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Effondrement d'un pont en Haute-Garonne: les ouvrages d'art sont-ils bien contrôlés en France?

Depuis plusieurs mois et la publication des conclusions d'un rapport d'une mission sur la sécurité de ces ouvrages d'art, de nombreux sénateurs tirent la sonnette d'alarme quant aux contrôles des ponts.

Quelques heures après l'effondrement d'un pont suspendu enjambant le Tarn, qui a causé la mort ce lundi d'une adolescente de 15 ans et blessé plusieurs autres personnes, de nombreuses questions se posent quant à l'entretien de ces structures, qui sont entre 200.000 et 250.000 sur le territoire français selon les estimations.

Des contrôles peu efficaces?

A l'heure actuelle, le contrôle des ponts se fait à trois échelles différentes. Une partie est gérée par l'Etat, qui en est responsable, mais dans la majeure partie des cas, cette tâche incombe aux services techniques des départements ou aux équipes communales.

Au niveau de l'État, un contrôle périodique annuel de ces ouvrages est organisé. Il peut être réalisé par les équipes chargées de l'entretien de la voirie sous réserve d'une formation préalable, souligne la Direction départementale des Territoires.

De plus, le Sénat rappelle dans le rapport de la mission d'information sur la sécurité des ponts, déposé en juin dernier, que l'Instruction technique pour la surveillance et l'entretien des ouvrages d'art (ITSEOA), établie en 1979, introduit trois niveaux d'intervention: décisionnel, organisationnel, et le plus important, opérationnel. Ce dernier permet l'intervention sur les ouvrages. 

Et c'est probablement là que le bât blesse. "En général, les départements ont des équipes en capacité de suivre leur état. Pour les communautés de communes, il n’y a pas les équipes pour cela. Dans l’Eure, on a découvert qu’il manquait un pilier dans un pont, les ponts sont méconnus", a souligné Hervé Maurey, sénateur UDI de l'Eure, sur BFMTV.

Ces manquements peuvent s'expliquer de différentes manières, mais, dans la majorité des cas, l'argument financier entre très largement en jeu. "Le niveau est très insuffisant dans l’entretien des ponts, on a fait des économies, les départements ont eu à faire à beaucoup de dépenses nouvelles, comme le RSA, ils ont dû faire des économies sur les infrastructures", a complété le sénateur.

25.000 ponts en mauvais état structurel

En août 2019, un an après la catastrophe de Gênes, en Italie, qui avait causé la mort de 43 personnes, un rapport d'une mission sénatoriale sur la sécurité de ces ouvrages d'art dressait un constat alarmant de ce côté-ci des Alpes. "Au moins 25.000 ponts sont en mauvais état structurel et posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers", expliquent les auteurs de la mission d'information présidée par ce même sénateur, Hervé Maurey.

Sur BFMTV, ce dernier a estimé qu'il aurait fallu "réagir avant qu'il n'y ait une catastrophe" et a demandé au gouvernement la mise en place "d'un Plan Marshall pour plus d'entretiens ainsi qu'un audit" de l'ensemble de ces structures. 

"Il y en a un bon nombre qu’on ne connait même pas, on a des ponts dont on ne connait pas l’état, il faut un diagnostic et qu’on puisse investir des sommes plus importantes pour assurer leur entretien", estime encore ce dernier, avançant la somme de 120 millions d'euros pour un audit courant sur une dizaine d'années. 

Vers un plan Marshall? 

Dans leur rapport, les sénateurs ont détaillé les moyens qu'ils souhaitaient voir mis en place pour la sécurisation des ponts. En plus des 120 millions d'euros, contre 45 millions en moyenne ces dernières années, ils appellent à créer un fonds d'aide aux collectivités locales, qui serait doté de 130 millions d'euros par an pendant dix ans - soit 1,3 milliard d'euros au total - en utilisant l'enveloppe jusqu'à présent dédiée à la mise en sécurité des tunnels (qui prendra fin en 2021).

Les sénateurs, qui ont sondé plusieurs centaines d'élus locaux, prônent également "une gestion patrimoniale des ponts", avec un meilleur suivi et une programmation des travaux nécessaires. Ils jugent également nécessaire d'"apporter une offre d'ingénierie aux collectivités territoriales en aidant les petites collectivités" et en favorisant la mutualisation de la gestion des ouvrages au niveau intercommunal ou départemental.

"Un pont est un patrimoine qui doit se gérer. De par un manque de prise en compte, ils ne sont pas gérés en tant que tel"; conclut sur BFMTV Patrick Chaize, sénateur LR de l’Ain, rapporteur de la mission d’information.
Hugo Septier