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Réforme du collège: que reprochent les syndicats de profs au texte?

Personnalités politiques et intellectuels ont multiplié les prises de position ces derniers jours sur la réforme du collège. Cette semaine, ce sera au tour des enseignants opposés au projet du ministère de l'Education de faire entendre leur voix, avec un appel à la grève mardi.

La réforme du collège proposée par la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem va passer une nouvelle épreuve mardi: une intersyndicale d'enseignants appelle à la grève. Défileront côte à côte à Paris comme en régions le Snes-FSU, majoritaire dans l'enseignement secondaire, le Snep-FSU, le Snalc (classé à droite), FO, la CGT et Sud. A eux tous, ces syndicats représentent 80% des votes des enseignants du collège lors des élections professionnelles de décembre dernier, auxquelles avaient pris part quelque 40% des professeurs. Pour autant, tous n'ont pas les mêmes revendications. 

> Snalc, FO, la CGT et Sud rejettent toute la réforme

Au coeur de la discorde: les enseignements interdisciplinaires, qui associent plusieurs matières au sein d'une même leçon, font tiquer une partie des syndicats, dans un pays où le corps professoral se distingue par un attachement très fort à un professeur et/ou une discipline, même si ce type d'enseignement est pratiqué (de manière ponctuelle) dans nombre d'établissements. Les syndicats anti-réforme craignent que les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) grignotent les horaires de chaque discipline, n'introduisent de la concurrence entre professeurs et profitent surtout aux bons élèves.

Mais Sud explique à Libération ne "pas être contre une réforme mais contre cette réforme", quand le Snalc se dit "favorable à un collège proposant des parcours différents". Leur crainte principale est que loin de lutter pour plus de mixité sociale, la réforme de la ministre conduise à une fuite des (meilleurs et plus aisés) élèves vers le privé.

> Le Snes-FSU veut reprendre les discussions

Classé à gauche, majoritaire chez les professeurs du collège, il demande à la ministre d'être associé aux discussions et remet en cause le choix de toucher aux classes latinistes et hellénistes ou de supprimer les bilangues. Le projet inscrit à la place une initiation aux langues et cultures de l'Antiquité et deux langues étrangères dès la cinquième pour tous les collégiens.

Le Snes FSU demande aussi des détails sur la mise en place de l'interdisciplinarité comme sur la marge d'autonomie laissée aux établissements. Il s'agit d'"une autonomie non pas pour les enseignants, mais pour le chef d'établissement", regrette Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du Snes.

> Une "mobilisation importante" mais pas un "tsunami"

En face, des syndicats enseignants comme les deux dits "réformateurs", le SE-Unsa et le Sgen-CFDT (20% des enseignants du collège), les fédérations de parents d'élèves (FCPE), de lycéens (UNL) et des étudiants (Unef), classées à gauche, soutiennent le texte de Najat Vallaud-Belkacem.

Au Snes, Frédérique Rolet parie sur "une mobilisation importante". Christian Chevalier, son homologue du SE-Unsa (pro-réforme), s'attend à ce que le mouvement soit très suivi par les professeurs de langues anciennes et d'allemand. Mais "on n'aura pas un tsunami", avance-t-il en s'appuyant sur des remontées du terrain. "Pour le moment, les profs ne sont pas dans le registre de la colère".

Les collèges seront-ils ouverts?

Difficile de savoir si les enseignants vont suivre l'appel de l'intersyndicale mardi, tant ils semblent divisés sur la réforme. L'intersyndicale, qui appelle à descendre dans rue, représente plus de 80% des enseignants du second degré, mais la décision de faire grève revient à chaque professeur, libre de prévenir ou non ses élèves à l'avance.

Le ministère de l'Education nationale, contacté par RTL.fr, estime que la "majorité des collèges devrait ouvrir". En cas de forte mobilisation, "les élèves iront en permanence".

S.A. avec AFP