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INFO RMC – Un tiers des stations-services indépendantes menacées de fermeture

1/3 des stations-services indépendantes sont menacées de fermeture

1/3 des stations-services indépendantes sont menacées de fermeture - -

INFO RMC - D'ici à la fin de l'année, un tiers des stations-services indépendantes, soit 1600 propriétaires-exploitants, risquent de mettre la clé sous la porte. L’Union Européenne leur impose des travaux de conformité trop onéreux. « Moi je vais mettre la clé sous la porte », regrette un exploitant.

Elles sont de moins en moins nombreuses et la disparition des stations-services indépendantes pourrait connaître une vive accélération d’ici la fin de l’année. En effet, l’Union Européenne impose aux pompistes indépendants des travaux de mise aux normes particulièrement lourds. Les propriétaires indépendants de stations-services ont ainsi jusqu’au 31 décembre pour renforcer leur dispositif de récupération des vapeurs d'essence lors du ravitaillement des véhicules. Toutes les cuves en simple paroi doivent aussi être remplacées par des cuves double-parois (afin d'éviter les fuites). Les stations doivent également réaménager leurs pistes. Toute une série de travaux dont la facture peut s’envoler de 15 000 jusqu’à 30 000 euros. Beaucoup trop cher pour la Fédération Nationale de l'Artisanat Automobile (FNAA) pour qui cela va créer des zones noires, sans stations-services, en France.

38 départements concernés par la désertification

38 départements sont concernés par cette désertification. On en compte même 7 dans le rouge. Et la disparition des petites stations-services indépendantes n'est pas prête de s'arrêter. Avec cette obligation de mise aux normes européenne, ce ne sont pas moins de 1600 pompistes qui risquent de mettre la clé sous la porte faute de financement. Et ce problème ne se limite pas qu'à la campagne mais concerne aussi les grandes agglomérations. Ainsi, à Paris et en région parisienne, si rien n’est fait, d'ici 2020, il n'y aura plus que 39 stations-services contre 137 aujourd'hui.

1000 euros par mois pour un pompiste indépendant

Le nombre total de stations-services a déjà été divisé par 3 en 30 ans. Et il ne reste plus que 5000 "petites" stations-services indépendantes. La conséquence directe : dans les zones rurales, la station-service la plus proche est bien souvent à plusieurs kilomètres. Et les petits exploitants, dont la plupart ne gagne pas plus de 1 000 euros par mois, s'estiment d'autant plus lésés qu'ils doivent faire face à une concurrence toujours plus grande pratiquée par les grandes surfaces. La plupart ne gagnent pas plus de 1000 euros par mois. La FNAA demande au gouvernement un plan d'aide de 35 millions d'euros sur 3 ans, dont 9 millions d’euros d'aide pour la mise en conformité des petites stations et éviter leur disparition.

« Il faut qu’ils arrêtent avec leurs normes européennes »

« C’est fini, je vais m’arrêter », regrette Jacky Régula pompiste aux Mages dans le Gard. Il tient l'une des dernières stations-services indépendantes des Cévènnes mais cela pourrait ne pas durer. « On est en train de tout détruire, explique-t-il. Il faut qu’ils arrêtent avec leurs normes européennes. On nous demande des sommes phénoménales, des contraintes d’investissements de l’ordre de 15 000, 30 000, 50 000 euros. On ne peut pas. Le gros souci, c’est que j’ai deux personnes avec moi qui vont se retrouver au chômage. A la fin de l’année je serai la dernière station-service entre Saint-Ambroix et Alès. Cela veut dire que certains clients vont devoir parcourir 25 km pour aller chercher leur essence et revenir chez eux. Vous trouvez cela normal ? On rend service, on est un service de proximité. Moi je vais mettre la clé sous la porte. C’est clair ».

« Je fais 100 heures de boulot par semaine »

Même s'il parvient à trouver le financement pour ses travaux de mise aux normes, la situation telle qu'elle est aujourd'hui est invivable pour Philippe Bernardeau qui tient une petite station-service à Neuville-de-Poitou en Poitou-Charentes. « On survit. On est payé 4 centimes du litre. Là-dessus, il faut que je paye mes charges et mon personnel, mes assurances… finalement je ne touche qu’un petit 1 000 euros. Et je fais 100 heures de boulot par semaine. C’est mon boulot, c’est comme ça. Passé 50 ans, je ne peux plus faire grand-chose alors je serre les dents. Mais un repreneur en 2013, je n’en trouverai pas. Il faudrait être kamikaze ».

Tugdual de Dieuleveult avec P. Baduel