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Inceste : Lydia Gouardo témoigne

Plusieurs fois, les services hospitaliers, de protection de l'enfance et des affaires familiales auraient pu connaitre la situation de Lydia.

Plusieurs fois, les services hospitaliers, de protection de l'enfance et des affaires familiales auraient pu connaitre la situation de Lydia. - -

Cette femme de 45 ans, violée et séquestrée par son beau-père pendant 28 ans, raconte l'indifférence de ses voisins, des pouvoirs publics et des services de santé. Edifiant.


Jean-Jacques Bourdin : Pourquoi venez-vous témoigner Lydia ?
Lydia Gouardo : Pour que les gens regardent un peu ce qui se passe en dehors de chez eux. Et qu'ils nous aident quand il se passe quelque chose.

J-J B : Que les gens arrêtent d'être indifférents à ce qui se passe près de chez eux ?
L G : Oui, ça ferait du bien, ça m'aurait sauvée.

J-J B : Vous dites « mon adolescence a commencé à l'âge de 45 ans » ?
L G : Je découvre tout.

J-J B : Qu'est-ce que vous découvrez ?
L G : La vie. Et elle est belle, la vie. Je m'amuse avec ma fille, je fais du shopping, je goûte de nouveaux aliments, je fais plein de choses.

J-J B : On commence à connaître votre histoire Lydia : de 1971 à 1999 vous avez été violée et torturée par votre père, légal mais pas biologique, il faut le préciser
L G : Oui, il m'a légalement reconnu mais ce n'est pas mon père biologique.

J-J B : Cet homme, que vous appelez le « vieux » est décédé depuis quand ?
L G : En 1999.

J-J B : Beaucoup de gens demandent pourquoi vous n'êtes pas partie avant ?
L G : Je ne pouvais pas. A chaque fois que j'ai fait des fugues, petite, on m'a ramenée.

J-J B : Qui vous ramenait chez vous ?
L G : Les gendarmes, les éducateurs, le juge pour enfant.

J-J B : Ce qui veut dire que la société n'a pas voulu vous prendre en charge. Tout le monde savait ?
L G : Oui, et s'ils m'avaient aidé je ne serais pas là.
Sylvain (son compagnon) : C'est un constat, depuis huit ans que je me bats avec elle, à ses côtés, je ne fais que constater que les voisins, les villages proches, les gens aux alentours connaissaient sa situation. Et personne n'a rien fait.

J-J B : Tout le monde savait et personne n'est intervenu ?
L G : Non. C'est pire que la dame en Autriche qui était enfermée mais dont personne n'était au courant de la situation.
Sylvain : Il y a eu un jour un contrôle de la CAF à domicile. La personne a demandé à Lydia si le "vieux" en question était encore vivant : sinon elle ne venait pas parce qu'elle avait peur.

J-J B : Quels sont les rapports que vous avez aujourd'hui avec vos enfants ?
L G : Au départ ça allait très mal parce que je ne les connaissais pas.

J-J B : Quels âges ont-ils ?
L G : 26 ans c'est l'aîné. Ils s'appellent tous Raymond.

J-J B : Le père a exigé que tous les enfants s'appellent Raymond ?
L G : Oui. Ce qui m'énerve c'est que dans les carnets de santé il y a marqué quand il me mettait enceinte, quand mes dernières règles étaient finies, tout quoi... Et ce sont des enfants qui ont été suivis par la PMI.

J-J B : Mais quand vous étiez à l'hôpital, quand vous accouchiez, on vous demandait qui était le père ?
L G : Mon père disait que c'était lui.

J-J B : Et personne ne s'est ému de ça ?
L G : Non, parce que quand on lui demandait qui était le père, il répondait que c'était lui puisqu'il le nourrirait, il s'en occuperait, et il disait que je serais incapable de le faire. Donc on restait là dessus et c'est tout.

J-J B : Et personne ne bougeait ?
L G : Non.

J-J B : C'est une histoire tristement incroyable...
Sylvain : Apparemment, j'ai cru comprendre que sa defense (ndlr : du beau-père) était de la faire passer pour une folle qui fuguait, qui se faisait mettre enceinte.

J-J B : Mais lorsque vous fuguiez, vous racontiez votre histoire ?
L G : Non. Et meme quand je le disais on ne le croyait pas. Pour nous ce n'était pas un truc que l'on pouvait dire parce que c'était la vie,

J-J B : C'était entré dans les moeurs si je puis dire, c'était normal pour le quartier et les entourages ?
L G : Oui.

J-J B : Les voisins se taisaient ?
L G : Oui, même le maire.
Sylvain : Il a répondu à un journaliste qu'il était parfaitement au courant, que tout le village savait, et que de toute façon c'était une famille d'indésirables. Qu'ils ont toujours bien fait attention à ne pas regarder ce qu'il s'est passé.

J-J B : Et aujourd'hui que vous disent tous ces voisins, le maire et les autres ?
L G : Ils ne me parlent plus depuis que des journalistes sont venus. Ils ne disent plus bonjour.

La rédaction-Bourdin & Co