à BFMTV.com. "On a fait une petite infection à la légionellose sur le planaire et on a vu qu’il parvenait à tuer la bactérie".

Un gène présent chez l'homme

Au final, 17 bactéries ont été testées, parmi lesquelles le staphylocoque doré, la tuberculose, la listériose, la légionellose, la salmonellose... Et le ver, nourri avec du foie de veau infecté, a résisté. "On comptait le nombre de bactéries qui diminuait rapidement. Après 6 à 9 jour, il n’y en avait plus". Conclusion: "ce ver ne tombe pas malade", s’étonne encore le chercheur.

Pour comprendre la résistance du planaire à des bactéries parfois mortelles pour l’homme, les chercheurs ont observé les gènes exprimés par le ver après l’infection. L’un d'eux, baptisé MORN2, entrait en action à chaque infection. Une découverte très intéressante car ce gène intrigant est aussi présent, à l‘état latent, dans le génome humain. En exprimant plus fortement ce gène dans les globules blancs humains, les chercheurs ont observé que la tuberculose, la légionellose et le staphylocoque doré étaient éliminés.

De nouveaux traitements à venir?

Ces découvertes ouvrent la voie vers de nouveaux traitements pour l’homme. Car ce mécanisme "pourrait être stimulé de manière pharmacologique", explique le CNRS. Des essais cliniques sur l’homme pourraient être envisagés d’ici 10 à 15 ans.

Mais "ce n’est pas un remède miracle" tient à relativiser Eric Ghigo qui rappelle que l’efficacité est variable. "In vitro on ne trouve plus de bactéries mais on n’a aucune idée du résultat sur la souris ou sur l’homme (…) On a peut être un complément aux traitements antibiotiques, cela ouvre de nouvelles perspectives mais je resterais prudent", répète-t-il.

Avec son équipe, ils vont désormais se consacrer aux 1.600 gènes du planaire qui devraient leur en apprendre encore beaucoup sur l’immunité de ce ver fascinant.

Aurélie Delmas