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Les élèves de CP testés cette semaine, les enseignants réticents

Le gouvernement a mis en place des évaluations en classe de CP dès cette semaine. Les enfants seront testés en mathématiques et en français. Les résultats sont ensuite transmis aux inspecteurs de circonscription pour mieux répondre aux besoins des élèves. Mais ce dispositif laisse perplexe certains professeurs, qui jugent ces exercices anxiogènes et difficiles.

Compter des chats et des étoiles, reconnaître les mots "éléphants", "champignon" ou encore "écureuil"… Voici les tests qui attendent les élèves de CP cette semaine.

Le ministère de l’Éducation a mis en place des évaluations qui auront lieu jusqu’au 26 septembre. Elles prendront la forme de deux livrets d'exercice à remplir par l'élève, l’un en mathématiques et l’autre en français. Objectif : mettre à jour les compétences déjà maîtrisées et celles qu'il est nécessaire de renforcer.

Mais ce dispositif laisse perplexe certains professeurs. En maths, "ce sont uniquement des schémas, hors c’est parfois difficile à cet âge-là de se rendre compte des choses sans les manipuler", réagit ainsi Sylvie Curti, professeur. Quant au français, juge-t-elle, "il n’y a rien sur la compréhension et très peu sur la production d’écrit".

Selon elle, "il existe déjà des évaluations très bien faites par les enseignants en classe, donc laissons les enseignant travailler sereinement".

Trop tôt pour un "diagnostic sévère"

"Ces évaluations dramatisent inutilement l’entrée au CP, alors que les familles et les élèves ont besoin d’être rassurés sur le fait que tout ne se joue pas dans les premières semaines", constate de son côté le syndicat des enseignants SE-Unsa. "Couplées à la réhabilitation du redoublement dans le discours du ministre, on voit les dégâts potentiels d’une telle mesure initiée dans la précipitation", s’inquiète le syndicat .

Et à peine quelques jours après la rentrée, "c'est un peu tôt pour poser un diagnostic sévère", estime Francette Popineau, secrétaire générale du premier syndicat des enseignants en école primaire, le SNUipp-FSU.

Quels moyens pour remédier aux difficultés ?

Si le syndicat ne serait pas contre des évaluations un peu plus tard dans l'année, leur finalité pose question:

"Quels moyens aura-t-on pour remédier aux difficultés une fois qu'elles auront été constatées ?" s'interroge Francette Popineau. "Va-t-on avoir par exemple davantage de maîtres spécialisés ou d'assistants sociaux?" "C'est bien de faire une photo du niveau d'un élève à un instant T, mais si nous n'avons aucun élément pour mener une action efficace face aux difficultés, nous ne voyons pas quel est l'intérêt de ces évaluations", abonde Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat SE-Unsa.

Une "évaluation constructive"

"C'est fondamental de repérer très tôt des méconnaissances très fortes ou des difficultés de langage, pour permettre ensuite des approches individualisées et prévenir l'échec en lecture qu'on découvre parfois seulement au CM1", assure quant à lui Michel Fayol, qui a participé à la réflexion autour de ces évaluations. "A l'entrée du CP, certains connaissent déjà toutes les lettres de l'alphabet, d'autres quasiment aucune, il est important que les maîtres sachent cela", estime ce professeur d’université.

Les résultats, anonymes, seront transmis aux inspecteurs de circonscription mi-octobre pour mieux répondre aux besoins des élèves.

"Il est très important d'avoir une culture de l'évaluation constructive pour nos élèves, c'est un levier de progrès pour tous", a assuré le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer.

Amélie Petitdemange