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Hacker le cerveau humain? la mise en garde d'un médecin français

L'exposition C3RV34U, à la Cité des Sciences à Paris, le 15 septembre 2014.

L'exposition C3RV34U, à la Cité des Sciences à Paris, le 15 septembre 2014. - Lionel Bonaventure - AFP

L'augmentation de nos capacités biologiques grâce aux technologies pourrait aboutir à une fusion de l'intelligence artificielle avec l'intelligence humaine. Telle est la thèse d'un médecin français qui s'inquiète de cette avancée vertigineuse, conduite par les géants du web.

Futur proche ou science-fiction? Le docteur Laurent Alexandre a renouvelé sa mise en garde contre le "hacking" (ou piratage) du cerveau, lors des Assises de la sécurité et des systèmes d’information, comme l’a repéré cette semaine le site Sciences et Avenir.

Dans une vidéo d'un peu moins d'une heure, le médecin alerte contre le pouvoir des "Gafa" - autrement dit Google, Apple, Facebook et Amazon -, qui développent actuellement des outils qui seront bientôt capables de manipuler le cerveau humain. On le sait, les technologies auront un impact sur nos vies personnelles. Mais à quel point?

Lire le cerveau

Convaincu que les neurosciences et l’informatique sont en train de fusionner – "parce qu’un cerveau c’est un ordinateur fait de viande", Laurent Alexandre rappelle que "notre identité est fondée sur notre cerveau". Certes, assure-t-il, le hacking commence dès l’enseignement, avec la volonté de créer de nouvelles synapses et de nouveaux neurones, mais la différence aujourd'hui est que le neuro-hacking est en train d’être industrialisé.

Le premier aspect du "neuro-contrôlage", d’après l’auteur de "La mort de la mort", serait la lecture du cerveau, considéré jusque là comme un sanctuaire. "L’intelligence artificielle forte n’existe pas encore", concède-t-il, mais les objets connectés qui nous entourent sont déjà "des extensions" de notre corps et de notre cerveau. Le séquençage ADN, les enregistrements cérébraux, fournissent potentiellement des informations sur notre structure mentale et psychologique.

Plus simplement, les recherches effectuées sur Internet, les données sur les réseaux sociaux, les mouvements des yeux dans des Google Glass, le dossier médical, sont également des sources de données sur le fonctionnement de notre cerveau. 

Modifier le cerveau

Après la lecture des données cérébrales, vient la manipulation du cerveau, explique le conférencier. Cela commence par les prothèses électroniques qui donnent un accès à notre intimité cérébrale. Les implants pour mieux entendre, mieux voir, lutter contre Parkinson peuvent être piratés. "En hackant ces dispositifs, on peut donner des hallucinations à quelqu’un", illustre Laurent Alexandre avant de rappeler que "chez l’animal, on commence à modifier, supprimer des souvenirs".

Parmi les leaders de ces recherches, "Google est le vrai, le seul neuro-révolutionnaire", pointe Laurent Alexandre. Selon lui, l'objectif du géant de la Silicon Valley est clair: la fusion de la neurologie et de l’intelligence artificielle. Mémoire de substitution à travers le cloud, augmentation des sens par la robotique, puis pensée "hybride" ou augmentée. Et enfin, au bout du compte, la possibilité d’ "uploader le cerveau dans la matrice".

Cette perspective qui donne le frisson se rapprocherait à grands pas. Laurent Alexandre en est convaincu: la connaissance du cerveau "va progresser très vite" vers la "transparence cérébrale totale". Au point qu'à terme, "il n’y aura pas de différence entre l’intelligence artificielle et l’intelligence biologique" et que la cyber-sécurité pourrait devenir "le premier des droits de homme".

D'autres lanceurs d'alerte

Des projections crédibles ou pas? En tout cas Laurent Alexandre alerte sur ce sujet depuis bien longtemps. Sciences et Avenir revient son CV "presque louche" tant il force l'admiration: chirurgien-urologue, neurobiologiste, diplômé de Sciences Po, de HEC et de l'ENA, fondateur de Doctissimo.fr et d'une dizaine d'autres entreprises, il dirige aujourd'hui DNAVision, une entreprise spécialisée dans le décryptage du génome humain.

Et il n'est pas le seul à appeler à la réflexion. Le célèbre physicien Stephen Hawking publiait au mois de mai dernier une tribune dans The Independent, mettant en garde contre l'intelligence artificielle, "la meilleure ou la pire chose qui puisse arriver à l'humanité". Ray Kurzweil, théoricien du trans-humanisme qui travaille désormais pour Google le dit ouvertement, il faut "se préparer à la pensée hybride". A défaut de savoir comment s'y préparer efficacement, rien n'empêche d'ores et déjà d'y réfléchir.

Aurélie Delmas