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Excédé par les vols dans sa boutique, un commerçant diffuse les visages des suspects

Conscient de l'illégalité de ses actes, le gérant espère malgré tout que la police et la justice feront le nécessaire pour retrouver les trois suspects.

"Ça coûtera ce que ça coûtera, mais j’assume ce que j’ai fait." Dirigeant d’un magasin de vêtements à Amiens, Jérôme Jean est un commerçant en colère. Dans sa ligne de mire, plusieurs individus qui ont volé des vêtements dans son magasin. Le 10 janvier dernier, 700 euros de textiles ont été dérobés en l'espace de quelques minutes seulement par trois personnes.

"Il fallait faire bouger les lignes"

Alors en réponse, le gérant a décidé de diffuser les images de vidéosurveillance des vols sur les réseaux sociaux, et ce sans flouter le visage des contrevenants. Pour cela, en vertu du Code pénal, il risque jusqu'à un an de prison et 45.000 euros d’amende pour "atteinte à la vie privée par la diffusion d'images."

"Même si je n’ai pas le droit, on s’est dit qu’il fallait faire bouger les lignes, donc j’ai pris la décision de diffuser les images de vidéosurveillance sur les réseaux sociaux", explique-t-il auprès de BFMTV.

Un réseau organisé?

Jérôme Jean a accepté de commenter les images de vidéosurveillance du 10 janvier. Dans un premier temps, un individu entre dans la boutique et "se met dans une partie du magasin (de 100m², NDLR) où il n’y a pas grand monde"

"Il prend un tee-shirt et juste, derrière, une doudoune sans manche. Il regarde ce qu'il se passe, il fait semblant d’être un client et il le fait bien d’ailleurs. Rapidement, il plie la doudoune et la met dans son sac, il ferme son sac, et il ressort du magasin", détaille-t-il.

Quelques minutes plus tard, un couple fait irruption dans la boutique. Cette succession d"événements fait dire à Jérôme Jean "que ce sont des gens organisés." Dans ce cas précis, les individus se dirigent directement "vers les parkas."

"On surveille les vendeurs, les vendeuses, et de façon très rapide, on met les deux parkas à l’intérieur du sac et on repart aussi rapidement qu’on est arrivé", décrit encore le gérant.

En ce qui concerne les antivols, les habits en étaient bien pourvus, mais "ces gens-là ont toujours un temps d’avance. Ils sont équipés de sacs qui permettent de couper toutes les liaisons qu’il y a avec nos systèmes de sécurité", indique Jérôme Jean.

Des faits loin d'être isolés. "Il y a quelque temps, quatre cuirs ont disparu, il y en avait pour 2500 euros", déplore-t-il encore.

Méthode dissuasive

Qu'attend Jérôme Jean de la diffusion de ces images sur les réseaux sociaux? Premièrement, le commerçant espère "qu’ils soient retrouvés" et "qu’ils nous rendent les vêtements."

"J’espère que la police et la justice feront en sorte qu’ils soient retrouvés et condamnés", martèle-t-il.

Jérôme Jean espère en outre que cette méthode dissuadera à l'avenir "les coutumiers de ce type d’actions." "Qu'ils aient peur de la police, de ce qu’ils risquent", prévient-il.

Car la recrudescence des vols de textiles est un fléau qui pèse lourd dans les comptes des entreprises. Cela représente entre 2 et 4% du chiffre d’affaires annuel d’un établissement comme le sien, soit "plusieurs millions d’euros en France de démarques, c'est insupportable", conclut le vendeur.

En vertu du Code pénal, un individu concerné par la diffusion de ces images pourrait en demander le retrait en référé. Cependant, compte tenu des images, il reconnaîtrait indirectement sa culpabilité.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV