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Le Château de Versailles en guerre contre les perches à selfie

Des touristes au Château de Versailles, en août 2011.

Des touristes au Château de Versailles, en août 2011. - Miguel Medina - AFP

Le Château de Versailles a commencé à bannir l'usage des perches à selfie, très prisées des touristes, au motif qu'elles représentent un risque pour les oeuvres et pour les visiteurs.

C'est une première en France. Au Château de Versailles, la perche à selfie n'est plus la bienvenue. Si l'interdiction de l'objet n'est pas encore officiellement formulée, le Château a commencé à bannir, à l'intérieur de ses murs, l'usage du fameux bras télescopique aidant à faire des autoportraits, très prisés par les touristes.

"Nous conseillons à nos visiteurs de ne pas en utiliser dans les salles", peut-on ainsi lire à Versailles, où l'on fait, pour l'heure, confiance à la "médiation des gardiens". En outre, une signalisation a été mise en place en attendant que le règlement soit modifié lors d'un prochain conseil d'administration.

Un risque pour les œuvres

Pour justifier sa décision, la direction du Château de Versailles met en avant la spécificité du lieu, qui accueille 1.000 à 1.500 visiteurs par jour, et présente de nombreux objets sans la protection d'une vitrine. Les accès de certaines salles sont aussi très étroits.

Pouvant atteindre 1,50 m de long, la perche permet de se photographier avec son smartphone en prenant du recul et en se mettant en scène. Mais son maniement à proximité des oeuvres d'art, et des lustres qui éclairent les pièces, n'est pas sans risque. Compte tenu de la fréquentation de certaines salles, les coups de perche sur les visiteurs deviennent également un risque.

Bientôt interdites au Louvre et à Beaubourg?

Et Versailles pourrait bientôt être suivi dans sa démarche par deux autres sites culturels très fréquentés: le Centre Pompidou et le musée du Louvre, qui étudient de près la question. Les bras télescopiques "ne sont pas interdits à condition que leur usage respecte le règlement de visite", précise-t-on au Louvre, le musée français le plus visité avec 70% de touristes étrangers.
Du côté du Centre Pompidou, on "s'achemine vers une interdiction mais la décision n'est pas encore arrêtée", indique la direction, qui redoute "aussi les sacs à dos et les poussettes".

Plusieurs objets "à risque" sont déjà bannis des grands musées français. Ainsi, les pieds pour appareil photo n'ont pas droit de cité au Centre Pompidou et au Louvre, qui interdit également les parapluies non pliants, les casques de moto et les gros sacs à dos.

Déjà plusieurs interdictions aux Etats-Unis

Outre-Atlantique, la guerre contre les perches à selfie a d'ores et déjà commencé. Plusieurs musées américains ont déjà décidé de les interdire, comme le Metropolitan Museum of Arts, le MoMA et le Guggenheim, à New York, mais aussi la Smithsonian Institution, qui regroupe et gère les musées nationaux de Washington. L'institution présente cette décision comme "une mesure préventive pour protéger les visiteurs et les objets, particulièrement en cas d'affluence".

Même décision du côté du Musée des Beaux-Arts de Boston, tandis qu'à Los Angeles, le musée Getty interdit l'utilisation des perches à l'intérieur du musée, mais l'autorise dans les jardins, indique Le Monde. L'interdiction est également en vigueur dans plusieurs musées australiens comme la National Gallery à Camberra. 

Charte des bonnes pratiques

Fréquemment interdite dans les musées il y a quelques années, la photographie des oeuvres et des visiteurs est devenue une pratique très populaire avec l'apparition des smartphones et des réseaux sociaux. Elle est même encouragée par certains musées qui y voient un outil de promotion.

Cet engouement a conduit le ministère de la Culture à publier une "charte des bonnes pratiques", la cohabitation entre les "visiteurs-photographes" et les autres s'avérant "parfois problématique". Elle stipule que le visiteur doit veiller "à ne pas porter atteinte à l'intégrité des oeuvres" et "ne pas gêner les autres visiteurs". Mais si la charte souligne que l'utilisation de matériel photo supplémentaire, d'éclairage par exemple, nécessite "une autorisation spécifique", elle ne mentionne pas en revanche le cas des perches à selfie.

Adrienne Sigel, avec AFP