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Impressions bloquées, journalistes agressés: les médias de nouveau pris pour cible

Des organes de presse ont été pris pour cible dans la nuit de vendredi à samedi

Des organes de presse ont été pris pour cible dans la nuit de vendredi à samedi - LUDOVIC MARIN / AFP

Les gilets jaunes, qui manifestent une vive défiance envers les médias traditionnels, ont mené plusieurs actions dans la nuit de vendredi à samedi contre des titres régionaux. Samedi, des confrères de LCI ont également été agressés à Rouen.

Plusieurs journaux et journalistes ont de nouveau été pris pour cible, ce week-end, en marge de la 9e journée de mobilisation nationale des gilets jaunes. À Auxerre, ils s'en sont notamment pris au centre de d'impression de l'Yonne Républicaine.

"Peu avant minuit, ils se sont rassemblés devant le centre d'impression, empêchant la sortie des camions de livraison, avant de brûler sur place des palettes. Le climat sur place était tendu", a indiqué la rédaction en chef du quotidien régional.

Plusieurs livraisons de quotidiens régionaux du groupe Centre France imprimés sur place ont été empêchées, notamment celles du Journal du Centre et celle d'une édition de la République du Centre. "Celles de L'Echo Républicain ont pu partir à temps tandis que celles de l'Yonne Républicaine pour les éditions d'Auxerre et de Sens ont pris du retard", a précisé la même source. Les manifestants, "dont certains étaient encagoulés", ont été délogés par les forces de l'ordre vers 3 heures du matin, selon le journal. De "légères échauffourées" ont alors éclaté avant un retour rapide au calme.

Un dépôt de La Voix du Nord visé

Au même moment, d'autres gilets jaunes bloquaient un dépôt de La Voix du Nord à Anzin (Nord), empêchant la distribution de 20.000 exemplaires du journal, selon la direction. L'accès à cette plate-forme de livraison située près de Valenciennes "a été bloqué par une trentaine de manifestants qui menaçaient de brûler le camion" en provenance de l'imprimerie, a déclaré le directeur de la publication, Gabriel d'Harcourt.

Malgré l'intervention de la police pour faire évacuer les lieux, quelque 20.000 journaux n'ont pas pu être distribués dans le secteur du Valenciennois. Le quotidien régional a annoncé sur son site Internet qu'une plainte serait déposée. "On est dans la menace, la violence physique et l'intimidation individuelle auprès de gens qui se lèvent toutes les nuits pour assurer la distribution et se retrouvent insultés", a déploré Gabriel d'Harcourt.

"On sent quelque chose de malsain qui monte, dans les attitudes vis-à-vis de nos journalistes, le comportement face à nos agences", "et ce sans aucun motif", constate le directeur de la publication. "En tant que média de proximité, nous essayons justement d'exposer les problèmes dans les territoires, donner la parole aux gens qui ne l'ont pas souvent et créer du lien", continue ce dernier.

"Priver nos lecteurs de leur journal en bloquant sa livraison revient à leur interdire de s'informer comme ils le souhaitent. Curieuse conception de la démocratie", a pour sa part tweeté Patrick Jankielewicz, rédacteur en chef.

Des équipes de LCI et France 3 agressées

Au-delà de ces blocages, des journalistes de LCI et de France 3 Normandie ont été pris à partie samedi en marge de la mobilisation des gilets jaunes à Rouen. "L'une de nos équipes a été agressée. Ils étaient avec deux agents de sécurité. L'un de ces agents de sécurité est examiné à l'hôpital", a indiqué LCI dans un communiqué.

Sur Twitter, Laurent Nunez, le Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, a écrit qu'une plainte avait été déposée. "Tout est mis en oeuvre pour livrer leurs agresseurs à la justice", a précisé ce dernier.

Colère envers les médias

Ces blocages et agressions s'ajoutent à d'autres ces dernières semaines sur le territoire. Le 4 janvier, quatre personnes avaient été interpellées après une tentative de blocage par une cinquantaine de gilets jaunes du siège de L'Est Républicain.

Fin décembre, plusieurs éditions de journaux du groupe Ouest-France n'avaient pu être distribuées, après un blocage par des gilets jaunes des camions à la sortie d'une imprimerie. Depuis le début du mouvement, la colère des "gilets jaunes" s'est fréquemment tournée contre les médias, accusés de "collaborer" avec le gouvernement.

Valentine Arama avec AFP