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En Chine, la première école de majordomes ouvre ses portes

Un majordome mesure la distance entre les couverts dans une école à Chengdu (Chine) le 23 mars 2015

Un majordome mesure la distance entre les couverts dans une école à Chengdu (Chine) le 23 mars 2015 - Fred Dufour, AFP

Ambiance Downtown Abbey, version chinoise. Les mains gantées de blanc, Alvin Hu s'exerce à porter une assiette en équilibre. Voilà l'une des tâches auxquelles sont formées les pensionnaires de l'International Butler Academy, la première école chinoise de maîtres d'hôtel. Ici, les étudiants sont formés dans la tradition anglo-saxonne pour servir les super-riches du pays.

Ouverte l'an dernier à Chengdu, la capitale du Sichuan, cette école forme des élèves à maîtriser sur le bout des doigts les tâches quotidiennes d'une grande demeure, du repassage impeccable des nappes au nettoyage de l'argenterie et à la disposition des couverts pour un dîner fin.

Dans un exercice de maintien, Alvin Hu dépose un plat chargé de figurines en plastique devant son instructeur suisse. Sous le regard désapprobateur de ce dernier, l'élève remet promptement en ordre le contenu de l'assiette à l'aide d'un couteau en argent...

Un majordomme vérifie que la distance entre les couverts est respectée lors d'un exercice dans une école hôtelière de Chengdu le 23 janvier 2015
Un majordomme vérifie que la distance entre les couverts est respectée lors d'un exercice dans une école hôtelière de Chengdu le 23 janvier 2015 © Fred Dufour, AFP

L'apprentissage, piloté par une équipe d'étrangers, est sévère, et la formation a un coût certain (40.000 yuans, soit 6.000 euros) mais les perspectives de carrière sont attractives: un maître d'hôtel peut espérer un salaire mensuel de 20.000 yuans (3.000 euros), selon Alvin Hu, dans un pays où les revenus minimums oscillent plus souvent entre 1.300 et 1.800 yuans.

Et le nombre d'employeurs potentiels ne cesse de croître. Selon le magazine Hurun, plus d'un million de Chinois possèdent des actifs supérieurs à 1,6 million de dollars.

Emblème d'une vie de luxe

Loin des souvenirs lointains de la domesticité sous la Chine impériale, ces nouvelles fortunes sont imprégnées des représentations de maîtres d'hôtel à l'anglo-saxonne véhiculées dans les films occidentaux, emblématiques à leurs yeux d'un mode de vie luxueux.

Outre le personnage suranné d'Alfred dans l'univers du super-héros américain Batman, les protagonistes de la série britannique "Downton Abbey", qui décrit une famille aristocratique britannique au début du XXe siècle, sont immensément populaires en Chine.

"Downton Abbey est tellement célèbre ici que c'est l'étalon auquel nous sommes mesurés", explique Thomas Kaufmann, instructeur en chef à l'institut.

Et face au gonflement irrésistible de la demande, "il était logique d'ouvrir ici une formation spécialisée: c'est plus facile de former un Chinois au métier de majordome qu'un maître d'hôtel occidental au mandarin".

Ecart du couteau à beurre

A l'école de Chengdu, dans une villa recréant un cadre luxueux, les cours débutent chaque matin par des séances de balayage, de nettoyage et de polissage, avant des débats byzantins sur la position d'une carafe d'eau à table.

Un écart d'un centimètre de trop pour un couteau à beurre est impitoyablement fustigé et les apprentis vérifient à l'aide d'une règle si les espaces entre les fourchettes sont corrects.

Un majordomme vérifie que la distance entre les couverts est respectée lors d'un exercice dans une école hôtelière de Chengdu le 23 janvier 2015
Un majordomme vérifie que la distance entre les couverts est respectée lors d'un exercice dans une école hôtelière de Chengdu le 23 janvier 2015 © Fred Dufour, AFP

Mais à l'oeil nu, Thomas Kaufmann a déjà jugé qu'on était loin des standards requis: "Comment pouvez-vous disposer les couteaux ainsi?", s'écrie-t-il. "Vous m'entendez? Vous n'avez pas mesuré les distances, il faut tout mesurer!"

Une jeune fille, Chrissy Yan, soupire. "La formation peut être éreintante, en particulier pour le dressage d'une table", dit-elle, pas prête pour autant de renoncer à ses ambitions: "Je veux prendre la tête d'une équipe de majordomes chinois reconnus dans le monde et qu'on me demande de voyager à l'étranger".

Mais le rôle d'un majordome inclut aussi des tâches nettement moins cérémoniales, comme réceptionner les courses, promener le chien, superviser le personnel de ménage, cirer les chaussures. Voire plus futiles: Alvin Hu, qui a déjà oeuvré dans des foyers fortunés, devait essuyer soigneusement les empreintes de doigts laissées par le patron sur son smartphone après usage, sélectionner ses chocolats favoris au sein d'un assortiment.

Un majordome s'exerce à servir des mets avec des jouets en plastique dans une école hôtelière à Chengdu (Chine) le 23 mars 2015
Un majordome s'exerce à servir des mets avec des jouets en plastique dans une école hôtelière à Chengdu (Chine) le 23 mars 2015 © Fred Dufour, AFP

"Nous prévoyons un majordome pour chaque villa. Nos clients sont extrêmement contents", indique Mme Pu Yan, porte-parole du promoteur Langji Real Estate.

Chez le concurrent Sinobutler, le fondateur Shi Chunming assure avoir signé "plusieurs accords de coopération avec des sociétés immobilières" pour leur fournir des maîtres d'hôtel.

Dans un marché immobilier chinois qui ralentit sérieusement après des années de surchauffe, "les promoteurs doivent proposer encore davantage de services à des clients de plus en plus exigeants", commente Thomas Kaufmann.

Pour les satisfaire, "il faut faire attention à absolument tout", renchérit Alvin Hu. "Nous servons aussi des patrons de multinationales, extrêmement brillants. C'est très gratifiant de réussir à les détendre et à les rendre heureux".

Tom HANCOCK (AFP).