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Faut-il se fier aux dates de péremption?

Faire ses courses et comprendre les étiquettes, c'est souvent casse-tête.

Faire ses courses et comprendre les étiquettes, c'est souvent casse-tête. - -

Plusieurs dates pour un même produit, manque de lisibilité, le gouvernement tente de mettre de l'ordre dans les étiquettes apposées par les industriels. Les associations demandent une remise à plat du système.

La limite de consommation de votre yaourt est dépassée, pouvez-vous encore le manger? On n’approche pas encore de la date indiquée sur votre paquet de biscuits et ceux-ci sont mous... Est-ce normal? Pas toujours très simple de s’y retrouver dans le dédale des étiquettes, surtout lorsque l’on apprend qu’un même produit peut avoir deux dates de péremption différentes... Alors, à quoi se fier? Eléments de réponse.

> Un même produit, deux dates!

L’information a sans doute retenu votre attention. Une loi promulguée début juin impose qu’un produit alimentaire devra, sous 6 mois, porter la même date limite de consommation, quel que soit l’endroit où il est commercialisé. Eh oui car, comme l’a expliqué Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, a rappelé que certains yaourts ont une date fixée à 30 jours après leur fabrication en métropole alors qu’ils bénéficient d’un délai de 50 jours en Outre-mer.

Désormais, tout devra être harmonisé. Mais l’annonce n’a pas manqué de susciter des inquiétudes. Cela ne voudrait-il pas dire que manger un yaourt en Guadeloupe présente plus de risques qu’à Paris ou qu’un fromage râpé à la Réunion est plus susceptible de vous rendre malade qu’à Bordeaux?

"Les industriels ne peuvent pas prendre ce risque", estime Charles Pernin, chargé de mission alimentation et santé à l'association CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), contacté par BFMTV.com. "Ce qui indiquerait plutôt que les dates dans les DOM garantissent effectivement la sécurité sanitaire mais qu'on nous vend, en métropole, des produits à dates raccourcies pour assurer un certain niveau de rotation et de réapprovisionnement dans les rayons." En clair, une astuce des industriels pour inciter à la consommation.

"Cela répond au comportement du consommateur", nuance Olivier Dauvers, journaliste spécialiste de la grande distribution, également contacté par BFMTV.com. "On est dans une civilisation qui ne veut prendre aucun risque, sinon c'est tout de suite le scandale et on cultive l'idée qu'il faut toujours plus de fraîcheur. Un mouvement auquel les industriels s'adaptent."

Car les producteurs sont responsables des dates qu'ils choisissent, en fonction de leurs propres analyses et de leurs propres connaissances de leurs produits. "Mais il faudrait que cela soit uniquement basé sur des critères sanitaires, pas sur des questions de marketing. Cela pose un problème de loyauté de l'information du consommateur", estime Charles Pernin.

> DLC, DLUO, quelle différence?

Autre souci rencontré au quotidien: quelle est la différence entre “à consommer jusqu’au...” ou “à consommer de préférence avant...”? Pas toujours très clair de saisir la différence et de savoir ce que l’on peut manger sans danger ou ce qu’il faut jeter sans tarder.

Dans les faits, il existe deux sortes de dates de péremption:

• La DLC (date limite de consommation), indiquée par la formule "à consommer jusqu'au..." ou "avant le...", indique un jour au-delà duquel la consommation du produit peut présenter un risque sanitaire, en raison du développement de bactéries. Une fois cette date dépassée, les produits ne peuvent plus être vendus. La DLC concerne les viandes, les produits laitiers, les oeufs,...

• La DLUO (date limite d’utilisation optimale), indiquée par une formule du genre "à utiliser de préférence avant le..." indique la durée de vie du produit dans les meilleures conditions gustatives et nutritionnelles. Au-delà, les produits ne présentent pas de risque mais peuvent être moins bons, perdre leurs vitamines, prendre un aspect moins appétissant. La DLUO concerne les aliments secs, les boissons, les conserves...

> La grande confusion...

"On se rend bien compte que le consommateur ne connaît pas toujours la différence et qu'il a tendance à jeter des produits dont la DLUO est atteinte, y compris dans des emballages intacts", regrette Charles Pernin. Il faut dire que DLC et DLUO sont souvent présentées de la même manière visuellement. "On trouve même des DLUO à plus de 12 mois de la date de fabrication qui sont inscrites au jour près...", s'indigne le représentant de la CLCV. Autrement dit, on donne l'impression d'une urgence à consommer sur un produit qui peut être conservé bien au-delà.

"Dans certains cas, culture du frais oblige, des produits portent une DLC courte alors qu'ils pourraient simplement être soumis à une DLUO", explique Olivier Dauvers qui cite les compotes et jus de fruits vendus au rayon frais et qui pourraient, selon lui, être consommés bien au-delà de la date indiquée.

Dans le cadre de son pacte contre le gaspillage alimentaire présenté ce vendredi, le gouvernement devrait proposer des solutions pour améliorer la lisibilité des étiquettes. La CLCV a, elle, quelques idées à ce sujet. "Il faudrait simplement remettre l'intégralité du système à plat, supprimer les DLUO qui ne servent à rien comme sur les pâtes ou le riz, rallonger les DLC pour des produits dont on sait qu'ils peuvent être consommés bien après la date comme les yaourts nature. On pourrait aussi indiquer les DLC en rouge, montrer qu'elles sont impératives et les DLUO en vert en expliquant qu'elles sont indicatives.", détaille Charles Pernin.

> Alors, on les respecte ou non?

"Oui, les dates de péremption sont une bonne indication. Ce qui n'exclut pas le fait que l'on puisse prendre des libertés", répond Olivier Dauvers. "Mais attention aux produits. Les produits laitiers sont bien plus stabilisés maintenant qu'il y a 10 ou 15 ans, on peut se permettre de dépasser le date limite de consommation. Avec la viande, hors de question. C'est bien trop dangereux", détaille le journaliste.

"J'aurais tendance à dire oui absolument pour les produits périssables et moins pour les produits non périssables. Mais tant qu'on restera dans le flou, ce sera difficile d'avoir une réponse tranchée", réplique Charles Pernin qui indique que les demandes de clarification de la part de la CLCV se sont heurtées à la "crispation" des industriels sur le sujet, peu enclins à expliquer quelles méthodes ils utilisent pour calculer les dates limites qu'ils apposent sur leurs produits.

Tous les deux s'accordent sur un point: au-delà de la date de péremption, la sécurité sanitaire est assurée par les conditions de stockage des produits. Le respect de la chaîne du froid ou la conservation intacte des emballages d'origine sont autant de critères qui permettent de s'alimenter sans danger.

Violaine Domon