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L'appel du collectif Stop harcèlement de rue pour interdire les publicités sexistes

Une manifestation contre le sexisme à Aix-en-Provence en 2012 (image d'illustration)

Une manifestation contre le sexisme à Aix-en-Provence en 2012 (image d'illustration) - Anne-Christine Poujoulat - AFP

La fondatrice du collectif Stop harcèlement de rue a adressé une lettre à la maire de Paris et la présidente de la région Île-de-France pour leur demander d'interdire les publicités sexistes dans l'espace public. Car selon la militante, ces images entretiennent les discriminations dont sont victimes les femmes.

Elle souhaite que les affiches dégradantes pour les femmes disparaissent. Héloïse Duché, la fondatrice du collectif Stop harcèlement de rue, a lancé un appel à Anne Hidalgo, la maire de Paris, et Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, pour que les publicités sexistes soient interdites dans l'espace public.

"Ces représentations sexistes ont des conséquences"

Dans une lettre publiée sur le site Street Press, la militante estime que ces images devraient être prohibées parce que "la pub façonne notre représentation du monde et notre rapport à l'autre plus qu'aucun film ou aucun livre ne le peut".

"Ces représentations sexistes du monde, omniprésentes dans les espaces publics, ont des conséquences. Les violences et le harcèlement de rue par exemple. Longtemps invisible et totalement intégré par les femmes elles-mêmes, ce dernier est depuis quelques années un objet de lutte des femmes."

Bloquer les publicités en amont

La fondatrice du collectif féministe estime que le sujet est une priorité alors que le Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes a montré que 100% des utilisatrices des transports en commun étaient harcelées dans le bus ou le métro au moins une fois dans leur vie. Fin 2015, Pascale Boistard, secrétaire d'État aux droits des femmes, et Alain Vidalies, en charge des Transports, avaient ainsi présenté un plan de lutte contre le harcèlement dans les transports.

"Cette lettre est une interpellation publique pour permettre d'engager un débat, a indiqué Héloïse Duché à BFMTV.com. Les collectivités territoriales et les élus doivent se demander ce qu'ils sont prêts à afficher dans les espaces publics pour lequel le contribuable paie des impôts. Ce n'est pas une logique pudibonde, il ne s'agit pas d'interdire tout bout de fesse, mais de déterminer ce qu'on tolère ou pas en utilisant le corps des femmes."

Héloïse Duché recommande ainsi d'élaborer "une charte luttant contre le sexisme et les stéréotypes de sexe diffusés dans les publicités" mais aussi de "mettre en place un véritable organe national et indépendant de contrôle des publicités". Elle imagine un examen en amont afin de bloquer une publicité avant sa diffusion. Car selon la militante, la publicité est responsable des stéréotypes réservés aux femmes.

"La publicité habite nos vies sans même nous en rendre compte. Elle impose des messages subliminaux qui nous accompagnent et entrent dans nos habitudes. En véhiculant ces messages sexistes, la publicité nous enferme dans des rôles prédéterminés. Les injonctions qu'elle nous impose façonnent nos schémas de pensée et nos comportements. Alors autant que ces images soient positives."

À Londres, les corps de femme "irréalistes" sont interdits

Récemment, plusieurs polémiques ont été suscitées par des publicités sexistes. Accor Hotels Arena avait dû retirer en 2015 certaines de ses publicités du métro parisien, jugées sexistes par certains élus et usagers des transports en commun. Sur l'une des affiches, on pouvait voir une joueuse de tennis à genoux sur un terrain à côté d'un slogan vantant "le seul lieu où les femmes sont à vos pieds". 

Un centre de remise en forme de Sartrouville, en banlieue parisienne, avait également été au cœur d'une controverse au printemps 2016 en mettant en scène une femme ronde, faisant un parallèle entre perte de virginité et perte de poids.

A contrario, Unilever, l'un des plus gros annonceurs mondiaux - propriétaire d'Axe, Dove, Knorr ou Sunsilk - a récemment annoncé qu'il ne voulait plus que ses publicités colportent des stéréotypes sexistes. Dans la même veine, le maire de Londres a chargé la régie des transports de durcir ses règles: les photos montrant des corps de femme "irréalistes" sont dorénavant interdites.

Céline Hussonnois-Alaya