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Expulsions, surpeuplement, sans-domicile: "Une année de sombres records" pour le mal-logement

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Dans son 25e rapport sur le mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre pointe du doigt "des tendances inquiétantes" concernant les expulsions, le nombre de personnes en attente de logements sociaux, ou encore l'augmentation du nombre de coupures d'énergie.

"Une année ponctuée de sombres records", peut-on lire dans le 25e rapport sur "l’état du mal-logement en France" de la fondation Abbé Pierre, publié ce jeudi. L'organisation a compilé différentes enquêtes sur le logement et différentes données administratives pour obtenir des chiffres, ou du moins des estimations, à propos des personnes mal-logées en France.

"En 2019, le mal-logement a donc encore frappé durement des centaines de milliers d’entre nous", est-il écrit dans l'introduction du rapport, et "certaines tendances inquiétantes se confirment. À bien des égards, 2019 aura été une année ponctuée de sombres records."
  • 4 millions de personnes mal-logées

La Fondation compte plus exactement 3.953.000 personnes mal logées en France, dont 900.000 privées de logement personnel. Ce dernier chiffre comprend les sans domicile, les personnes vivant dans des habitations de fortune, résidant à l'hôtel ou chez un tiers.

Parmi ces 4 millions de mal-logés, plus de 3 millions vivent "dans des conditions de logement très difficiles". Il s'agit d'habitations au surpeuplement accentué (manquent deux pièces par rapport à la norme de peuplement), ou encore en mauvais état.

Le rapport souligne également les 12,1 millions de personnes "fragilisées par rapport au logement". Cela concerne ceux en situation de précarité énergétique, en situation d’effort financier excessif pour payer le loyer ou encore en impayés.

Ces chiffres sont des estimations construites "à partir de chiffres essentiellement issus de notre exploitation de l’édition 2013 de l’enquête nationale Logement de l’Insee et de l’actualisation de données administratives", explique l'association.
  • +48 % d'expulsions en 12 ans

Parmi les derniers "sombres records" enregistrés par la Fondation, le nombre d'expulsions locatives "avec le concours de la force publique". 15.993 ménages ont ainsi été expulsés en 2018, soit une augmentation de 3% par rapport à 2017, "et sans doute deux à trois fois plus qui ont quitté leur domicile sous la pression de la procédure", note le rapport. Entre 2006 et 2018, les expulsions avec le concours de la force publique ont augmenté de 48 %.

"En 2018, près de 154.583 ménages ont été assignés en justice, dont plus de 146.000 pour impayés de loyers (+36 % par rapport à 2001), et 119.554 décisions d’expulsions ont été prononcées, dont plus de 115.000 pour impayés locatifs 39 (+42 % depuis 2001)", note le rapport.
"La précarité du logement ne tient pas tant à ses caractéristiques propres qu’à l’insécurité du statut d’occupation: expulsion possible à tout moment sans préavis, augmentation des tarifs au bon vouloir du gérant…", note le rapport.
  • Augmentation des coupures d'énergie

Le rapport souligne une "tendance inquiétante". D'après les données récupérées par la Fondation Abbé Pierre, en 2018, les fournisseurs d’électricité et de gaz ont déclaré la mise en oeuvre de 572.440 interventions pour impayés. Elles montaient à 549.387 en 2017, soit une hausse de 4,2 % sur un an.

De plus, "au premier semestre 2019, les interventions pour impayés (coupures ou réductions de puissance) ont augmenté de 18 % pour l’électricité et de 10 % pour le gaz".
  • 2,1 millions de ménages en attente d'un logement social

Fin 2018, 2.113.000 ménages étaient en attente d’obtenir l’unes des 500.000 places en HLM (Habitation à Loyer Modéré) qui sont attribuées chaque année. Ce chiffre est en augmentation de 2% depuis 2017.

De plus, "la production de logements sociaux en 2018 (108.612 logements financés) s’inscrit en baisse par rapport à 2017 (113.041 logements) et à 2016 (124.226 logements)", note la Fondation. En moyenne, seulement un demandeur de logement social sur quatre a obtenu satisfaction en 2018.

"Être demandeur Hlm n’implique pas forcément une situation de mal-logement, mais l’allongement de la file d’attente pour obtenir un logement social suggère une aggravation des tensions sur le marché du logement", précise le rapport.
  • L'augmentation du recours aux nuitées d'hôtel

Le recours à l'hébergement d'urgence que constituent les nuitées d'hôtel (accueil temporaire de personnes dans le besoin) est de plus en plus fréquent. En 2018, il s’élève à 48.733 nuitées hôtelières - surtout en Île-de-France - soit une hausse de plus de 7 % par rapport à 2017. À noter qu'entre 2010 et 2018, le nombre de places a énormément augmenté, en centre d'hébergement d'urgence (+179%) et en hôtel (+249%).

Mais il ne s'agit que de solutions temporaires, et pour la Fondation Abbé Pierre, ces logements ne sont que des "variables d'ajustement face à la saturation des dispositifs d'accueil" qui restent "insatisfaisants pour les personnes".

Salomé Vincendon