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Inauguration du MACTe en Guadeloupe: un centre contre l'esclavage qui fait réagir

Si le projet du Mémorial séduit sur le fond, son coût, 83 millions d'euros, a soulevé une polémique dans un département frappé par 25% de chômage.

A l'entrée de la baie de Pointe-à-Pitre est sortie de terre une oeuvre architecturale singulière: le Mémorial ACTe, un lieu d'expression sur l'esclavage qui ambitionne d'apaiser cette mémoire douloureuse en Guadeloupe et au-delà. Un investissement qui soulève des questions dans un département où le taux e chômage atteint des sommets. François Hollande l'inaugurera dimanche, journée nationale de commémoration de la traite et des abolitions, en présence d'une trentaine de dirigeants africains et caribéens.

Si ces derniers soutiennent le principe de réparations pour les descendants d'esclaves, le président français a toujours dit son opposition à l'"impossible réparation" de ce que la France considère comme crime contre l'humanité. Parler de réparation "s'apparentera à de la repentance, et Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen diront 'c'est ça la gauche'", explique Victorin Lurel, président de la région Guadeloupe qui a porté depuis 10 ans ce projet de plus grand centre dédié au monde.

La culpabilisation des nations esclavagistes n'est d'ailleurs pas le propos du Mémorial, qui entend plutôt rappeler que "l'esclavage est un phénomène partagé par l'humanité depuis des millénaires", souligne Thierry L'Etang, responsable du projet scientifique, qui a travaillé avec le scénographe François Confino. Le centre - "pas un musée", insiste l'anthropologue - met en lumière aussi des parcours moins connus de nègres marrons (esclaves fugitifs, ndlr), flibustiers, rebelles qui ont jalonné l'histoire passée, et donne la parole à des artistes contemporains. Sur plus de trois hectares, le Mémorial ACTe, déjà surnommé "MACTe", déploie ses 7.800 m2 de bâti dont 2.500 m2 d'exposition. 

83 millions d'euros

Le MACTe, partant des Amérindiens qui peuplaient les Antilles pour finir sur les formes modernes d'esclavage, du travail des enfants au trafic d'êtres humains, veut "construire un discours apaisé, réconcilier les mémoires" alors que cette mémoire "s'est peu dite ouvertement dans les outre-mer mais a irrigué souterrainement nos sociétés antillaises", pense l'historienne Myriam Cottias, présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE).

Si le Mémorial ACTe enthousiasme plutôt dans sa dimension culturelle, des voix s'élèvent pour dénoncer son coût (83 millions d'euros dont 40 supportés par la Région) et son opportunité loin des préoccupations quotidiennes dans un département frappé d'un taux de chômage de plus de 25%.

"Beaucoup de gens n'en voulaient pas dans cette forme, peut-être par peur de la manière d'aborder l'histoire. La question n'est pas de faire ressortir des problèmes entre Blancs et Noirs mais on a gommé de l'esprit des gens d'où ils venaient, il faut se réapproprier cette histoire, c'est important pour les jeunes", croit Mehdi Keïta, président de l'association des amis du MACTe. Implanté sur la friche d'une ancienne usine de sucre, le MACTe génèrera 35 emplois directs qui devraient, selon les engagements du maire et de la Région, profiter aux jeunes du quartier.

la rédaction avec AFP