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Le coût « indécent » de la présidence française

De juillet à décembre 2008, la France a dépensé 171 millions pour la Présidence de l'UE, soit 1 million par jour !

De juillet à décembre 2008, la France a dépensé 171 millions pour la Présidence de l'UE, soit 1 million par jour ! - -

« Gaspillage », « Sarkoshow »... Les critiques ne faiblissent pas sur le coût de la présidence Française de l'UE. Les explications du député René Dosière, chiffres à l'appui.

171 millions d'euros pour 6 mois. Dévoilé dans un rapport de la Cour des comptes, le coût de la présidence Française de l'UE fait toujours polémique. Parmi les élus socialistes qui parlent de gaspillage, Pierre Moscovici ne mâche pas ses mots : « Un million d'euros par jour, cela n'a pas grand sens. Cette présidence s'annonçait comme un Sarkoshow. C'est ce qui s'est passé ».

« Deux fois plus que nos voisins européens »

René Dosière, député apparenté PS de l'Aisne, spécialisé dans le contrôle des dépenses de l'Elysée, ajoute : « En gros, c'est deux fois plus important qu'un autre pays de l'Union Européenne, à l'exception de l'Allemagne, qui aurait dépensé à peu près la même somme [en 2007]. » Des dépenses qui sont également très supérieures aux présidences françaises précédentes de 1995 [14,1 millions d'euros] et de 2000 [56,9 millions], et aussi à celles des autres présidences les plus récentes, qui se sont situées entre 70 et 80 millions d'euros, souligne la Cour des comptes.

« Un dîner à 5000 euros par personne »

Après la publication du rapport par la presse, les critiques se sont focalisées sur le sommet de l'Union pour la Méditerranée à Paris les 13 et 14 juillet 2008, financé sur ce budget "Europe" pour 16,6 millions d'euros, avec un réaménagement complet du Grand Palais pour une réunion de quelques heures. Et René Dosière de préciser, agacé : « dans le cadre de ce sommet, on a mis en place un dîner au Petit Palais le 13 juillet au soir, qui a coûté 5367 euros par personne. C'est la Cour des comptes elle-même qui donne ce chiffre. Ça représente 5 fois le Smic. Parce qu'il a fallu aménager le Petit Palais ; ça n'est pas que de la nourriture bien entendu, mais le coût total du dîner c'est celui-là. Il y avait 200 personnes [ndlr, soit plus d'un million pour le dîner officiel des chefs d'Etat et de gouvernement]. Quand on entend ça, alors qu'on demande aux Français de se serrer la ceinture, alors qu'on impose des restrictions à tous les fonctionnaires... c'est intolérable. »

« Une dépense engagée dans des conditions irrégulières »

Très remonté, René Dosière « signale en plus que cette dépense a été engagée dans des conditions tellement irrégulières, que le comptable du ministère a refusé de payer et il a fallu que le ministre [ndlr, des Affaires étrangères, Bernard Kouchner] lui-même réquisitionne le comptable et donc ordonne de payer. »
Et lorsqu'on lui demande ce qu'il faudrait faire pour éviter ce genre d'excès, René Dosière répond : « Je crois qu'il faut avoir comme responsables politiques des gens qui arrêtent de gaspiller l'argent des Français et qui utilisent les procédures. C'est indécent ce qui s'est passé là. »

Une douche présidentielle à 245 000 euros ?

René Dosière s'était par ailleurs indigné de « l'installation - pour 4 heures ! - d'une douche à l'usage du président, pour un prix de 245 572 euros ». Un coût qui « serait scandaleux si c'était vrai mais c'est faux », a défendu le ministre du Budget, Eric Woerth, à l'Assemblée. La somme en question concernait en effet l'aménagement d'un bureau provisoire avec douche pour Nicolas Sarkozy, ainsi que de salons de rencontres pour entretiens bilatéraux.
Le rapport note par ailleurs quelques dépenses non négligeables : 653 703 euros pour l'aménagement d'un système de climatisation, 194 900 euros pour des jardinières, 136 000 euros pour un fond de scène, 91 500 euros pour une moquette éphémère...

Séguin dénonce des « dérives »

Tentant de répondre aux critiques et sans pour autant contester la facture totale, le Quai d'Orsay a expliqué que le Grand Palais avait dû être aménagé faute de structure existante : « Dans ce contexte, les frais engagés ont été plus importants que ceux qu'ils auraient pu être sur une plate-forme d'accueil de type centre de conférences internationales ».
Mais, très critique, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, est revenu sur les conclusions du rapport : « Ce n'était pas un épisode très glorieux de l'utilisation de nos finances publiques. Il y a eu un certain nombre de dérives, d'erreurs, [en grande partie dues à] des décisions souvent tardives. Il n'y a pas eu d'appel d'offres, ni de véritable cahier des charges. On a improvisé et les fournisseurs s'en sont donné à cœur joie ». Selon lui, « on aurait pu avoir des prestations pour un tiers moins cher ».

La rédaction-RMC Première : Le 5-7