BFMTV

Pourquoi les élèves français ont régressé à l’écrit

Le Conseil national d'évaluation du système scolaire souligne les difficultés qu'ont les élèves à maîtriser la langue française et à s'en servir pour rédiger lors d'évaluations.

Les écoliers français rechignent à rédiger. Et quand ils le font, plus d'un tiers écrit "des textes courts ou très courts", selon un dossier de synthèse publié ce mercredi par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), qui propose un bilan complet et des recommandations sur l'apprentissage de l'écriture en primaire et collège.

"Les élèves français sont parmi les plus nombreux à ne pas répondre aux questions ouvertes en CM1, particulièrement lorsque la réponse doit être longue", résume le dossier, qui s'appuie sur les résultats de l'étude PILS de 2011.

Les écoliers français présentent toujours un taux de non-réponse supérieur à la moyenne européenne, qui va en s'accentuant avec la difficulté. Si ce taux est de 2% pour les QCM (1% en Europe), il grimpe ainsi jusqu'à 15% pour les réponses longues, contre 9% en moyenne en Europe.

Cnesco
Cnesco © Cnesco

Les problèmes de rédaction poursuivent les élèves jusqu'au collège. En 3e, ils sont toujours plus d'un tiers à ne proposer que "des textes courts ou très courts"; des difficultés qui s'accroissent avec les contraintes.

Par exemple, lorsqu'il s'agit d'écrire un texte narratif, plus de la moitié des élèves respectent la consigne. Ils ne sont plus que 20% quand il leur est demandé d'écrire une recette, selon une évaluation réalisée en 2015 par la direction de l'évaluation de la prospective et de la performance (DEPP).

De grosses difficultés pour rédiger dans les autres matières

Ces lacunes en rédaction ne pénalisent pas seulement les collégiens en français, mais aussi dans les autres matières. Lors d'une autre évaluation de la Depp menée en 2012, 60% des élèves de 3e n'ont pas su "rédiger un texte cohérent (...) à partir d'une liste de mots donnés".

"Les enfants sont plus attirés par Internet, par l'usage du numérique que par le livre en lui-même, donc c'est vrai qu'il y a plus de difficultés à rentrer dans l'écrit et à mettre en place un écrit construit et intéressant", explique à BFMTV Sylvie Curti, enseignante et membre du syndicat SNUIPP-FSU.

Les 12-17 ans sont en effet plus de trois quarts à écrire sur les réseaux sociaux. Il ne s'agit donc pas d'un rejet de l'écriture, de plus en plus employée par les adolescents quotidiennement.

"On a plongé avec Internet dans un monde où on écrit presque plus qu'on ne parle. Il faut que l'éducation s'adapte", appuie dans Le Parisien Michel Fayol, spécialiste dans l'acquisition de l'écrit chez les enfants. Le chercheur conseille d'adapter les rédactions "aux formes d'écriture les plus répandues aujourd'hui". En 2013, seuls 5% des enseignants utilisaient le numérique pour faire travailler leurs élèves en classe.

Le rapport du Cnesco recommande également de confronter les élèves à l'écriture avant même qu'ils ne sachent lire, dès l'école maternelle, afin d'encourager leurs tentatives d'écriture. Il est aussi conseillé d'entraîner fréquemment les élèves à rédiger: les élèves de CP passent en moyenne 2h23 à apprendre à écrire, soit moitié moins de temps que pour l'apprentissage de la lecture.

Liv Audigane, avec Christophe Napoli et Alexandra Drieghe