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« J’ai des adultes dans mes stages d’orthographe »

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Bernard Frippiat, coach en orthographe, donne ses conseils et précise les pièges à éviter

Jean-Jacques Bourdin : Maintenant avec les ordinateurs, les téléphones portables, les SMS, on perd toute notion d'orthographe?
Bernard Frippiat : Oui, et surtout on écrit tout soi-même. Quelle que soit la position que vous pouvez avoir dans une entreprise, il n'y a plus la secrétaire à qui l'on dictait.

Jean-Jacques Bourdin : Ce matin vous allez nous donner un cours d'orthographe. J'ai vu qu'en 2005, les collégiens de 5ème faisaient autant de fautes d'orthographe que les écoliers de CM2 en 1985...
Bernard Frippiat : C'est possible, cela étant dit j'ai des adultes dans mes stages qui ont cinquante ans, donc ils font partie des bons élèves d'antan.

Jean-Jacques Bourdin : De plus en plus d'entreprises proposent d'aider leurs employés...
Bernard Frippiat : Oui, pratiquement tous les stages que je donne sont en entreprise.

Jean-Jacques Bourdin : Qu'est ce qu'on vous demande ?
Bernard Frippiat : Ce ne sont pas des choses de grammaire, c'est essentiellement les participes passés, plus éventuellement quelques petits problèmes d'orthographe suivant les personnes.

Jean-Jacques Bourdin : Connaître l'orthographe ce n'est pas une preuve d'intelligence ?
Bernard Frippiat : Absolument pas.

Jean-Jacques Bourdin : La langue française est-elle si compliquée que ça ?
Bernard Frippiat : Oui c'est compliquée parce que finalement on a la chance d'avoir une langue où l'on prononce 53% des lettres, donc il y en a 47% qu'on ne prononce pas, et il faut forcément connaître ces lettres là, donc ça nécessite une mémorisation. On ne prononce pas les fins de mots et il faut mémoriser.

Jean-Jacques Bourdin : Comment éviter les fautes d'orthographe ?
Bernard Frippiat : On peut étudier. Il y a d'abord les fautes d'inattention, les fautes pour lesquelles on va se faire allumer, donc il faut relire en commençant par la fin, phrase par phrase.

Jean-Jacques Bourdin : C'est-à-dire ?
Bernard Frippiat : C'est-à-dire que si vous commencez par le début, après trois ou quatre lignes, vous allez réfléchir à ce que vous dites, et plus l'écrit sera important, plus vite vous allez vous relancer dans ce que vous êtes en train de dire, et résultat c'est comme ça que l'on se retrouve à dire qu'on l'a relu 20 fois et qu'il y a encore des fautes. Il faut relire phrase par phrase en commençant par la fin, comme ça vous ne vous laisserez pas entraîner par votre écrit, et s'il y a une faute vous la verrez.

Jean-Jacques Bourdin : Mais l'ordinateur corrige toutes nos fautes...
Bernard Frippiat : Pas toujours, il y en a qu'il ne voit pas : la tendance en plus c'est qu'on écrit et si l'ordinateur ne souligne pas c'est que c'est bon, mais j'ai connu par exemple un cadre qui pour écrire « nous serons là » a mis deux « r », et l'ordinateur n'a rien souligné puisqu'il a lu le verbe « serrer ».

Jean-Jacques Bourdin : Vous avez des astuces pour nous aider, avez vous quelques exemples de fautes courantes ?
Bernard Frippiat : « Leur » par exemple : « les parents leur parlent », les gens ont tendance à mettre un « s » parce qu'ils parlent à plusieurs personnes et il y a un truc tout bête c'est que s'il n'y avait qu'une personne, vous diriez « les parents lui parlent » et quand on peut remplacer leur par lui, il n'y a jamais de « s » à leur.

Jean-Jacques Bourdin : Autre chose ?
Bernard Frippiat : Les adjectifs de couleur, vous pouvez étudier la règle dans mon livre.

Jean-Jacques Bourdin : C'est pourquoi « des pulls roses » prend un « s » et « des pulls orange » n'en prend pas ?
Bernard Frippiat : C'est complexe : « des pulls orange », il n'y a pas de « s » parce que ce sont des pulls de la couleur d'une orange, tandis que rose c'est l'inverse, c'est la couleur qui a donné son nom à la fleur. Il y a un truc qui fonctionne : vous mettez foncé ou clair derrière et c'est invariable, c'est singulier automatiquement.

Jean-Jacques Bourdin : On a préparé quelques petites phrases test pour vous : d'abord quelle est la règle des participes passés ?
Bernard Frippiat : Pour les pronominaux « ils se sont parlé » par exemple, il faut remplacer le verbe être par le verbe avoir et poser la question « qui ou à qui ?» Ca donne « ils ont parlé à qui » donc il n'y aura pas de « s ». En revanche « ils se sont vus » = « ils ont vus qui ? » donc il y a un « s ».

Jean-Jacques Bourdin : Pour le « a » et le « à », quelle est la technique ?
Bernard Frippiat : C'est relativement facile, vous remplacez par « avait », si ça marche il n'y a pas d'accent et sinon il faut en mettre un.

Jean-Jacques Bourdin : Quand est-ce que je mets un accent à « ou » ?
Bernard Frippiat : Vous remplacez par « ou bien » : si ça marche il n'y a pas d'accent, sinon il en faut un.

Jean-Jacques Bourdin: On dit « à vélo » ou « en vélo » ?
Bernard Frippiat : C'est mieux de dire « à vélo ».

Jean-Jacques Bourdin : On dit « le vélo de » ou « le vélo à » ?
Bernard Frippiat : « le vélo de », puisque le « à » c'est avec un verbe.

Jean-Jacques Bourdin : Pourquoi alors est-ce qu'on dit la bande à Basile ?
Bernard Frippiat : Normalement on devrait la bande de Basile, mais à mon avis c'est un gag.

Jean-Jacques Bourdin : Pourquoi est-ce qu'en conjugaison on écrit « je couds » mais par contre « je résous ».
Bernard Frippiat : Dans les verbes en « dre », certains perdent le « d » et d'autres pas. Pour le savoir, si le « nous » est en « aignons », « oignons », « solvons », le « d » tombe, sinon il ne tombe pas.

Jean-Jacques Bourdin : Les adverbes prennent-ils deux ou un seul « m » ?
Bernard Frippiat : L'astuce c'est de savoir le son qui est devant le « m » : si c'est le son « a » c'est deux « m », sinon c'est un seul.

Jean-Jacques Bourdin : Les chiffres : cent, deux cents, deux cent vingt...
Bernard Frippiat : Absolument, vous n'aurez de « s » à « cent » que quand le « cent » n'est pas suivi d'un autre nombre. Pour « vingt » vous n'aurez de « s » que pour 80.

Jean-Jacques Bourdin : Les mots composés maintenant : « il marche pieds nus » ?
Bernard Frippiat : « Pied » prend un « s » puisqu'on en a deux et « nu » c'est comme « demi », quand il est devant il ne bouge pas et quand il est derrière il s'accorde.