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Sur Facebook, les "stylos rouges" prennent de l'ampleur

La page des stylos rouges réunit près de 47.000 personnes ce vendredi.

La page des stylos rouges réunit près de 47.000 personnes ce vendredi. - Capture d'écran Facebook

Le groupe privé créé dans le courant du mois de décembre réunit à ce jour près de 47.000 personnes. Les "stylos rouges" rassemblent des personnels de l'éducation, et en particulier des enseignants, en colère.

A chacun sa couleur. Dans la foulée du mouvement des gilets jaunes, les personnels de l'éducation nationale ont choisi leur teinte pour exprimer sous une nouvelle forme la colère qu'ils sont nombreux à partager. Assumant leur distance vis-à-vis des syndicats, les "stylos rouges" sont apparus sur les réseaux sociaux au mois de décembre. Sur Facebook un groupe privé créé le 12 décembre réunit ce vendredi 46.841 personnes, contre 25.000 une semaine plus tôt. Il a été décliné depuis en plusieurs pages, dont une par exemple consacrée aux enseignants de l'Académie de Créteil, réputée comme l'une des plus difficiles, au point qu'elle peine à recruter. Sur Twitter, un compte suivi par un peu plus de 3000 personnes et un hashtag sont aussi apparus.

Depuis la rentrée scolaire, c'est la deuxième fois que les réseaux sociaux sont utilisés comme vecteur des revendications et de la frustration enseignante. En octobre, le hashtag #PasdeVague avait servi à dénoncer - en près de 20.000 messages - les conditions de travail des profs, et notamment la violence à laquelle ils sont confrontés. La formule, utilisée ironiquement, avait fait suite à l'agression d'une enseignante menacée en pleine classe à Créteil par un élève tenant une arme qui s'est avérée factice.

Des revendications très variées

Cette fois, les revendications sont nombreuses. Elles portent aussi bien sur des points précis comme le dégel du point d'indice, réclamé par les syndicats, et la suppression du jour de carence, que sur des demandes générales: "revaloriser le métier", "exiger une vraie bienveillance de l'Etat pour ses élèves en améliorant leurs conditions d'apprentissage", "faire reconnaître la qualité de leur fonction et leur travail: il est temps que l'Etat prenne soin de ses enseignants aussi".

Des requêtes énumérées sur le groupe Facebook principal, fermé, mais dont la description est accessible à tous, alors qu'une liste précise a aussi été publiée sous forme de manifeste sur Twitter, le 17 décembre. "Ce mouvement est détaché de toute appartenance politique et syndicale", est-il aussi précisé sur Facebook, alors que selon nos confrères de 20 Minutes, les principales centrales syndicales accueillent ce mouvement avec prudence et n'ont à ce stade pas pris contact avec ses représentants.

Une attente de bienveillance

"Nous voulons essayer quelque chose de nouveau", confirme Sam, professeure des écoles en Saine-Saint-Denis et co-fondatrice du mouvement des stylos rouges interrogée sur RMC ce lundi 31 décembre. Plus qu'une inspiration venue des gilets jaunes, elle voit dans le mouvement une suite au hashtag #PasdeVague".

"Ce qu'on demande c'est surtout une bienveillance de la part de notre gouvernement envers nous et envers les élèves. On a l'impression que notre propre patron n'est pas bienveillant avec nous, et par conséquent nous n'avons pas une bonne image au sein de l'opinion publique et nous avons très envie de rétablir ça", précise Sam sur RMC, qui déplore que le ministère "reste sourd aux demandes". 

Contacté par BFMTV.com, le ministère assure de son côté "regarder avec attention ce nouveau mode d'expression", qu'il compare en effet à celui du mois d'octobre, auquel Jean-Michel Blanquer avait répondu sur notre antenne. Expliquant que le "pas de vague" n'était pas sa philosophie, le ministre de l'Education nationale se félicitait que les réseaux sociaux permettent de faire "prendre conscience d'un phénomène". Sur les stylos rouges, il a pour le moment gardé le silence, mais il devrait aborder le sujet ce dimanche dans les médias, à la veille de la rentrée, précise le ministère. "Le ministre est attentif à ce qui se dit sur les réseaux sociaux", martèle-t-on.

Des actions locales prévues pour lundi

Dans les messages publiés sur les réseaux, plusieurs éléments récents ressortent, qui semblent avoir cristallisé la frustration. Tout d'abord, le fait que les "gyros bleus", ces policiers en colère, aient obtenu des mesures au bout d'une journée de mobilisation. Ensuite le fait que parmi les mesures d'urgences décidées par le gouvernement et adoptées par l'Assemblée pour répondre à la crise des gilets jaunes, aucune ne cible précisément les enseignants. On sait par exemple qu'ils ne toucheront pas de prime spéciale de fin d'année, à l'inverse de certains salariés. Enfin, sur le plan symbolique, le fait qu'Emmanuel Macron n'ait pas eu un mot à leur égard lors de ses voeux aux Français, tout comme lors de son discours du 11 décembre, censé répondre à la colère des gilets jaunes.

Quant à d'éventuelles actions, elles sont prévues, souligne Sam, la co-fondatrice du mouvement, mais encore "en pourparlers".

"On veut vraiment faire quelque chose de collectif, c'est vraiment un travail collaboratif, tout est soumis au vote: nos revendications, nos tracts, nos actions. Nous préparons des actions locales ", explique-t-elle. 

Dans l'académie de Lille, les enseignants ont déjà leur mot d'ordre pour lundi. Comme le rapporte La Voix du Nord, ils prévoient un acte symbolique: mettre 20/20 à toutes les copies corrigées, pour "marquer les esprits". Benjamin Grégory, professeur de mathématiques en collège interrogé par nos collègues, prédit par ailleurs des blocages d'établissements et affirme que des discussions avec les gilets jaunes sont prévues dès ce vendredi.
Charlie Vandekerkhove