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"Frapper son enfant, c'est tout sauf de l'éducation"

Le Dr Lazimi, coordinateur de la campagne contre les "violences éducatives ordinaires".

Le Dr Lazimi, coordinateur de la campagne contre les "violences éducatives ordinaires". - -

INTERVIEW - À l'occasion de la campagne télévisée contre "les violences éducatives ordinaires", BFMTV reçoit le Dr Gilles Lazimi, coordinateur de la campagne.

Gifler ou donner une fessée à un enfant n'a rien d'anodin. C'est ce que veut montrer une campagne publicitaire lancée mardi, réalisée par la Fondation pour l'enfance, contre "les violences éducatives ordinaires". À cette occasion, BFMTV a interrogé le Dr Gilles Lazimi, coordinateur de la campagne.

Pourquoi interdire les gifles et les fessées?

En France aujourd'hui, frapper un adulte, c'est puni par la loi, frapper un animal, c'est de la torture, mais frapper son enfant au sein de son foyer, ça serait de l'éducation. C'est tout sauf de l'éducation. Les enfants ne doivent pas recevoir de coups, quels qu'ils soient.

C'est difficile d'être parent, on n'a pas appris à l'être et on est parent avec l'enfant que l'on a été. Ça veut dire qu'on reproduit. Cette campagne est là pour montrer qu'il n'y a pas de petite claque.

Pourtant, 85% des parents donnent une gifle ou une fessée occasionnellement

C'est inutile, dangereux, inefficace et cela va avoir une incidence sur certains enfants et poser problème plus tard. Pourquoi prendre ce risque? Comment justifier un geste de violence? Vous n'accepteriez pas de recevoir un coup. Comment se fait-il qu'on accepte et qu'on tolère qu'un enfant reçoive un coup. C'est absolument fou d'un point de vue éthique.

C'est un être en construction, en développement, qui a des neurones en place, qui a un cerveau de 300 grammes, qui va monter à un kilo. Il a besoin de connexions, il a besoin d'amour, il a besoin d'exemplarité et on peut éduquer sans violence. Il faut apprendre aux parents que ce n'est pas nécessaire, que ça va gâcher la relation.

C'est quelque chose qu'on fait sans penser à mal. Tous les parents que nous sommes ont été éduqués avec ces gestes et ça nous perturbe. On pense que ça nous a été utile, qu'on s'en est bien sortis. Peut-être qu'on s'en serait encore mieux sortis si on n'avait pas reçu ces coups.

Quelles conséquences peuvent avoir une gifle?

Tout geste de violence peut avoir des conséquences sur l'enfant. 50% des parents frappent avant l'âge de deux ans. Qu'est ce qu'un enfant de six mois un an ou deux ans peut comprendre? Il ne comprend pas, il est sidéré, il a peur. Ça va être ancré dans sa chair, il peut avoir des traumatismes physiques. On va secouer un peu son cerveau et on va empêcher les connexions neuronales.

Que faire en cas d'énervement?

On se met en retrait, on réfléchit calmement, on parle avec l'enfant. Il faut être positif, il faut se calmer, il faut se maîtriser. Si on est maîtrisé, on apprend la maîtrise à son enfant. Il n'est pas question d'être laxiste. Il faut dire non quand il faut, oui quand il faut.

Il faut laisser l'enfant s'exprimer, parler de ses émotions. Il a le droit de pleurer, il a le droit de râler, comme nous quand on n'est pas content, et ce n'est pas pour ça qu'on va lui mettre une taloche, ça peut être négatif et dangereux.

M.R. avec Ronald Guintrange et Karine de Ménonville