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Le désespoir d'Ahlame Azzimani, victime de violences conjugales et séparée de ses enfants

Ahlame Azzimani, mère de deux enfants, se bat pour récupérer leur garde

Ahlame Azzimani, mère de deux enfants, se bat pour récupérer leur garde - BFMTV

Cette mère dénonce les dysfonctionnements de l'aide sociale à l'enfance et du système judiciaire qui, selon elle, l'ont privée de ses enfants, confiés à son ex-mari qu'elle accuse de violences.

Elle n'a toujours pas revu ses enfants. Ahlame Azzimani, qui assure avoir été victime de violences conjugales pendant une dizaine d'années de la part de son ex-mari et père de ses deux enfants, se dit pour BFMTV.com "désespérée". Cette mère d'un adolescent de 15 ans et d'une fille âgée de 13 ans a l'impression de se heurter à un mur.

"On est en train de me voler des heures, des jours, des années précieuses que j'aurais dû passer avec mes enfants. Je vis un enfer", témoigne avec émotion cette femme de 44 ans dont BFMTV.com avait raconté le combat au mois de mars.

"C'est une torture au quotidien"

La dernière fois qu'elle les a vus, c'était en décembre 2019. Depuis, néant. "Je ne sais même pas comment s'est passée leur rentrée scolaire. En quatre ans et demi, je ne les ai vus que vingt-quatre heures dans le cadre de visites médiatisées (c'est-à-dire encadrées et sous contrôle, NDLR)", précise-t-elle. Bien que détruite par la privation de ses enfants, elle se tient "encore débout", pour eux.

"Je ne peux leur parler, leur père ne décroche pas quand j’appelle. C'est une torture au quotidien. Quand je vois des familles dans la rue, au centre commercial, c'est une gifle pour moi à chaque fois. On m'a sortie de leur vie, c'est très grave."

Tout remonte au jour où son ex-mari, dans un nouvel accès de violence alors que le couple vivait encore ensemble, l'aurait jetée dans les escaliers, explique-t-elle. Elle voit sa vie défiler.

"Tout ce à quoi je pensais, c'était mes enfants."

Car il y en aurait eu d'autres, des scènes, des menaces, des cris, des coups. Des certificats de médecin attestant des violences, des visites des policiers alertés par les voisins et des plaintes déposées.

Mais ce jour-là, elle décide de partir pour protéger ses enfants. Le couple était en train de déménager, elle récupère leur ancien appartement et y emmène ses enfants. Elle se croit sauvée, imagine qu'elle pourra se reconstruire, offrir sécurité et tranquillité à ses enfants. Mais le cauchemar ne fait que continuer.

"Il n'a pas supporté que je le quitte, il a voulu me le faire payer. D'ailleurs il me l'a dit: 'tu finiras à la rue et tu ne reverras jamais tes enfants'."

Elle dénonce des dysfonctionnements

Le père de ses enfants entame des démarches pour restreindre ses droits. Il l'accuse de l'empêcher de les voir - ce qu'elle dément - et de mauvais traitements - sans pour autant fournir de preuves, assure-t-elle. Elle est mal ou pas défendue, faute de ressources financières - son mari l'aurait empêchée de travailler durant leur vie conjugale. D'audiences en référés, les enfants finissent par être placés en foyer, à la demande de leur père. Le divorce est prononcé quatre ans plus tard. À l'issue du placement des enfants, ces derniers sont confiés au père. Inadmissible pour leur mère.

Quant aux plaintes qu'elle a déposées contre son ex-mari pour violences ainsi que viols qui auraient eu lieu après leur séparation, elles n'ont toujours rien donné. "Je n'ai plus rien à perdre, on m'a pris mes enfants, on m'a tout pris." Après huit années de procédure, cette femme assure vivre un calvaire. Elle n'accuse pas que son ex-mari de la priver de ses enfants. Mais tout le système judiciaire et la protection de l'enfance d'y contribuer.

"Les services sociaux n'ont pas mis en place les visites auxquelles j'ai pourtant droit. Le juge a dissimulé les preuves de violences de mon ex-mari. Lui a passé son temps à transgresser la loi et on l'a protégé. Pourtant, quand on regarde mon dossier, on les voit les dysfonctionnements. La cour d'appel a même rappelé en 2018 que le père se rendait à ses visites avec un couteau. Mais le juge a décidé de ne pas faire figurer cet élément. Pourquoi? Le fait qu'il vienne armé aux visites aurait dû les suspendre. Maintenant, l'impression que j'ai, c'est que la justice et les services sociaux veulent dissimuler leurs fautes. Et ils prennent les enfants en otage."

"Les violences n'ont pas été attestées dès le début"

Ahlame Azzimani a écrit à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, à Marlène Schiappa qui était alors la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, alerté le défenseur des droits, le président du tribunal d'Evry et le procureur de la République. Mais rien ne bouge, son dossier reste englué dans des questions de procédure.

"Il y a quelque chose que je ne comprends pas, s'interroge-t-elle. Dès le placement de mes enfants, leur père a eu des droits de visite et d'hébergement alors que moi, je n'ai eu que des visites sous surveillance. Pourtant, il y avait des preuves de ses violences, notamment à l'encontre de mes enfants. Lors d'une audience, ma fille a évoqué le fait que son père était armé d'un couteau. Elle a d'ailleurs été reconnue en état de stress post-traumatique lors d'une expertise psychologique mandatée par le procureur. On n'écoute pas leur parole et on leur apprend que les violences sont une chose normale, comme d'être privée de leur mère."

Aujourd'hui, elle demande que le jugement qui lui accorde des droits de visites soit appliqué et souhaite également y ajouter des week-ends. Une audience devait justement se tenir au mois de mars, mais la crise de la Covid-19 l'a reportée à juillet. Au final, rien n'est réglé: le tribunal n'a pas souhaité statuer. Elle envisage également de contester la garde, confiée au père, mais ne le peut pas - l'appel du jugement de divorce étant toujours en cours. Car ce dernier n'évoque pas les violences dont elle se dit victime, ce qui aurait biaisé toute la suite de la procédure, expliquait son avocate à BFMTV.com lorsque nous l'avions interrogée en mars.

"Le gros problème dans ce dossier, c'est que les violences n'ont pas été attestées dès le début, regrettait Anne-Claire Le Jeune. S'il avait été reconnu que monsieur était violent, y compris en présence des enfants, l'affaire aurait pris une toute autre coloration (...) Il y a eu des loupés dès le début et les magistrats ne sont pas revenus dessus. C'est ensuite très difficile de renverser l'image d'une mère présentée comme néfaste pour ses enfants et de revenir à zéro."

"Je veux leur dire que je les aime"

D'autant plus incompréhensible pour Ahlame Azzimani que l'égalité entre les femmes et les hommes et par conséquent la lutte contre les violences faites aux femmes - qui a fait l'objet d'un Grenelle - a été décrétée grande cause du quinquennat. "On nous dit qu'il faut dénoncer les violences faites aux femmes, mais on ne nous écoute pas. J'ai dénoncé et on m'a sévèrement sanctionnée pour avoir parlé. C'est mon violeur, celui qui m'a violentée, qui continue de me violenter en me privant de mes enfants qui a tous les pouvoirs. Il lui suffit de parler pour être cru. Pourquoi, moi, on ne me croit pas?"

Elle ne cesse de penser à ses enfants qu'elle estime en danger, "à mon fils, qui a vu son père frapper sa mère". Et craint des dommages irréversibles. "On leur a fait comprendre, quand ils évoquaient ces violences devant les policiers ou les juges, que leur parole n'avait aucune valeur. Et aujourd'hui, ils doivent faire comme si cela n'avait jamais eu lieu. Cela va briser tous leurs repères." Elle souhaite ainsi adresser à ses enfants un message:

"Je veux leur dire que je les aime très fort, que je me bats pour eux et que je ne cesserai jamais de me battre. Malgré tout ce qu'on a pu leur dire, je n'ai jamais renoncé à les voir et je ne les ai jamais abandonnés."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV