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La nouvelle vie de Lassana Bathily, héros de l'Hyper Cacher

Dans son ouvrage "Je ne suis pas un héros", le jeune malien de 25 ans Lassana Bathily raconte sa nouvelle vie depuis la prise d'otage de l'Hyper Cacher où il avait caché une partie des otages.

Jadis sans-papiers malien fuyant les contrôles de police, Lassana Bathily, 25 ans, est depuis un an le "héros" de l'Hyper Cacher, devant qui on déroule le tapis rouge. Une nouvelle vie qu'il raconte dans un livre publié mercredi.

"Ah, voilà mon Français préféré!" C'est en ces mots que François Hollande a accueilli à l'Elysée un Lassana Bathily plutôt gêné, le 25 janvier 2015.

"Je ne suis pas un héros", proteste depuis le jeune homme au regard doux, en écho au titre de son livre publié par les éditions Flammarion un an presque jour pour jour après l'attaque.

Hyper-cachés dans le congélateur de l'Hyper-Cacher

C'était un vendredi, à quelques minutes de la fin de son service. Lassana Bathily, manutentionnaire, rangeait des cartons de surgelés au sous-sol du supermarché casher, quand il entend des tirs et voit une quinzaine de personnes débouler.

En haut, un jihadiste, Amédy Coulibaly, a pris en otage des clients et ordonne à une caissière d'aller chercher ceux restés en bas. Une partie remonte, l'autre refuse. Lassana Bathily leur propose d'utiliser le monte-charges pour gagner l'issue de secours.

Personne n'ose le suivre. Alors Lassana Bathily éteint la lumière et le moteur du congélateur où se réfugie le groupe. Et prend seul le monte-charges. Il parvient à s'enfuir et aidera la police, en dessinant les plans du magasin.

Le rêve de la nationalité française

Quelques jours plus tard, flottant dans un costume neuf, il obtient la nationalité française dont il rêvait "depuis (son) enfance". Puis rentre auréolé de gloire au Mali, d'où il était parti à 16 ans pour tenter sa chance à Paris.

Lassana Bathily avec son passeport lors de la cérémonie de naturalisation le 20 janvier 2015 à Paris
Lassana Bathily avec son passeport lors de la cérémonie de naturalisation le 20 janvier 2015 à Paris © Eric Feferberg - AFP

Le président Ibrahim Boubacar Keïta félicite son compatriote: tandis qu'Amédy Coulibaly, aussi d'origine malienne, avait "jeté le drapeau malien par terre, tu l'as redressé".

Depuis, malgré la multiplication de voyages et distinction, le tourbillon médiatique s'est estompé. Lassana Bathily a quitté son foyer de jeunes travailleurs pour un logement social et abandonné son job à l'Hyper Cacher pour un emploi à la mairie de Paris.

Traqué par les attentats

Mais quelques mois plus tard, la mort s'est rappelée à son souvenir. Le soir du 13 novembre, "je n'étais pas loin du Bataclan". Comprenant que les attentats recommençaient, "j'ai couru, comme tout le monde".

Le vendredi suivant, une autre attaque frappait l'hôtel Radisson Blu de Bamako, où il avait séjourné.

Son parrain républicain redoute parfois "qu'il soit pris pour cible, que les terroristes se disent 'le petit héros musulman, on va lui faire sa fête'".

Lassana Bathily, lui, n'a "pas peur". Il poursuit ses cours de français et a créé une association humanitaire à son nom. "Il faut qu'on soit solidaires, qu'on reste unis".

A.-F. L. avec AFP