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Grande école, université, école d'ingénieur: comment se profile la rentrée dans le supérieur?

Une étudiante passe un examen en ligne le 27 mars 2020, pendant le confinement, à Chisseaux, près de Tours (photo d'illustration)

Une étudiante passe un examen en ligne le 27 mars 2020, pendant le confinement, à Chisseaux, près de Tours (photo d'illustration) - Alain Jocard-AFP

Alors qu'ils sont fermés depuis la mi-mars, les établissements du supérieur préparent la prochaine rentrée. Effectifs réduits, cours retransmis en direct, le covid-19 impose de nouvelles modalités d'enseignement.

Une rentrée universitaire 2020-2021 à la maison? Alors que les établissements de l'enseignement supérieur sont fermés depuis la mi-mars en raison du confinement et de la pandémie de covid-19, qu'ils ne rouvriront pas avant la rentrée de septembre et avec la nécessité de maintenir la distanciation sociale, les étudiants pourraient-ils ne plus retourner en amphi?

Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, l'a d'ailleurs demandé aux universités: elle souhaite que les cours magistraux soient partiellement maintenus à distance pour la rentrée de septembre. N'excluant pas de conserver ce dispositif sur le long terme.

Une rentrée 100% à distance, c'est déjà ce qui est prévu dans certains pays. Aux États-Unis, aucun des 23 campus de l'Université de Californie ne rouvrira ses portes: tous les cours seront exclusivement dispensés en ligne durant le premier semestre, rapporte The New York Times. Au Canada, plusieurs universités ont également annoncé que les cours du premier trimestre seraient principalement diffusés en ligne, indique CBC News.

Une rentrée hybride

Dans les universités françaises, la rentée sera hybride, selon le terme consacré. Ce qui signifie qu'une partie des étudiants seront en cours sur place et une autre à distance derrière leur ordinateur. Christine Gangloff Ziegler, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université (CPU), travaille ainsi sur "un scénario contraignant" qui s'appliquerait à tout le premier semestre, détaille-t-elle à BFMTV.com.

"On espère que les choses pourront s'assouplir d'ici la fin de l'année 2020. Et si la situation le permet d'ici là, généraliser le présentiel. Pour les enseignants, un cours préparé en distanciel bascule facilement en présentiel, l'inverse est moins aisé."

Un "travail d'orfèvre", comme le qualifie la vice-présidente de la CPU, qui suppose une logistique complexe: commander et installer des dispositifs de visioconférence dans les salles de cours, équiper les enseignants qui ne le seraient pas en outils informatiques mais aussi les former - pour ceux qui en auraient besoin - à ces dispositifs numériques. "On n'a pas trop de temps d'ici la rentrée, on reste dans l'urgence." 

Une "attention particulière" aux primo-entrants

Une chose est sûre: "il n'y aura plus d'amphi avec 500 élèves", ajoute Christine Gangloff Ziegler, également présidente de l'Université de Haute-Alsace. Parmi les éléments pris en compte pour trancher entre cours sur place ou à distance: certains masters qui comptent des effectifs réduits et pourraient être plus facilement accueillis ou encore les matières scientifiques ou techniques synonymes de travaux pratiques.

Une "attention particulière" devrait également être portée aux étudiants en première année de licence. "Cette année, leur inscription se fera à distance alors qu'habituellement, nous préférons les accueillir physiquement. Il va falloir organiser différemment ce moment d'information." La vice-présidente de la CPU envisage ainsi des visites "par petits groupes" ou par le biais d'un Facebook live. Et possiblement une priorité qui pourrait leur être réservée en ce qui concerne l'enseignement sur place.

"Les primo-entrants ne connaissant pas la méthodologie universitaire. Et ce sont des étudiants potentiellement plus fragiles qui ont besoin d'être accompagnés au démarrage dans cette année charnière."

Dans certaines universités, rien n'est tranché

Du côté de l'Université de Bordeaux, différents scénarios sont en cours d'étude. "On a plusieurs pistes, indique-t-on à BFMTV.com. Ce sera de toute évidence un enseignement hybride. Mais cela ne peut s'appliquer de la même manière à la psycho, la médecine ou la chimie, une matière qui impose beaucoup de manipulations en laboratoire."

Mêmes réflexions à l'Université d'Aix-Marseille: rien n'est encore tranché. Si toutes les salles sont en train d'être équipées en matériel informatique et dispositif permettant la retransmission vidéo, aucune décision n'a été prise pour la rentrée 2020-2021.

"On anticipe d'éventuels besoins d'enseignement à distance, assure-t-on à BFMTV.com. Le e-enseignement a très bien marché pendant le confinement. Mais on attend de voir comment va se passer la deuxième étape du déconfinement, s'il y aura un rebond de l'épidémie et quelles seront les consignes sanitaires pour arrêter une décision."

Moocs et podcasts 

Dans les écoles de commerce, le scénario de rentrée est quasi prêt. "Nous travaillons actuellement à la composition des groupes et à leur rotation, de l'ordre d'une semaine sur l'autre", explique à BFMTV.com Alice Guilhon, vice-présidente de la Conférence des grandes écoles, qui représente 229 grandes écoles.

"Mixer présentiel et distanciel, c'est la meilleure solution en attendant que les conditions sanitaires permettent un apprentissage plus classique. Certains cours seront captés et diffusés en direct, d'autres enregistrés et consultés quand l'étudiant le souhaite."

Quelques cours en ligne, sur le modèle des moocs, devraient également être proposés. "Mais on l'a vu avec le confinement, les étudiants apprécient de pouvoir interagir, poursuit Alice Guilhon, également directrice générale de Skema business school. On ne peut pas proposer que des cours sur étagère."

Pas de visibilité à long terme

Les écoles d'ingénieurs s'orientent dans la même direction. Jacques Fayolle, président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs, précise à BFMTV.com que la priorité sera accordée à certains enseignements.

"On est en train de réfléchir aux cours qui nécessitent une présence sur place, notamment dans le cadre de travaux pratiques qui imposent des manipulations de machines-outils."

Dans tous les cas, le scénario en cours d'élaboration ne concernerait que les deux premiers mois de l'année scolaire. "Aujourd'hui, nous ne sommes pas en mesure d'envisager ce qui se passera après octobre", ajoute Jacques Fayolle, également directeur de Télécom Saint-Étienne.

"S'il fallait que l'ensemble du semestre, et par extension de l'année, se déroule à distance, il faudra pouvoir accompagner les élèves, notamment étrangers qui ne pourraient pas venir en raison de la fermeture des frontières."

"Un service de remplacement"

Pour Mélanie Luce, la présidente du syndicat étudiant Unef, l'enseignement à distance n'est pas une solution à long terme. "On ne peut pas tout remplacer par des cours en ligne, au risque de brader les études des étudiants", déplore-t-elle pour BFMTV.com.

"Le distanciel a permis de poursuivre la scolarité sur une période donnée mais on ne peut pas s'accommoder d'un service de remplacement. Les étudiants ont besoin d'échanges avec les enseignants et puis la fracture numérique ne s'est pas résorbée. Si certaines universités ont joué le jeu en prêtant du matériel, certains étudiants ne l'avaient toujours pas reçu au moment de passer leurs examens en ligne."

La crainte de cette représentante syndicale: que les jeunes issus des classes populaires soient un peu plus pénalisés. "Si le contexte familial n'est pas adéquat et s'ils n'ont pas le matériel informatique nécessaire, on va encore laisser les mêmes de côté et démultiplier les inégalités sociales."

C'est pour cela que Mélanie Luce souhaite que "du budget" soit "mis sur la table" pour permettre aux étudiants d'aller en cours. "Nous souhaitons un dédoublement des classes pour parvenir à des effectifs réduits de moitié au risque de se retrouver face à une rentrée classique, avec des amphis et des TD surchargés par manque de places et d'enseignants."

Repenser le supérieur

Orlane François, présidente de la Fage, une autre organisation étudiante, partage la même analyse. Et estime que la crise liée au covid-19 impose de revoir profondément l'enseignement dans le supérieur. "Plusieurs centaines d'étudiants dans un amphithéâtre, ça ne sera plus possible mais de toute façon cela n'avait pas de sens pédagogiquement", dénonce-t-elle pour BFMTV.com.

Selon cette représentante d'étudiants, il est urgent de "repenser la constitution des effectifs avec des groupes plus restreints mais aussi renforcer les parcours d'accompagnement personnalisé" (un programme de tutorat, remise à niveau ou encore soutien méthodologique pour lutter contre le décrochage en premier cycle, NDLR), qui ne s'appliqueraient "pas encore correctement dans toutes les universités", regrette Orlane François.

"Au risque, d'autant plus avec l'enseignement à distance, de se retrouver avec une explosion du taux d'échec en première année et du décrochage."
Céline Hussonnois-Alaya