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Extinction Rebellion : le principe de non-violence

Manifestation du mouvement Extinction Rebellion, rue de Rivoli à Paris, le 10 octobre 2019.

Manifestation du mouvement Extinction Rebellion, rue de Rivoli à Paris, le 10 octobre 2019. - BERTRAND GUAY / AFP

Au sein d'Extinction Rebellion, le credo de la non-violence a séduit de nombreux nouveaux adhérents. Mais cette position est loin d'être soutenue par les autres collectifs de militants, notamment à l'égard des forces de l'ordre.

Bottes de foin, tentes, pianos... Depuis lundi, le centre de Paris est investi par quelques centaines d'activistes du mouvement de désobéissance civile et écologiste Extinction Rebellion (XR). Sur la place du Châtelet, le Pont au Change ou rue de Rivoli, les militants bloquent des points de passage en plein cœur de la capitale. Le but: "alerter sur l'urgence climatique et le système de domination économique et politique".

Le credo de la non-violence a séduit de nombreux nouveaux membres. Mais cette position est loin de faire l'unanimité dans le milieu militant. Tandis que certains sont attachés au pacifisme du mouvement, d'autres reconnaissent la nécessité de légitimer des actions "coups de poing".

"Harpon, revient, il en manque plein"

Né en Grande-Bretagne en octobre 2018, Extinction Rebellion (XR) se présente comme un “mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique”, désormais installé dans 56 pays. Sur son site internet français, XR indique que la non-violence est l’un des dix principes auxquels doivent adhérer ses membres: 

“Nous sommes un réseau non-violent. En utilisant une stratégie et des tactiques non-violentes comme le moyen le plus efficace de provoquer le changement”, affirme-t-il.

Samedi, la pierre angulaire du mouvement a été fragilisée par la découverte de plusieurs tags anti-police lors de l'occupation du centre commercial Italie 2, à Paris. "Harpon, revient, il en manque plein", "Couteau en céramique" ou "Nique la bac" ont notamment été inscrits sur des vitrines de commerces, ce qui a motivé le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour "apologie du terrorisme".

La police, "une amie"

Rapidement nettoyées ou recouvertes par des affiches aux slogans moins radicaux, les inscriptions ont en tout cas mis en lumière le débat, vif, que suscite le sujet. Tandis que certains soutiennent ces propos, les justifiant par les violences policières lors de manifestations, d'autres, comme Martin, estime qu'il ne "faut pas rentrer dans ce jeu-là".

"Il faut voir la police comme une amie dans le nouveau système qu'on veut créer", affirme-t-il à BFMTV.com. 

L'activiste reconnaît que cette position n'est pas partagée par tous au sein du mouvement: "Il y a des divergences de stratégie", avec une minorité, tient-il à souligner. Ce dernier s'applique en tout cas à retirer tous les messages haineux ou participant à une "violence morale", inscrits en parallèle des occupations.

La non-violence "légitime la répression"

Quitte à s'attirer les foudres d'autres collectifs d'extrême-gauche. Une tribune rédigée par des membres de Désobéissance Ecolo Paris, et signée par les collectifs CTA, Cerveaux non disponibles, le CLAQ, et le Comité Adama dénonce le choix d'Extinction Rebellion "d'évaluer strictement de la même manière" toutes les violences, dont celle de la police. Une "non-violence jusqu’au-boutiste et intolérante" qui peut être "dangereuse", alertent-ils. Sur Twitter, le site Nantes Révoltée fustige un mouvement qui n'est "en aucun cas une rébellion".

Un point de vue partagé par le site d'informations Révolution Permanente. Ce refus d'un quelconque affrontement avec la police "légitime la répression":

"Cette prise de position désarme le mouvement car elle légitime la répression que subissent les mouvements sociaux", juge le média d'extrême-gauche. "Une erreur au moment où il s’agirait au contraire de dénoncer la politique liberticide et répressive du gouvernement et de renforcer le lien avec les autres secteurs qui se sont mobilisés, à commencer par les gilets jaunes qui sont dans leur grande majorité préoccupés par les questions climatiques", abonde-t-il.

"Nous on se fait démonter la gueule tous les week-ends"

Si une tente de gilets jaunes est actuellement présente place du Châtelet, les leaders refusent de s'associer officiellement aux actions de XR, qui sont, pour l'instant, tolérées par les autorités.

"Ils débarquent après dix mois de mouvement social des gilets jaunes où nous on se fait démonter la gueule tous les week-ends. (...) Tu peux bloquer Paris quand t'es Extinction Rebellion, quand t’es gilets jaunes tu peux pas”, s'agace Maxime Nicolle, dans une vidéo diffusée mardi.

Il craint que les autorités retournent les actions pacifiques des premiers contre les manifestations, souvent émaillées de violences, des seconds: “Vous avez vu, Extinction Rebellion ils ont réussi à faire les choses correctement, sans débordement, sans casse”, entend-il déjà dire les forces de l'ordre.

"On perd des gens qui sont profondément anti-police", assume Martin, qui reconnaît que le mouvement évolue dans un paradoxe. Celui de refuser de s'associer aux partisans de l'action violente avec la police, tout en se présentant comme un mouvement dont la philosophie est celle d'accueillir tout le monde.

Esther Paolini