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Le buste de la féministe Olympe de Gouges entre à l'Assemblée

Le buste d'Olympe de Gouges à l'Assemblée nationale

Le buste d'Olympe de Gouges à l'Assemblée nationale - Eric Feferberg - AFP

Elle est officiellement entrée à l'Assemblée nationale. Le buste d'Olympe de Gouges, figure avant-gardiste du féminisme et auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été inauguré au Palais Bourbon.

C'est une première. Le buste d'Olympe de Gouges, féministe guillotinée sous la Terreur, trône depuis mercredi à l'Assemblée nationale. C'est la première fois que la statue d'un personnage historique féminin prend place au milieu des figures d'hommes et allégories.

Cette femme politique est l'auteure de la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle considère que "l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements".

"Entre ici Olympe de Gouges"

Avant-gardiste, celle qui a eu la tête coupée en novembre 1793 pour avoir défié Robespierre assure que si "la femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune". 

"Entre ici Olympe de Gouges", a lancé la socialiste Catherine Coutelle, députée et présidente de la délégation aux droits des femmes, dans un clin d'œil à la fameuse formule d'André Malraux pour l'entrée de Jean Moulin au Panthéon. 

Car malgré le soutien de féministes et de politiques, dont la maire de Paris Anne Hidalgo, cette pionnière n'avait pas été retenue pour entrer dans la "maison des grands hommes" en 2015. François Hollande avait choisi quatre figures de la Résistance, dont deux femmes.

"Pionnière de l'égalité des droits"

Pour faire entrer la statue d'Olympe de Gouges dans la salle des Quatre-Colonnes, cette "révolution formidable" selon Yvette Roudy, l'ancienne ministre socialiste des Droits des femmes, il a fallu déplacer le buste d'Albert de Mun, une figure du christianisme social, faisant grincer des dents une partie de la droite.

Il aura fallu "plus de deux siècles pour que l'on reconnaisse le talent de cette pionnière de l'égalité des droits, le courage de cette alliée infatigable des humbles, des laissés-pour-compte, des esclaves et du menu-peuple comme l'on disait alors", a souligné Claude Bartolone. Le président de l'Assemblée nationale s'est félicité sur Twitter de cette arrivée, assurant "qu'il était temps".

Plusieurs élus ont également salué l'entrée d'Olympe de Gouges au cœur de la chambre basse, comme Philippe Nauche, député socialiste de la Corrèze, qui estime que sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est "un texte à méditer".

Abolition de l'esclavage et de la peine de mort

Olympe de Gouges, née Marie Gouze en 1748 à Montauban, dans le Tarn-et-Garronne, est une femme de lettres devenue femme politique. Dans ses multiples combats contre les discriminations sociales et politiques, elle a plaidé pour l'instauration du divorce, de droits pour les ouvriers au chômage, d'un impôt patriotique ou encore pour l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort.

Dans l'hémicycle, des plaques au nom de trois des 33 premières femmes élues députées le 21 octobre 1945, la communiste Marie-Claude Vaillant-Couturier, la socialiste Rachel Lempereur et la MRP Marie-Madeleine Dienesch, ont également été dévoilées.

"Une juste reconnaissance"

L'Assemblée nationale élue en 2012 compte moins d'un tiers de femmes, soit 155 sur 577 députés. Comme l'a déclaré Yvette Roudy, les femmes politiques actuelles doivent encore "se battre pour prendre des sièges". 

De nombreux internautes ont également salué l'entrée d'Olympe de Gouges dans la salle des pas perdus, comme l'association Osez le féminisme qui évoque "une juste reconnaissance de notre matrimoine".

L'Assemblée nationale a par ailleurs diffusé sur son compte Twitter une vidéo montrant la genèse du buste.

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP