BFMTV

La discrimination positive contre les déserts médicaux

Un rapport de l'Institut Montaigne publié dimanche préconise entre autre de diversifier les profils des médecins par la discrimination positive.

Un rapport de l'Institut Montaigne publié dimanche préconise entre autre de diversifier les profils des médecins par la discrimination positive. - -

Un rapport publié dimanche préconise la diversification des profils de médecins par la discrimination positive. Selon l'OMS, des médecins d'origine modeste et rurale auraient tendance à aller travailler dans les zones qu'ils connaissent.

Trouver un médecin disponible dans l’immédiat est parfois très complexe dans certaines régions qui subissent de plein fouet le manque de médecins. Afin de lutter contre les déserts médicaux, l’institut Montaigne, dans un rapport publié dimanche et intitulé « Accès aux soins, en finir avec la fracture territoriale » propose entre autres mesures, l’encouragement de la discrimination positive sur les bancs des médecins. Pendant 6 mois, 12 experts ont travaillé sur la question de l'accès aux soins sur le territoire.

Retour aux sources

Selon des études de l'OMS (organisation mondiale de la santé), des médecins d'origine modeste et rurale auront tendance à retourner travailler dans les zones qu'ils connaissent. Mais aujourd'hui, trop de jeunes médecins sont d'origine sociale favorisée et urbaine. On compte seulement 8% des médecins en activité qui viennent de familles d'ouvriers, 4% ont des parents agriculteurs mais 45% sont issus de classes socio-professionnelles supérieures. L'idée est donc de mettre au point des conventions avec les lycées - à la manière de Sciences Po avec les ZEP - et de bonifier les bourses.

« On va cibler des lycées, chercher des étudiants et leur offrir des bourses »

Angèle Malatre Lansac est directrice des études à l'Institut Montaigne. Ella a chapeauté ce rapport. « On a été regarder ce qu’il se passe à l’étranger, explique-t-elle. Et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMS) a montré qu’en sélectionnant les étudiants dans les quartiers et les zones rurales, ils ne reviennent pas obligatoirement dans leur quartier d’origine. Mais cela augmente la probabilité qu’ils reviennent une fois formés. L’idée étant de rétablir une forme d’équilibre entre les candidats. On va cibler des lycées, chercher des étudiants et leur offrir des bourses et donc tout cela permet de mettre en place un système de discrimination positive. Il faut vraiment trouver des solutions pour à la fois avoir des médecins et surtout pour améliorer leur répartition sur le territoire ».

« Je ne pense pas que de venir d’une petite ville du Nord fasse que je m’y installe »

Pierre, 21 ans, est étudiant en 4e année de médecine à Lille. Il vient de Courchelette, une petite ville du Nord, et est d'origine modeste. Et si cette mesure s'adresse à des étudiants comme lui, il ne croit pas en son efficacité, ni en sa légitimité. « L’idée d’être prédestiné par l’endroit où l’on est né, les parents qu’on a eu ou les moyens à notre disposition… Je trouve ça déprimant, estime Pierre. J’ai travaillé pour financer mes études, j’ai habité en résidence Crous (résidence étudiante – ndlr), je suis étudiant boursier. Maintenant est-ce que cela va jouer sur mon lieu d’installation ? Je ne vois pas en quoi le fait d’avoir travaillé dans des cuisines le soir va jouer sur l’endroit où je vais m’installer. Je ne pense pas que de venir d’une petite ville du Nord fasse que je m’y installe. Justement, c’est le rôle de l’université de gommer les différences sociales. On change ses repères oui, mais c’est tant mieux. C’est un souci d’égalité ».

« Former plus de jeunes dans les facultés de médecine là où nous en avons besoin »

Michel Chassang est le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et de l'Union nationale des professions libérales (UNAPL). Il est également médecin généraliste. Et sur cette idée de discrimination positive, il est mitigé. « La bonne idée, c’est de prendre en considération que ce n’est pas l’obligation qui va changer quoi que ce soit. C’est en amont de l’installation, au moment des études qu’il faut résoudre le problème. Favoriser la mixité sociale, oui, ça peut être une solution. Mais il y a une autre solution qui serait de former plus de jeunes dans les facultés de médecine là où nous en avons besoin. Est-il vraiment raisonnable de former autant de jeunes à Paris ? Ne vaut-il pas mieux former plus de jeunes en Picardie, dans la région Centre où en Auvergne où on le sait il existe quelques déserts médicaux ».

Tugdual de Dieuleveult avec M. de Carpentier