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Le "cynisme" de Mas dénoncé par les avocats de porteuses PIP

Des avocats de plaignantes dénoncent vendredi le "cynisme" et le "mépris" de Jean-Claude Mas, président-fondateur du groupe Poly Implant Prothèse (PIP), envers les milliers de victimes du scandale d'implants mammaires non conformes. Selon des extraits du

Des avocats de plaignantes dénoncent vendredi le "cynisme" et le "mépris" de Jean-Claude Mas, président-fondateur du groupe Poly Implant Prothèse (PIP), envers les milliers de victimes du scandale d'implants mammaires non conformes. Selon des extraits du - -

MARSEILLE/BORDEAUX (Reuters) - Des avocats de plaignantes dénoncent vendredi le "cynisme" et le "mépris" de Jean-Claude Mas, président-fondateur...

MARSEILLE/BORDEAUX (Reuters) - Des avocats de plaignantes dénoncent vendredi le "cynisme" et le "mépris" de Jean-Claude Mas, président-fondateur du groupe Poly Implant Prothèse (PIP), envers les milliers de victimes du scandale d'implants mammaires non conformes.

Les défenseurs se fondent sur les extraits du procès verbal d'audition de Jean-Claude Mas lors de sa garde à vue en 2010, que Reuters a pu consulter.

Dans ce document, l'homme d'affaires, qui n'entend pas s'exprimer publiquement, reconnaît la tromperie mais en minimise l'impact et considère que ses accusatrices sont des personnes fragiles psychologiquement ou motivées par l'argent.

"Jean-Claude Mas est d'un cynisme consommé vis-à-vis des victimes", a déclaré à Reuters Me Laurent Gaudon, avocat de porteuses d'implants qui entendent poursuivre non seulement la société PIP, mais aussi les chirurgiens concernés.

Pour Philippe Courtois, avocat bordelais qui représente plus de 1.300 porteuses, Jean-Claude Mas "traite avec mépris l'ensemble des victimes" et "n'a pas une once d'humanité."

"C'est honteux de dire qu'il ne voulait pas s'exprimer par respect pour les victimes alors qu'il avait tenu de tels propos. Et il a été bavard devant les gendarmes, reconnaissant les faits sans problème", dit-il.

Lors de sa garde à vue, en novembre 2010, Jean-Claude Mas déclare aux gendarmes à propos des plaignantes : "Il s'agit de personnes fragiles ou de personnes qui font ça pour le fric".

L'homme d'affaires admet avoir utilisé un gel non conforme et sciemment déjoué les contrôles sans y voir de problème puisque, selon lui, il n'y avait pas de risque.

"Je savais que ce gel n'était pas homologué mais je l'ai sciemment fait car le gel PIP était moins cher. Cette formule est parfaite, elle est meilleure que celle utilisée pour fabriquer le gel homologué", affirme-t-il.

"C'ETAIT LA ROUTINE"

Jean-Claude Mas avoue également que tout était organisé depuis 1997 pour échapper aux contrôles de l'organisme certificateur allemand Tüv Rheinland.

"Tüv annonce sa visite dix jours avant. C'était la routine, je donne l'ordre de dissimuler tous les documents ayant trait au gel PIP non homologué, et concernant les conteneurs, les employés se débrouillaient pour les faire disparaître", dit-il.

Egalement entendu par les gendarmes, Thierry Brinon, le directeur technique de PIP, reconnaît que cette manipulation avait pour but "d'augmenter sensiblement la rentabilité de l'entreprise".

La substitution du gel de silicone permettait à PIP un gain annuel d'un million d'euros, précise-t-il.

Me Philippe Courtois annonce qu'il se rendra à Marseille courant janvier pour rencontrer la juge d'instruction en compagnie d'Alexandra Blachère, présidente de l'association PPP (Porteuses de prothèses PIP) qui revendique environ 2.000 adhérents, victimes et proches des victimes.

Il se dit confiant sur la volonté de la justice d'aller jusqu'au bout de l'enquête et réclame la mise en examen rapide de Jean-Claude Mas.

Par le biais de son avocat, Me Yves Haddad, l'homme d'affaires avait fait savoir jeudi qu'il n'avait pas l'intention de s'exprimer.

Agé de 72 ans, Jean-Claude Mas qui, selon son avocat, réside actuellement dans le Var et est malade, est resté président du conseil de surveillance et actionnaire majoritaire de la société varoise jusqu'à sa liquidation judiciaire en mars 2010.

Le cap des 2.400 plaintes de porteuses d'implants mammaires PIP a été franchi dans l'enquête préliminaire pour des faits de "tromperie aggravée", un délit passible de quatre années d'emprisonnement et de fortes amendes, dont devront répondre les principaux cadres de la société.

Ouverte au mois de mars 2010, l'enquête a été close le 10 octobre dernier et le procès devant le tribunal correctionnel de Marseille devrait s'ouvrir en octobre prochain.

Le parquet de Marseille a également ouvert une instruction judiciaire pour "blessures et homicide involontaire".

Vingt cas de cancer ont déjà été signalés sans qu'un lien ait été établi pour l'instant avec ces prothèses fabriquées avec des gels non conformes, qui ont été implantées sur environ 30.000 femmes en France, selon la Direction générale de la Santé, et environ 300.000 au total dans le monde.

François Revilla et Claude Canellas, édité par Gérard Bon